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Bizin bar siklonn sosyal !

4 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le sondage publié dans « Business Magazine » confirme que le pays va mal. Une semaine après que le pays s?est trouvé suspendu à la menace de la démission de Rama Sithanen, le cyclone Gamede est venu étaler, à la une des médias, la réalité criante d?un pays fragile, avec ses problèmes de drains et autres infrastructures, et de logement. Gamede s?est éloigné, mais Maurice reste dans l??il d?un dangereux cyclone social.

Les analyses-réflexions du philosophe-syndicaliste J. Bizlall (« Mauritius Times » du 23.02), de l?écrivain-journaliste S. Patel et l?éditorialiste G. Ahnee méritent une lecture attentive car elles apportent des éclairages pertinents sur les dynamiques sociales en cours. Chacun énonce, avec sa sensibilité propre, certaines vérités qui ne peuvent pas ? et ne doivent pas ? être « discard » comme relevant de la démagogie, du « san konpran », ou du « confort paresseux ». Ils soutiennent que les concepteurs de la réforme ont péché par un manque de réalisme qu?ils disaient être le fondement même de leur projet.

L?analyse de J. Bizlall sur la nature de la dynamique sociale en cours, avec ses dangers et dérives, est légitime. Elle soulève de vraies questions. Le syndicaliste met en garde contre la révolte sociale qui ira en s?amplifiant en cas de perception grandissante selon laquelle le projet de réforme est non seulement pro « secteur privé », mais aussi contre les masses populaires ? et les classes moyennes ? qui doivent porter seules tout le fardeau de la restructuration de l?économie. Cette mise en garde doit être prise au sérieux. Quant aux solutions proposées cependant, J. Bizlall fait partie de ceux qui n?auront pas l?occasion de mettre leurs propositions à l?épreuve de la réalité du pouvoir. L?analyse de Bizlall s?inscrit dans celle des théoriciensdu « capitalisme total » d?une mondialisation dominante qui se traduit par une polarisation des classes, en sus d?une précarisation-exclusion. À Maurice, ce « capitalisme total » vient se greffer sur une société caractérisée par une forte concentration des richesses et de profondes inégalités.

Les réflexions de S. Patel sont profondes et animées d?une sensibilité humaine, ô combien nécessaires pour faire le contrepoids à la pensée techno-comptable des establishments. Dans ses deux dernières réflexions, « Sommes-nous des assistés ? » et « Dans l??il du cyclone », elle soulève des points fondamentaux : la légitimité de la remise en question d?une « economy of rising inequality », le rétrécissement des avenues de progression et d?ascension, le mode de reproduction des élites particulières. Après avoir dénoncé les critiques « injustes et délétères » contre la population mauricienne, tout en soulignant la cassure entre une population et ses gouvernants, pire, entre une population et son pays, elle plaide pour qu?on « tente ensemble de trouver des solutions pour sortir le pays de l??il du cyclone » car il ne peut y avoir de « progrès économique sans cohésion sociale ».

G. Ahnee s?efforce de sortir du simplisme dans lequel on préfère se complaire. Dans « Points de sécurité », il est critique à l?égard de l?approche comptable avec ses propositions qui ne s?enracinent pas dans les réalités sociales. Il prend l?exem-ple du revenu, « qui ne peut pas être le critère pour évaluer la capacité d?un individu ou d?un ménage d?assumer le coût de ses besoins en matière d?éducation, de santé, d?épargne pour ses vieux jours ». Il émet l?idée d?une conférence tripartite nationale ayant une approche pluridisciplinaire, afin de dégager des propositions de « reengineering de la providence ». Les trois expriment le très fort sentiment de déclassement ressenti dans les classes moyennes, autre conséquence de la mondialisation.

Ayant exposé tout cela, la question est, que faire ? Le maintien du statu quo, c?est la mort ! L?alternative altermondialiste n?est pas pour demain ! Les contraintes et les réalités de la mondialisation, de même que les conditions imposées par les bailleurs de fonds sont réelles ! La marge de man?uvre est très étroite. La révolte sociale ne constitue pas une alternative à la réforme. Ce qui est en jeu, c?est le modèle social du développement à inventer. L?écoute active est nécessaire afin que la raison communicative prenne le dessus sur le dialogue des sourds actuel. Le pays doit mobiliser suffisamment de volontés, d?intelligences, d?imagination pour dégager dans le dialogue un modèle qui soit juste, viable et durable.

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