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Sithanen-Bheenick, une cohabitation dangereuse
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Sithanen-Bheenick, une cohabitation dangereuse
Rama Sithanen et Rundheersing Bheenick pourront-ils accorder leur violon au cas où le premier nommé reviendrait sur sa décision de partir ? En effet, si sur le papier, la Banque de Maurice est indépendante, dans les faits cette autonomie doit s?accommoder d?un dialogue permanent avec le ministère des Finances. En d?autres mots, le gouverneur de la Banque centrale doit être un interlocuteur privilégié du ministre des Finances. Or, entre les deux hommes, la mésentente risque de brouiller la communication.
Le gouverneur de la Banque centrale est nommé par le président de la République suivant la recommandation du Premier ministre. Toutefois, la Banque de Maurice tombe sous la responsabilité administrative et politique du ministère des Finances. Ainsi, le grand argentier est politiquement responsable des décisions de la Banque centrale vis-à-vis de l?Assemblée nationale et de la population. Ce schéma est sérieusement compromis dans la mesure où Rama Sithanen fait de son opposition à la nomination du nouveau gouverneur un des principaux motifs de sa menace de démission.
?Ces deux hommes ne pourront pas travailler ensemble. L?un des deux doit partir?, commente sans ambages un ancien gouverneur de la Banque de Maurice. ?Ils ont déjà déclaré la guerre. Le marché va très mal interpréter une éventuelle cohabitation entre ces deux personnes. Il me semble que la nomination de Bheenick n?enthousiasme pas le secteur privé non plus?, poursuit-il.
Le ministère des Finances et la Banque centrale sont deux institutions vitales dans le système économique. Elles doivent partager la même vision de l?économie. Selon les dispositions de la Bank of Mauritius Act, la Banque centrale est indépendante dans ses activités de tous les jours. Cette autonomie est toutefois mise à l?épreuve des réalités quotidiennes.
?Dans la pratique c?est le gouvernement qui définit les politiques et fixe les objectifs notamment au niveau de l?inflation. Il incombe à la Banque centrale d?utiliser ses outils pour atteindre les objectifs définis par le gouvernement?, dit Eric Ng, directeur du cabinet Pluriconseil.
La Banque de Maurice a la responsabilité de concevoir et d?exécuter la politique monétaire. Elle est libre dans son choix d?outils et de canaux de transmission pour traduire sa stratégie dans les faits. Elle ne peut développer une politique monétaire sans tenir compte des intentions du gouvernement.
Exécuter la vision du gouvernement
Des consultations régulières entre l?autorité monétaire et le ministère sont donc essentielles pour assurer la coordination des politiques. ?Il est inconcevable que le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale ne soient pas on speaking terms?, souligne Eric Ng.
Les deux hommes doivent se concerter pour s?assurer que les politiques fiscale et monétaire vont dans la même direction. Il y a aussi des discussions régulières sur le taux d?intérêt et le taux de change de la monnaie. ?Si le gouvernement sent le besoin de soutenir les exportations avec une roupie faible, la Banque centrale ne peut pas ne pas en tenir compte?, explique un analyste.
Il arrive aussi que le ministère des Finances prenne des décisions qui relèvent essentiellement de la politique monétaire. Les récentes initiatives pour redonner force à la roupie après une longue période de chute viennent principalement de l?Hôtel du gouvernement.
La Banque de Maurice s?occupe de plusieurs fonctions qui nécessitent une collaboration étroite avec le ministère des Finances. La Banque centrale fait office de banquier auprès du gouvernement. La gestion de la dette publique fait partie de ses attributions. Elle agit aussi en tant que conseiller du gouvernement sur les affaires financières.
?Il doit y avoir une bonne concertation entre les deux institutions au niveau de la gestion de la dette publique, notamment. Le gouvernement voudrait bien avoir son mot à dire sur le taux auquel il va financer ses dépenses?, fait ressortir Eric Ng.
En tant que régulateur des banques, la Banque de Maurice doit aussi exécuter la vision du gouvernement concernant le développement du secteur bancaire.
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