Publicité

Questions sans réponse

25 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Méfions-nous de l?oeil du cyclone. L?accalmie n?y est que passagère, dit-on. Après la tempête politique, très attendus, les deux « amis » sont venus, mais n?ont guère convaincu. Car on ne peut effacer une crise qui a secoué le pays, une semaine durant, avec un point de presse de moins de trente minutes. Surtout si les questions de la presse ? relais entre le pouvoir et le public ? sont bannies !

Navin Ramgoolam et Rama Sithanen ont tout fait et continuent à tout faire pour minimiser la crise politique majeure. Le Premier ministre est même jusqu?à aller accuser les journalistes d?avoir inventé cette crise. Comme si la presse avait rédigé la lettre de démission de Rama Sithanen. Que faut-il ne pas entendre des politiques quand ils essayent de se désembourber?

Le « malentendu », selon le décret du Premier ministre et de son ministre des Finances, est désormais derrière nous. Il y va de « l?intérêt supérieur du pays ». Il y va aussi, nous disent-ils, de la « responsabilité » de ceux qui nous gouvernent. Ce sont leurs mots, termes galvaudés, concoctés par leur conseiller en communication, pour tenter de justifier une sortie de crise, sans que ni l?un ni l?autre ne perde la face.

Mais est-ce vraiment une « win-win situation » pour les deux amis ? Bien-sûr que non.

Rama Sithanen gagnerait à méditer sur cette phrase de St-Exupéry, que Navin Ramgoolam a manifestement fait sienne : « Si c?est par amitié qu?ils vous obéissent, vous les dupez ! » Rappelons, à cet égard, ces propos du Premier ministre : « L?amitié qui nous unit est trop forte pour être rompue. » Vraiment c?est trop beau pour être vrai?

Ainsi donc tout le Conseil des ministres serait désormais solidaire de Rama Sithanen et de sa réforme. La sacro-sainte « collective responsability » du Cabinet serait enfin de vigueur pour justifier les mesures impopulaires que génère la réforme. Le soutien, affiché vendredi, n?est plus du bout des lèvres, mais officialisé. Mais tout reste jusqu?ici que discours. La question fondamentale, à l?origine de la crise, demeure : est-ce que les ministres réfractaires à la réforme Sithanen ? ils sont bel et bien présents et virulents malgré leur soutien de façade, Arvin Boolell en sait quelque chose ! ? ont été mis au pas ?

Depuis le dernier Conseil des ministres, toutes les voix contestataires se sont tues dans l?antre feutré du Trésor. Ils jouent aux abonnés absents. Mais pour combien de temps encore ? Après avoir validé les protestations de leurs mandants, comment vont-ils réorienter leur discours aujourd?hui, alors même qu?ils jubilaient, le week-end dernier, d?avoir eu la tête de Sithanen ?

Si les sentiments des collègues de Sithanen nous sont encore méconnus, en revanche, les voix discordantes ? qualifiées de démocratiques ! ? des députés de l?Alliance sociale résonnent encore. Elles émanent de Nita Deerpalsingh (incendiaire dans sa contestation de la réforme sucrière) à Maurice Allet (qui milite timidement contre la suppression des subventions aux frais d?examens). Ces voix vont-elles s?adoucir aujourd?hui ?

Autre question : comment se passera la cohabitation entre Bheenick et Sithanen, même si l?on sait que ce n?était qu?un prétexte ? c?est-à-dire « la goutte d?eau » qui a fait déborder le vase ? à la démission annoncée, puis avortée, de Sithanen ? Comment se décidera la politique monétaire quand ces deux brillantes écoles économiques divergent ?

Le « face saving device » Rajah Ramdaursingh ? qui à défaut de la Banque de Maurice présidera aux destinées de la State Bank ? a-t-il été motivé par le « move » de Sithanen ? Ramgoolam vient nous dire que ce n?est pas uniquement le choix de Sithanen, mais le sien « aussi ». Mais pourquoi donc Manou Bheenick a-t-il été préféré à cet « homme de valeur qui comprend les enjeux bancaires », surtout si ce dernier bénéficie d?une double appréciation, alors que tel n?était pas le cas d?un Manou Bheenick « aussi compétent » ?

Comment se passera la cohabitation entre le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque s?ils ne se parlent pas, pire, s?ils ne s?aiment pas ?

Ces réponses, nous ne les obtiendrons pas de Sithanen. C?est la deuxième fois qu?il se la joue motus et bouche cousue alors qu?en temps moins cyclonique, il est très loquace, quitte à se répéter. La première fois : quand il annonçait à la presse qu?il avait remis sa lettre de démission. La deuxième : ce vendredi, au côté de Navin Ramgoolam, quand il est revenu sur sa décision, encore une fois en évitant une rafale de questions des journalistes. Quelles sont les conditions réunies pour son retour ? Qui sont ceux-là, au sein du gouvernement, qui sont contre lui ? Comment compte-t-il continuer désormais alors qu?il n?en pouvait plus, en bref qu?est ? ce qui a changé depuis le retour de Navin Ramgoolam ? Seul le temps nous répondra?

Finalement, Gamede fait surtout souffler un vent d?accalmie au sein des rouges. Les débats sur le « Sugar Efficiency Act », qui aurait pu révéler les attitudes des uns et des autres par rapport à ce dossier sensible ? soit la guerre des VRS contre les IRS ? ont été reportés. Le congrès des rouges, où la base s?exprime en toute démocratie, nous dit-on, a aussi été annulé.

Mais le temps n?efface pas tout. Tout comme le « trou Bheenick », Rama Sithanen et sa lettre de démission, davantage que son changement de casaque d?août 2000, sont bien placés dans les annales de la politique locale?

Publicité