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Opposition
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
L’ancien grand argentier des années 80, Vishnu Lutchmeenaraidoo, retourne à la politique active. Ce n’est pas une mince affaire sur l’échiquier politique compte tenu du bilan de celui-ci. Catapulté à la direction du Mouvement militant mauricien, il sera le principal vis-à-vis de Rama Sithanen. Les premières salves sont déjà lancées. “Maurice a besoin d’une politique économique alternative et d’un ministre des Finances qui inspire confiance”, a-t-il dit lors de sa conférence de presse lundi dernier. Il insiste pour “une réforme à visage humain”.
Vishnu Lutchmeenaraidoo a l’art de convaincre son auditoire. Il l’a prouvé à maintes reprises lorsqu’il était aux affaires. Dans les années 80, il avait su remonter le moral de la population et des entreprises après une décennie de marasme économique. Ses actions rapportaient des dividendes rapides avec une forte création de nouveaux emplois dans une zone franche revigorée avec l’arrivée d’industriels hongkongais.
Lorsque Vishnu Lutchmeenaraidoo parle de réformes à visage humain, la population se souvient de ses mesures de détente économique qui a donné goût aux Mauriciens à la consommation et à l’entreprise. Mais il faut bien faire la différence entre réforme et gestion courante de l’économie.
Les initiatives du ministre des Finances d’alors empruntaient largement des mesures d’ajustement initiées par son prédécesseur, Paul Bérenger. La dynamique de la réforme était, au fait, déjà en marche lorsque Vishnu Lutchmeenaraidoo prend les rênes de l’Économie et des Finances.
Mais Vishnu Lutchmeenaraidoo a été excellent dans le “delivery”. Il a su faire profiter la relance économique au petit peuple dès le départ. Tout cela joue en faveur du revenant face au titulaire, Rama Sithanen, qui éprouve encore beaucoup de difficultés à vendre son plan de restructuration à la population.
Encore faut-il comparer ce qui est comparable. Les ingrédients du succès des Hongkongais ne font plus recettes aujourd’hui.
Le “miracle économique” Lutchmeenaraidoo et la réforme Sithanen n’ont pas de dénominateurs communs. La relance économique des années 80 était tirée par les préférences commerciales – l’accès préférentiel aux marchés européens était un argument de taille pour faire venir les Hongkongais – et la main-d’œuvre abondante mais peu formée.
20 ans plus tard, les filets de protection commerciale sont arrivés à échéance. D’ailleurs, les Hongkongais qu’avait fait venir Vishnu Lutchmeenaraidoo sont déjà repartis car ils ont vu que les marchés protégés étaient menacés. Les entreprises qui ont survécu à la dernière vague de fermeture recherchent, parfois désespérément, de la main-d’œuvre qualifiée pour assurer.
La réforme à visage humain que prône Vishnu Lutchmeenaraidoo ne peut ignorer ces réalités. Pourtant, le projet du gouvernement actuel est encore incomplet. La réforme des lois du travail est en attente. Vishnu Lutchmeenaraidoo peut choisir de faire de la politique de facilité en surfant sur le mécontentement populaire ou, peut-il, aider à éclaircir l’opinion publique sur les alternatives qu’il dit pouvoir proposer.
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