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« Le ?longaniste? use et abuse de la faiblesse des gens »

25 février 2007, 00:00

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Faut-il croire à la sorcellerie ?

À Maurice, il n?y a pas de connaissances en ésotérisme, c?est plutôt un mélange d?un peu de tout. Des connaissances très vagues des pratiques malgaches : composées d?un peu de vaudou (qui vient de Haïti et des îles et qui était la religion des esclaves) et un peu de catholicisme. Faut-il y croire ou pas ? Je dirais qu?il faut y croire à deux niveaux : premièrement, en tant que phénomène social, c?est-à-dire que les gens s?en servent pour régner par la terreur. Et deuxièmement, il y a effectivement des choses qui fonctionnent au niveau des énergies et de l?inconscient collectif. C?est comme les phénomènes de mode, de contagion qui se passent au niveau de l?inconscient.

Quelle est l?origine de la sorcellerie ?

La sorcellerie est née avec l?humanité. Mais elle s?est vraiment constituée en réaction au catholicisme. C?est un syncrétisme, c?est-à-dire une fusion entre deux traditions : les anciens cultes de la nature, celtes, et la pratique religieuse catholique. Persécutées par l?Église catholique pour adhérer à leur cause, certaines personnes se sont réfugiées dans la sorcellerie en toute clandestinité, adorant, au lieu de Dieu, le principe inverse et s?adressant au démon. C?est ainsi qu?est apparu le wicca : un mélange de l?ancienne religion dite naturelle et la pratique religieuse catholique.

Il ne faut pas confondre la sorcellerie qui est une pratique d?incultes et la magie qui est une forme d?ésotérisme. Les grimoires sont en fait composés de déformations de formules latines écrites pour adorer le diable. Les personnes, qui les ont inventés, ont fabriqué une pseudo-magie en inversant les rites catholiques. Il faut dire aussi qu?à la base de la sorcellerie, il y a des démarches satanistes, d?où les messes noires et les sacrilèges où des animaux et des enfants sont offerts en sacrifice.

À Maurice, il y a des rituels populaires qui sont pratiqués par les longanistes pour combattre le mal, mais aussi pour le provoquer. Que doit-on en penser ?

Il y a deux sortes de longanistes : ceux qui voient des esprits partout, ceux-là ne sont pas très dangereux. L?autre type, c?est en fait des gens qui se sont rendu compte qu?ils pouvaient abuser de la crédulité des gens déstabilisés. Dans un livre que j?ai écrit, il y a trois ans de cela, Le traité des protections, je parlais des longanistes comme le cancer de l?île Maurice. Après la parution de ce livre, j?ai reçu 17 menaces de mort de longanistes par téléphone. (sourire). Et je suis toujours vivant !

Ce que les longanistes pratiquent, c?est en fait un ramassis de fragments de choses mal comprises à propos du vaudou, des rituels de Kali (Kali n?est en fait qu?un aspect de Dieu, il ne faut pas en faire une pratique de sorcière). Les longanistes ne peuvent pas combattre le mal, car ils n?ont pas les techniques. Pour nuire, ils en connaissent un rayon, mais pour guérir, rien du tout. Ils ne savent même pas comment déjouer les systèmes d?autres longanistes.

Un homme qui enterre sa femme dans un cimetière et qui avoue s?adonner à des pratiques macabres avec l?appui d?un ami traiteur. Des exorcistes à l??uvre pour « délivrer » des gens « possédés ». Ces personnes ont-elles vraiment un certain « pouvoir » ?

S?adonner à des pratiques macabres avec des corps dans les cimetières, cela s?appelle de la nécromancie. Je pense que l?homme qui a enterré sa femme a des problèmes plus d?ordre psychiatrique et son ami traiteur en a profité. Concernant l?exorcisme, je tiens à préciser que c?est une fonction exclusivement religieuse. Ne s?affirme pas exorciste qui veut. Je ne veux pas parler de pouvoir, mais certes grâce à la méditation, le chamanisme et des entraînements, on est capable de manipuler et de gérer des énergies positives ou négatives et cette énergie peut être canalisée même si le rituel est idiot.

Les longanistes ont l?art d?arranger les choses, mais en réalité, il y en a très peu qui s?y connaissent vraiment. Une noix de coco, un peu de sel, tout cela c?est plutôt psychosomatique. C?est plus pour rassurer les gens, les psychanalystes s?y connaissent. Les longanistes ne savent même pas désenvoûter, car cela requiert la connaissance de la technique du phénomène de transfert. S?ils connaissaient cela, ils pourraient devenir très dangereux. Pour y arriver, il faut beaucoup de travail sur soi, les longanistes, eux, qui sont-ils ? Des réparateurs de bicyclette, des laboureurs le jour et des longanistes l?après-midi. Ils impressionnent les gens en phase de déstabilisation ou d?angoisse, ils leur font peur.

Un côté de savate qui disparaît, des noix de coco que l?on retrouve au milieu d?un chemin? Doit-on avoir peur de ces choses souvent incompréhensibles pour le commun des mortels ? Faut-il faire attention à la « méchanceté » des gens ?

Ce ne sont que des superstitions qui ne font que matérialiser l?action sorcière. Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas capables de gérer des situations difficiles. Alors, comme prétexte, ils disent « je suis envoûté ». C?est plus facile pour eux de blâmer quelqu?un d?autre et de dire que c?est la faute à la méchanceté des gens que de gérer la situation.

Les longanistes abusent de cette certitude. Il faut dire que ceux qui viennent les voir sont des gens déstabilisés, qui ne savent pas à quel saint se vouer. Dans le temps, l?Église était plus proche des gens, le prêtre cherchait des solutions pour la communauté. En réalité, plus on a de repères par rapport à la religion, plus on en parle ouvertement avec une autorité (prêtre etc.) et plus on a de garde-fous.

En même temps, il faut savoir qu?une énergie négative peut augmenter les difficultés pour quelqu?un, mais cela peut être largement contrebalancé par l?énergie de la personne.

Peut-on prévenir le mal ? Faut-il se protéger de ces pratiques ?

Ici, aller voir un longaniste est devenu le sport national parce que les gens se retrouvent déstabilisés par tout ce qui se passe. Beaucoup de personnes ont encore une base culturelle faible. Le longaniste use et abuse de cette faiblesse et les gens leur font confiance parce qu?ils ont établi une certaine réputation et parce que c?est la tradition.

Les longanistes font de la basse sorcellerie. Leurs pratiques spectaculaires restent dans l?inconscient collectif. Il faut se protéger, oui, mais en gardant une certaine lucidité. Il y a très peu de gens qui ont des connaissances et qui ont fait des études et à qui on peut faire confiance. Mais la plupart du temps, il faut se méfier et rester prudent.

Comment expliquez-vous ce paradoxe : la plupart des gens ne croient pas au mal mais, en même temps, ils suivent des conseils pour s?en prévenir ?

Il ne faut pas être superstitieux. La jeune génération essaie de ne pas y croire, mais dès qu?elle a une angoisse? Toutefois, il y a des démonstrations que l?on n?explique pas. Sachez que la physique moderne donne raison à certaines pratiques magiques, notamment la physique du chaos. Elle a validé certaines pratiques qu?on retrouve dans le yoga, la méditation.

Il ne faut pas tout nier en bloc. Il y a des phénomènes que l?on n?explique pas. L?être humain n?utilise que 10 % de ses capacités intellectuelles. Il y a une part d?énergie utilisable avec laquelle on pourrait faire des choses à la limite de la mystique. Il faut savoir qu?il y a en tout sept magies.

La croyance de la sorcellerie s?estompe-t-elle ou prend-t-elle de l?ampleur ?

Ça continue, ça évolue avec le temps certes, mais ça ne s?estompe pas !

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