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?Gamede m?inquiète toujours?
● On n?attendait pas vraiment Gamede à cause de plusieurs ?fausses alertes? ces dernières années. Avez-vous un moyen de savoir si un cyclone va affecter Maurice ?
Oui, nous savons. Nous avons des moyens maintenant pour prévoir les trajectoires. Nous travaillons avec trois stations internationales, l?European Centre for Medium Range Forecasting, l?United Kingdom Met Office et le modèle américain. En sus de cela, nous avons notre antenne à Saint-Brandon qui nous est d?une grande aide parce qu?elle nous donne des données exactes. L?expérience nous a démontré que normalement les cyclones qui passent au nord de Saint-Brandon se dirigent vers Maurice, cela a été d?ailleurs le cas pour Gamede. Si un cyclone passe à l?est de Saint-Brandon, il passera entre Rodrigues et Maurice. Cela n?est pas une règle écrite mais c?est une tendance que nous avons constatée.
● Mais en même temps, il est difficile de prédire le comportement de la nature ?
Tout à fait. Puisque nous ne pouvons jamais être sûrs à 100 %, il y a des fois où il vaut mieux prendre des précautions et émettre des avertissements au cas où.
● Le pays a été alerte de classe III pendant 36 heures. N?est-ce pas pour le moins rare ?
C?est bien la première fois que cela arrive. Au départ, il approchait à 25 km/h. Nous avons émis une alerte de classe deux, vendredi à 4 heures le matin, parce que nous pensions que Gamede allait garder son rythme et que nous ne pouvions pas émettre cet avertissement à 10 heures vu que cela allait perturber les classes. Et à 16 heures, nous sommes passés à l?alerte de classe III. Mais après le cyclone a ralenti son rythme, ce qui fait que nous sommes restés en classe III aussi longtemps. Mais je tiens à préciser que l?alerte de classe III était justifiée.
● L?alerte de classe IV a été de courte durée. Ne fallait-il pas l?émettre avant ?
Non, parce qu?il n?y a pas eu de vents supérieurs à 120 km/h de façon systématique et à plusieurs endroits.
● Mais l?alerte de classe III avait tellement duré que les gens n?ont pas pris au sérieux l?alerte de classe 4 !
Oui, je l?ai constaté aussi. Vous savez, aux Etat-Unis, quelle que soit l?intensité de l?ouragan, il y a des hurricane parties où les gens s?approvisionnent en boissons et nourriture pour aller observer l?ouragan. Je vois que les Mauriciens commencent aussi à agir de la sorte. Samedi soir, il y avait une foule amassée à Poste-Lafayette pour regarder les vagues. En pleine alerte de classe trois ! Mais que voulez-vous l?homme est ainsi ! On ne peut même pas dire que les gens ne sont pas conscients des dangers et des précautions à prendre. Le seul moyen d?empêcher cela est de faire respecter les lois. A la Réunion, si une personne conduit lors de l?alerte rouge, elle est verbalisée. (Rires?) Ici, il n?y a même pas de policiers sur nos routes lors des cyclones !
● C?est peut-être aussi parce que les gens se sont déshabitués aux cyclones. Cela fait quand même longtemps, non ?
C?est vrai. Mais en tout cas, nous à la météo, nous mettons l?accent sur la conscientisation et l?information de façon continue.
● Et comment expliquez-vous que nous n?ayons pas eu de cyclones intenses ces dernières années ?
Je crois que c?est un peu le hasard. Il y a eu des cyclones intenses dans l?océan Indien chaque année à part en 1999 quand il y a eu un refroidissement de la mer. Mais l?océan indien est un vaste océan et Maurice est une petite île, donc ce n?est pas extraordinaire si ces cyclones ne viennent pas systématiquement vers nous. Madagascar, malheureusement n?a pas eu notre chance.
● Quels effets a le réchauffement de la planète sur la formation des cyclones ?
Je reviens d?une conférence sur ce sujet. Il a été prouvé que dans certains bassins océaniques, le réchauffement de la mer et de la terre a provoqué une intensification des cyclones. Surtout dans l?Atlantique Nord et le Pacifique Nord. Mais l?étude n?a pas encore été réalisée pour le bassin de l?océan Indien. Nous notons cependant que les cyclones que nous avons, s?ils ne sont pas intenses dès leur formation, s?intensifient plus vite qu?avant.
● Et qu?est-ce qui cause cette intensification ?
L?énergie dans la mer. La chaleur. Un cyclone est une masse nuageuse et les nuages sont formés quand il y a de l?humidité, de l?évaporation. Donc, plus il fait chaud, plus intense sera le cyclone.
● Qu?est-ce qui l?affaiblit ?
Quand le cyclone est sur terre, il s?affaiblit et s?effrite. Voyez Favio au Mozambique.
● Tous les cyclones viennent-ils du Nord et est-ce pour descendre vers le Sud ?
Pas tous, mais la majeure partie. La majorité des cyclones est formée à Diego Garcia où il y a une vaste étendue de mer et donc beaucoup d?énergie. Certains cyclones sont formés dans le canal de Mozambique mais ils ne sont pas aussi fréquents et leur durée de vie n?est normalement pas longue.
● Pourquoi a-t-on plus de cyclones en février ?
C?est l?un des facteurs. La chaleur commence en novembre et c?est une sorte d?accumulation de chaleur qui se propage, qui flotte. Un cyclone, c?est une des façons pour que l?énergie se dissipe dans la nature. Nous notons également que les cyclones en février et mars ont tendance à être plus intenses.
● On dit aussi que les cyclones intenses arrivent tous les dix ans. Est-ce vrai ?
(Rires?) Ce n?est pas vrai. Les gens aiment généraliser une observation. Il y a beaucoup de choses qu?on ne peut pas expliquer et les gens généralement aiment avoir une explication à tout. C?est ainsi que des ?mythes? se construisent.
● Est-ce que Humba vous inquiète ?
Humba est très loin et ne nous concerne pas du tout. Ce n?est pas Humba qui m?inquiète mais bien Gamede.
● Toujours ? Pourquoi ?
Sa trajectoire démontre une tendance qui va vers le Nord. Et quand un cyclone monte, il va forcément redescendre. C?est la théorie des Britanniques. Si cette tendance se maintient, Gamede ne s?approchera pas de Maurice mais nous ressentirons l?effet de ses nuages.
● Mais quelle est la durée de vie d?un cyclone ?
Cela dépend. Il y a des cyclones qui vivent plus longtemps que la norme.
● Mais il s?affaiblit ?
Pas forcément. En 2001, il y a eu un cyclone qui est venu des environs de l?Australie et qui est allé mourir dans l?Atlantique. Il a gardé son intensité. Donc, dépendant des conditions, un cyclone peut durer deux semaines tout comme il peut durer deux jours.
● Y a-t-il un danger que des tornades nous affectent à Maurice ?
Oui. Quelques fois, il y a des tornades dans les cyclones. L?origine des formations de tornades et de cyclones est la même. C?est l?énergie. Il y a quelques années à Flacq, nous avons vu un tronc d?arbre cassé et entortillé. Clairement le résultat d?une tornade. Mais ces phénomènes ne sont pas aussi fréquents. Ils sont imprévisibles parce que formés très vite. Les pêcheurs les voient souvent.
● Après 31 années passées dans ce domaine, comment voyez-vous ces évènements ? Etes-vous en admiration devant les forces de la nature ?
Maintenant, je suis un peu blasé ; c?est un phénomène naturel et chaque cyclone est différent. Il n?y a aucun chemin déjà tracé dans l?océan. (Rires?) Chaque cyclone est un défi scientifique et quand il n?y a pas de cyclone, nous disons que ça a été une année moche !
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
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