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Pompiers : plongée en eaux troubles
par Aline GROËME-HARMON
Un téléphone sonne. Incessamment. Comme un enfant qu?on ne parvient pas à calmer. Les plaintes affluent à la caserne des pompiers. S?accumulent comme l?eau qui stagne dans les arrière-cours de la région vacoassienne.
«Les gens ont la phobie de l?eau en ce moment. C?est à croire qu?ils ont peur de se noyer.» Le station officer Bheemul ne rigole qu?à moitié. Le nez dans ses papiers, il nous explique que c?est lui qui coordonne le travail de quatre équipes de pompiers, réaménageant les trajets au besoin. «Cela nous est arrivé d?appeler la personne qui a fait une plainte. Elle nous répond : «Là je dors, venez demain». Le lendemain nous avons d?autres priorités.»
Celles de l?équipe de François Mootealloo, sub officer, sont établies. Quatre cours inondées à visiter du côté de la croisée Diolle jusqu?au moulin de Highlands, en passant par Glen-Park et Phoenix.
Les quatre officiers (deux jeunes, deux d?expérience) prennent place à bord du 4x2 qui démarre dans un hurlement de sirène. La mi-journée est bien avancée. L?eau, elle, refuse d?être délogée. Des tournants qui n?en finissent pas.
Des doléances aussi. «Ou kone depi kan mo pe asper ou vini.» Les vannes sont ouvertes. Pour laisser passer un filet d?amertume. «Quand j?ai appelé la mairie, ils m?ont dit qu?il fallait que j?appelle les pompiers. Quand j?ai appelé les pompiers, ils m?ont dit qu?il fallait que je patiente.» Le «client» est à bout. Lance des accusations de favoritisme. Ne comprend pas pourquoi «un entrepreneur a pris une journée pour faire des travaux chez deux personnes seulement».
Les pompiers, droits dans leurs bottes, écoutent. Hochent la tête de temps en temps. Font leur possible pour gérer le mécontentement. Installent la pompe et laissent faire la machine.
Ironiquement, l?eau pompée de cette cour sera rejetée dans l?eau qui a envahi la rue. Amplifiant un peu plus l?inondation des cours avoisinantes.
François Mootealloo explique : «Notre priorité, ce sont les maisons inondées, pas vraiment les rues. Le plus important est de dépanner cette famille.» Même si la man?uvre grossit un peu plus l?énorme flaque qui rend Seebaluck Lane impraticable.
Toute une récolte perdue
Faut croire que cet habitant-là a de la «chance». «Ayo, gete ki ou kapav fer sef.» Le ton est à la fois insistant et suppliant. Les Ramdin ont perdu leur champ de gingembre. Le bonhomme pleure ses pousses plantées l?année dernière. Tous ces efforts perdus, alors qu?il devait récolter dans deux mois. être pompier, c?est aussi rentré dans la vie intime des gens. Car dans le malheur, les gens se soulagent en racontant leur histoire. Le bonhomme Ramdin de raconter comment le mariage de l?un des fils n?a pas eu le faste qu?il avait prévu. «Bisin dir zis enn kar invite finn vini.» Et pour cause, en voyant la rue ainsi inondée, nombreux sont ceux qui ont rebroussé chemin. «On devait faire la navette avec notre van pour aller les chercher au bout de la rue, les ramener à la maison et les déposer à nouveau quand ils repartaient», raconte un frère du marié.
Le chef d?équipe écoute d?une oreille. Ses yeux ont déjà évalué la difficulté du travail, compliquée par la disposition des lieux. En son for intérieur, il sait déjà que la pompe ne pourra pas évacuer une goutte de cette cour en pente. Il nous l?avouera après coup. Néanmoins, pour «montrer dimounn la ki pa kapav fer narien», il demande tout de même à ses coéquipiers d?installer la pompe, de dérouler la lance et de «pomper pendant une demi-heure». L?eau sera jetée dans un terrain vague situé de l?autre côté de la rue.
À qui appartient ce terrain ? Silence radio. Les hommes s?affairent. Ont d?autres priorités. Le bruit de la pompe monte. Mais l?eau ne descend pas. La demi-heure passe. Rien. Pas une goutte n?a bougé. Les hommes remballent. Laissant les Ramdin à leur désespoir. François Mootealloo enchaîne sur la nécessité de planifier les constructions. D?aménager des drains. Tout le monde acquiesce. Mais reste impuissant.
Prochaine adresse. Le même accueil glacé. La même eau qui s?est installée dans le salon. Il est pratiquement 15 h 30. «Combien de temps va-t-il vous falloir pour pomper toute l?eau ?» Le chef d?équipe répond : «Cinq à six heures.» Avant de préciser : «Mais nous partons à 16 heures. Une autre équipe viendra pour continuer le travail.»
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