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Résistances prégnantes

9 mars 2007, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Le ministre Satish Faugoo a ouvert la voie hier à une issue consensuelle au débat sur l’avortement. Refusant d’entrer dans les polémiques métaphysiques sur la vie, il a choisi de porter la question sur un plan différent. Il a demandé aux invités de la Mauritius Family Planning Association (MFPA) qui participaient à un sommet sur l’avortement s’il ne faudrait pas envisager l’interruption médicale de grossesse tout simplement comme une réponse à une situation de détresse de la femme.

La position du ministre dénote un relatif progrès des mentalités au sein du gouvernement. La question se posait jusqu’ici en des termes confus et les dirigeants actuels semblaient avoir, comme leurs prédécesseurs, l’esprit paralysé par le désordre dans lequel certains voulaient entraîner le débat. Désormais, le véritable enjeu est mieux cerné.

Satish Faugoo prend soin tout de même de ne pas heurter de front les opposants au droit à l’avortement. Dans son discours, il n’exprime pas explicitement une opinion mais use d’un subterfuge psychologique. Il procède par le biais de questions orientées. C’est une méthode subtile pour pousser ceux qui ont des positions morales à aborder la question sous l’angle des droits de la femme. Il a proposé aux invités de la MFPA de réfléchir sur trois pistes distinctes. Dans les trois cas, la vision qu’il défend est transparente.

La première question que Satish Faugoo pose à son auditoire concerne l’attitude que l’on devrait avoir face à une grossesse qui fait suite à un viol ou à un cas d’inceste. Ensuite, il veut savoir si les mauvaises conditions d'hygiène et l’absence de suivi médical sont à l'origine d'une mortalité élevée chez celles qui, par faute de moyens, sont forcées de se faire avorter dans l’ombre. Finalement, le ministre se demande si le temps est venu pour offrir aux femmes l’accès à un avortement médicalisé quand les circonstances le justifient. Tout cela sur un mode interrogatif, sans jamais faire d’affirmations catégoriques et brutales. Le ministre réalise sans doute que les résistances à l’avortement sont prégnantes et que le débat n’avancera que si les arguments sont présentés sans aspérités.

Le discours de Satish Faugoo n’est pas une prise de position. Il s’agit plutôt d’une invitation à s’engager dans un débat qui a des chances d’aboutir. Il a réalisé, comme tous les Mauriciens, qu’on pourrait discuter à l'infini de sujets relevant de la croyance religieuse alors qu’il s’agit de réguler une question de santé publique et de respect des droits des femmes.

Ce ne sera jamais possible de savoir si le fœtus est un amas de chair ou un être en développement. Mais il est possible d’offrir à celles qui le désirent un moyen de se faire avorter sans risques, même quand elles n’appartiennent pas à la classe des nantis.

Toujours dans le registre subtil, le ministre a rappelé que, selon l’OMS, 68 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement non médicalisé. C’était un clin d’œil à ceux qui s’attachent à la vie.

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