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Sucre : une réforme inachevée
La réforme du secteur sucre à Maurice rentre dans une phase cruciale. Avec le vote du Sugar Industry Efficiency Act, ce mardi, le paysage futur de l?industrie de la canne se précise lentement. Mais anciens employés du secteur et petits planteurs craignent encore cet avenir qui pourrait conduire certains d?entre eux vers une inactivité prolongée.
Le Sugar Industry Efficiency (Amend-ment) Act (SIE), voté au Parlement mardi, n?est qu?une pièce du complexe puzzle de la réforme du secteur sucre à Maurice. « Nous avons encore du chemin à parcourir », admet volontiers Arvin Boolell, le ministre de l?Agro-industrie.
Le SIE Act amendé vient surtout poursuivre une stratégie lancée depuis 2001, à savoir, réduire les coûts de production de l?industrie, tout en encourageant des plans de compression de personnel et de départ en retraite, à travers une deuxième phase de Voluntary Retirement Scheme (VRS). Mais aussi un réaménagement des modalités de conversion de terrains agricoles pour aider les propriétés sucrières à entrer dans des secteurs d?activités annexes (production d?électricité ou d?éthanol). Ce qui permettra aux petits planteurs de se trouver d?autres débouchés que ceux de la culture de la canne pour leurs terrains.
Et ce sont les petits acteurs de la réforme qui demandent justement à être les mieux encadrés actuellement. D?une part, il y a ceux qui seront appelés à prendre leur VRS ou une retraite anticipée ? l?Early Retirement Scheme (ERS). Pour l?heure, l?une des priorités du gouvernement est de définir les possibilités de reconversion professionnelle offertes aux laboureurs et autres catégories de travailleurs manuels des sept sucreries qui fermeront leurs portes. Mais aussi ceux, employés à Belle-Vue, Fuel, Médine et Savannah, qui opteront pour un ERS.
Un certain flou règne toutefois par rapport à ce qui sera fait pour les quelque 6 000 personnes qui opteront pour les VRS et ceux concernés par les ERS. En excluant ceux qui préféreront ne pas reprendre d?activité, vu leur âge, ce sont potentiellement près de 5 000 personnes qui devront se réorienter vers une autre activité.
Des doutes subsistent
Le gouvernement compte largement sur la création d?emplois dans et autour des nouveaux hôtels et Integrated Resorts Schemes (IRS) pour absorber une partie de la main-d??uvre. Mais des doutes subsistent. Combien d?entre eux trouveront effectivement un emploi rémunérateur ? Et surtout, combien accepteront de suivre un cours de formation de plusieurs mois, au cours desquels ils ne percevront qu?une indemnité mensuelle d?environ Rs 2 000 ?
À côté des travailleurs de l?industrie, c?est aussi le sort des petits planteurs qui est en suspens. Ils sont, en effet, près de 20 000 à ne cultiver qu?environ 20 arpents de canne dans le pays. Et tandis que les propriétaires de champs de canne de 50 ou 60 arpents se sont depuis longtemps convertis aux bienfaits de mécanisation, de l?épierrage ou des techniques de récolte moderne, les petits planteurs restent ancrés dans des méthodes de culture et de gestion de terres archaïques.
Le gouvernement veut désormais les convertir à de nouvelles pratiques. « Si nous adoptons les bonnes orientations, les petits planteurs peuvent absorber largement la diminution de 36 % de leurs revenus, avec la baisse du prix garanti de notre sucre en Europe. Nos études démontrent qu?ils peuvent augmenter leur productivité de 20 % et faire baisser leur coût de 20 % », affirme Arvin Boolell.
Comment, alors, atteindre ces objectifs ambitieux ? Toute la stratégie de montée en puissance de la production des petits planteurs repose sur leur regroupement, afin qu?ils bénéficient d?économies d?é-chelle. Ainsi, une dizaine ou plus de propriétaires dont les terrains sont contigus peuvent choisir de se regrouper. Et de se constituer en société qui épierrera toute la surface, qui plantera et moissonnera, tout en permettant à ses membres de se partager ensuite les revenus. « Ils peuvent choisir de conclure un accord avec une propriété sucrière afin qu?elle gère leur terrain, ou décider de le faire eux-mêmes. Le choix est libre », précise le ministre de l?Agro-industrie.
Penser à changer de filière
Mais tous ne voudront pas s?associer avec des propriétaires voisins. D?autres encore, les très petits planteurs isolés, avec deux ou trois arpents de canne en pleine zone de culture, devront penser à changer de filière. L?Agricultural Research and Extension Unit, et le Mauritius Sugar Indus-try Research Institute réfléchissent aux cultures alternatives ou aux élevages que pourront démarrer les très petits planteurs.
Mais d?autres encore, situés sur des terrains en pente ou difficiles seront carrément encouragés à garder leur culture de canne, avec une aide gouvernementale sous forme d?une indemnité qui les dédommagera. Ceux-là cultiveront, à terme, de la canne à haute teneur en fibres, qui sera surtout plus adaptée à la production de bagasse ou d?éthanol.
Dans ce paysage où les petits planteurs apparaissent comme les perdants de la réforme, quelques-uns pourraient toutefois se retrouver avec une manne financière à très court terme. En effet, le SIE Act et ses décrets d?application permettront à certains, dont les terrains sont situés à proximité de terrains résidentiels, de les convertir, avec des conditions assouplies, notamment sur le paiement des taxes sur la conversion des terres.
D?autres enfin réaliseront des plus-values substantielles, comme ces petits planteurs de la région de Deux-Frères et Quatre-S?urs, qui sont voisins des projets IRS et hôteliers en construction. Leurs terrains, dans certains cas, vont être vendus à plus de Rs 1,4 million l?arpent ! De quoi se refaire une santé financière.
Mais à côté de ces quelques chanceux, d?autres pourraient ne pas avoir des raisons de se réjouir?
Et le financement ?
Maurice grignote peu à peu des aides supplémentaires à l?Union européenne (UE) pour financer la réforme de l?industrie sucrière. C?est l?impression dominante après la rencontre qu?ont eue les ministres Rama Sithanen, Arvin Boolell et Abu Kasenally avec les représentants de l?UE à Maurice vendredi.
Déjà, le montant des mesures d?accompagnement pour l?année en cours est passé de 915 000 euros à un peu plus de 1,1 million d?euros (Rs 44 millions). En même temps, avec la part de Maurice dans les aides aux pays d?Afrique, des Caraïbes, et du Pacifique (ACP) passant de 15 % à 19,4 %, ce sont désormais 100 millions d?euros (Rs 4,4 milliards) supplémentaires que recevra Maurice sur la période 2007-2013.
Le pays a aussi davantage de prévisibilité. Ainsi, la Commission européenne (CE) a déjà précisé que Maurice bénéficiera d?environ 127,5 millions d?euros (Rs 5,6 milliards) pour la période 2007-2010, ce qui portera le montant total auquel Maurice peut prétendre jusqu?à 2013 à 248 millions d?euros (Rs 10,9 milliards). Sans compter les reliquats du neuvième Fonds européen de développement que le pays pourrait encore recevoir.
Mais Maurice pourrait encore bénéficier d?autres aides. Celles de l?UE sont, en effet, liées à la présentation d?un plan détaillé de réformes et de performances à atteindre. Si Maurice y parvient, des soutiens additionnels lui sont assurés.
De même, si d?autres pays ne présentent pas à l?UE des plans de réforme adéquats et ne réussissent pas à atteindre les objectifs fixés, les aides qui leur étaient destinées pourraient être réallouées à Maurice. Pour l?heure en tout cas, l?UE semble satisfaite du chemin que parcourt Maurice dans sa réforme.
Le vote du Procurement Act et du SIE Act passent pour être des gages de bonne volonté. Toutefois, la CE demande également à Maurice de réfléchir à une politique énergétique faisant la part belle aux énergies renouvelables et allant au-delà de 2025, alors que les plans actuels ne s?arrêtent qu?en 2013.
Si toutefois Maurice soumet une politique énergétique cohérente, et surtout écologique, à l?UE, des aides supplémentaires pourraient encore lui être assurées.
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