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La réforme avant tout
Le ministre des Finances incarne l?esprit de la nouvelle orientation économique initiée depuis le dernier budget. Il l?a conçu, accouché et défendu. Envers et contre tous. Laisser partir Rama Sithanen équivaut donc à dire qu?une nouvelle stratégie économique se profile. De Paris, Navin Ramgoolam affirme que la réforme ne va pas être remise en cause.
Mais pour certains ministres et députés, il faut l?édulcorer et en étaler les effets sur quelques années supplémentaires. Tout en redonnant un coup de barre vers l?action sociale. D?autres au gouvernement, prônent une politique radicalement différente, très « old labour » et résolument anti-grand capital. Ramgoolam ne peut choisir cette alternative-ci. C?est un pari trop risqué.
En revanche, en l?absence de Sithanen, Ramgoolam peut se laisser aller à écouter ceux qui lui recommandent une approche plus timorée. En lui jurant que cette nouvelle posture requinquerait à coup sûr la cote de popularité de son gouvernement ? actuellement en berne. Toutefois, si Ramgoolam cède devant la tentation de redevenir populaire, des tuteurs le placeront, lui et son gouvernement, devant leurs responsabilités.
La Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l?Union européenne et une demi-douzaine d?institutions, telle la Banque africaine de développement, veillent au grain. Ce sont elles qui financeront, jusqu?en 2015, une bonne partie de la transition économique du pays, chiffrée à Rs 160 milliards. Et comme tout prêteur, ils réclament des garanties avant de décaisser. Ainsi, plusieurs mois avant la présentation du budget, Sithanen s?est retrouvé avec leur liste de commissions.
Il a réussi à incorporer leurs principales recommandations (dont une réforme fiscale et du cadre des affaires, ainsi que l?assainissement des finances publiques) dans son budget. En parvenant, quand même, comme l?ont fait ses prédécesseurs des années 70 et début 80 avant lui, à refuser d?obéir aveuglément à ces prescriptions venues d?ailleurs.
Pour autant, rien n?est encore acquis. Comme nous l?indiquait Rama Sithanen en octobre dernier, la valeur de la signature d?un ministre des Finances mauricien s?est étiolée auprès de certains de nos bailleurs de fonds ces dernières années. Il a donc fallu rétablir la confiance et redonner des gages de sérieux. Une tâche qu?Arvin Boolell a aidé le ministre des Finances à accomplir auprès de nos bailleurs de fonds devenus suspicieux devant la volonté réelle de Maurice à voir ses problèmes en face. Et surtout d?y apporter des solutions.
Le « Country Strategy Paper » et la « Multi Annual Adaptation Strategy » des deux ministres ont quelque peu convaincu nos partenaires de l?utilité de financer le plan de transition économique. Mais il faut rappeler qu?aucune aide découlant directement des engagements pris dans ces documents n?a encore été décaissée. Nos interlocuteurs sont encore dans une phase d?observation et d?évaluation.
On comprend donc que la crise autour du probable départ de Sithanen tombe mal. Alors même que nous devons donner des signes de constance et de sérieux dans la réforme? nous balançons, à la face de nos partenaires, la grave divergence de vue qui règne au sommet de l?État. On comprend pourquoi, dans les heures qui ont suivi la parution de « l?express », annonçant la démission de Sithanen jeudi matin, ce dernier a reçu plusieurs appels des représentants des institutions internationales. Lui demandant des explications.
Il est urgent que le gouvernement et son Premier ministre réagissent vigoureusement. Si Sithanen reste, il devra se charger lui-même de désamorcer, dans les jours à venir, le début de crise de confiance qui a gagné nos partenaires. Si Sithanen part, son successeur devra, dès son arrivée en fonction, donner des indications explicites sur l?orientation qu?il compte adopter. En sachant que faire marche arrière n?est pas une option. Le financement de toute la réforme en dépend. On ne saurait perdre un an à réfléchir à une nouvelle stratégie. Et encore un autre à l?expliquer et à la faire valider par nos partenaires. Plus que jamais, continuer la réforme reste primordial?
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