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Terrain d?action ou terrain de jeu ?

5 mars 2007, 00:00

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Parrainage de l?introduction d?espèces endémiques à l?île-aux-Aigrettes, d?un événementiel en faveur d?une cause caritative à la Mauritius Glass Gallery, ouverture de projets d?insertion professionnelle à Trou-aux-Biches : jusqu?où va et peut aller la responsabilité sociale, ou citoyenne, de l?entreprise ? Et d?abord, que recouvre exactement la notion de CSR (Corporate Social Responsibility ou Responsabilité sociale des entreprises) au juste ?

Selon Wikipédia, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) est un concept selon lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales et économiques dans leurs activités et leurs interactions avec leur partie prenante sur une base volontaire. La RSE est la déclinaison pour l?entreprise des concepts de développement durable, qui intègrent les trois piliers : environnementaux, sociaux et économiques.

?Je ne peux croire que, lorsqu?on approche dangereusement de la crise structurelle, qu?il soit durable que des hôtels cinq-étoiles ou des quartiers très riches côtoient des poches de pauvreté dont certaines sont encore à l?abandon, y compris des autorités.? La remarque émane non d?un homme politique en mal de popularité mais du représentant de l?UNDP pour le programme de renforcement des Organisations non gouvernementales à Maurice, Carlo Merla.

Dans un contexte où la société civile est relativement réservée sur les défis du développement durable et de l?insertion des plus vulnérables (on constate qu?aux élections on vote sur des ?fantasmes? ou des ?idées? à court terme), le rôle des ONG est crucial. Celui des entreprises ne l?est pas moins. Mais pourtant, la culture de la RSE n?est qu?à ses balbutiements.

On connaît l?engagement d?un groupe comme CIEL, propriétaire de Floréal Knitwear, pour des programmes de santé publique (comme pour la campagne récente de prévention contre le chikungunya).

Mais combien d?ouvriers d?autres firmes habitant des régions sinistrées peuvent témoigner d?une volonté de leur employeur de les aider, non seulement au-delà de revenus qui ne suffisent pas toujours au quotidien le plus basique, mais aussi dans leur cadre de vie ?

?Personne n?est parfait. Le CSR s?apprend tous les jours?, nous répond David Martial, Communication Manager de CIEL Group. En fait, le groupe, à l?instar de la Fondation Espoir et Développement du groupe hôtelier Beachcomber, peut se targuer d?une gestion à la fois structurée et intégrée (dans la compagnie en général) de son fonds CSR. Un fonds destiné à des ONG ou des organisations selon des priorités comme l?éducation, la santé ou la lutte contre la pauvreté, un fonds qui répond à une demande non individuelle mais à un projet dont elle pourra voir les tenants et les aboutissants dans la transparence.

?La politique sociale du groupe, dont le vecteur est la fondation Nouveau Regard se manifeste à tous les niveaux de l?entité ? de ses trois clusters CIEL textile, CIEl agro et CIEL investment ? au personnel agissant avec un budget propre pour de petits projets sociaux, en passant par les comités de fonctionnement, à un niveau intermédiaire, où les demandes et les propositions préalablement estimées sont discutées au cas par cas?, nous rapporte Delphine Bouic, la responsable de la Fondation.

<B>?Visée à long terme?

Mais peut-on tout de même reprocher à une compagnie, une structure orientée vers les gains, d?agir de façon intéressée ? Surtout lorsque l?Etat, qui, lui, n?a normalement pas ces mêmes visées, se désengage de secteurs jugés essentiels (comme dans le cas de la réorientation des subsides aux examens du HSC). ?Cet argument d?être ?intéressés? n?est pas valable. Nous faisons preuve d?intérêt ou plutôt d?intéressement pour des causes que nous estimons justes et viables?, rétorque Eric Bell, de la Fondation Espoir et Développement. De plus, la tendance est à la collaboration et, avec la plateforme Strengthening the NGO Sector in Mauritius entre Etat, ONG et secteur privé. ?Il est rare que l?on soit seuls à fournir des fonds?, précise Amélie Harel, de la Mauritius Commercial Bank. ?Ce qui manque, c?est une visée à long terme?, remarque lui Carlo Merla.

Et force est de constater que le contexte politique général brille par un discours schizophrène (quand je suis dans l?opposition, j?oppose ti-dimoun aux IRS, quand je suis au pouvoir, j?autorise ces développements, j?encaisse la taxe qui va avec et je parle de la plus-value pour calmer les masses). Conséquence : les grands groupes ont souvent adopté un low profile dans leur communication pour se concentrer sur le terrain.

Le terrain, c?est, par exemple, le Projet employabilité jeunes, créé intégralement par la Fondation Espoir et Développement, cela peut être aussi les groupes de personnel, comme les volontaires de la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation, les ?helping hands? constitués à l?intérieur de chaque département, qui lors d?un Open day peuvent aller à la rencontre des enfants de SOS villages. ?Le but n?est pas simplement de s?engager dans des actions ponctuelles en procurant de la nourriture par exemple mais aussi d?encourager une certaine conscientisation chez les employés tout en favorisant l?esprit d?équipe (team building) et le sens de l?initiative?, remarque Sandeep Uppal, le Chief Executive Officer de la banque. ?Les gens qui s?engagent le font au point d?impliquer leur propre famille. Déjà, les enfants de SOS village se sont faits de nouveaux petits amis. Ce ne sont pas des advertising gimmicks que nous mettons en place mais un élément de notre culture.?

Quant à la Barclays Bank, constamment dans l?actualité pour des manifestations comme la Journée internationale de la Femme, le parrainage de conférences, d?émissions de radio comme elle se défend aussi d?être outrancièrement tapageuse et de n?être motivée que par l?image de marque. ?Certes, cet aspect n?est pas négligeable mais pourquoi donc bouder ce qui se fait et qui peut être encore fait quand on a la volonté de le faire?, proteste Amaresh Ramlugan, à la communication de la Barclays.

Reste une autre réalité, celle des usines textiles, des compagnies de la zone franche. Les risques de pollution ne les désignent pas nécessairement comme des lauréates de la CSR philosophy. Mais surtout elles renvoient trop souvent à une autre réalité, loin des coups d?éclat et des chiffres de croissance. Celle de cette ouvrière qui gagne Rs 5 000 par mois. Qui n?a pas de vie familiale car en nightshift, et encore moins de vie sociale. Peut-on alors sacrifier ces gens sur l?hôtel de la sacro-sainte productivité à la première restructuration venue et demeurer citoyens ?

QUESTIONS AU? DR CARLO MERLA

<B>UNV/UNDP ?Project manager strengthening the NGO sector in Mauritius? (SNSM) </B>

● <B> Vous êtes responsable du projet ?Strenghthening the NGO sector in Mauritius?. Pouvez-vous décrire votre travail et en quoi cela touche les entreprises citoyennes ? </B>

Je suis chargé d?améliorer le cadre légal et régulateur des Organisations non gouvernementales et des groupes structurés. Il s?agit donc d?instaurer un dialogue entre secteur privé, UNDP, et Etat. D?où l?intérêt pour la responsabilité sociale des entreprises. Dans les faits je mène aussi des recherches et présente des recommandations au gouvernement pour améliorer le cadre légal.

● <B> Pourquoi ces recommandations ? </B>

La loi qui régit les associations est très large. Toute organisation qui procure des services sociaux est concernée. Il s?agit de bien cerner ce qui peut entrer dans la catégorie des organisations de la société civile travaillant professionnellement sur des services sociaux ou à une politique de développement.

● <B>Donc savoir qui peut prétendre légalement à l?aide des Fonds privés ? </B>

Ce sont aussi les relations Etat-ONG. Il est essentiel de mettre plus de transparence dans ces rapports.

● <B>Pourtant certaines associations socioculturelles sont aussi des acteurs indispensables. Qui peut prétendre à quoi ? </B>

Il faudrait que le gouvernement définisse une politique claire, ce qui suppose moins de calculs sur le court terme.

● <B>Le contexte mauricien nécessite de la flexibilité. </B>

Oui, mais si on veut d?ONG qui soient des partenaires de l?Etat valables et reconnues officiellement, cette volonté est nécessaire. Il faut des critères rigides.

<B>FED : un sacré coup de main</B>

■ A la Fondation Espoir et Développement (Fed), dont le responsable des cours est Frédéric Augustin, on ne prend personne de haut mais on adopte, pour des jeunes qui souvent vivent autour des hôtels, une approche responsable. Deux bénéficiaires témoignent. A 18 ans, Brayen Auckloo, l?enfant du village qui avait fuit une formation de tourneur-ajusteur, travailler à l?hôtel était tout simplement un rêve. ?Travailler en stage rénuméré après avoir bénéficié d?une formation gratuite en pâtisserie m?a permis de trouver mon chemin vers la créativité. ? S?il fallait résumer ce stage en un mot : ?Partage.? Ce en quoi Veena Carnel, 19 ans, aussi en pâtisserie, acquiesce volontiers. ?C?est une occasion unique un effort constructif. Il m?est arrivé de douter mais ma volonté de réussir n?a jamais été remise en question?, commente-t-elle dans un français parfait. ?L?hôtellerie est un challenge exigeant. On apprend des coups qu?on reçoit?. Autant de jeunes énergiques et déterminés et gagnés à la cause citoyenne?

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