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Jean-Claude Baissac et sa touche mystique

18 février 2007, 00:00

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Jean-Claude Baissac expose, jusqu?à mardi, une trentaine de toiles à la galerie Malcolm de Chazal, Lake Point, hôtel de ville, à Curepipe. Pressez-vous, car des visiteurs étrangers emportent avec eux les plus belles ?uvres, avant de prendre l?avion et de retrouver leurs frimas et autres verglas.

Sautent, aux yeux des visiteurs incessants, de puissantes taches de couleur. Baissac rappelle le meilleur Malcolm de Chazal dans sa manière de peindre. L?on y retrouve la même volonté de donner la densité colorée maximale à la forme initialement esquissée. On devine le besoin d?expansion de chaque teinte choisie, mais que contient et limite une forme implacable ne se laissant point conter. La peinture, crayeuse à souhait, est déjà message à décoder.

L?art de saisir ce moment de grâce

Mais l?objet parlant à Malcolm devient instant de vie chez Baissac. Ses personnages se débattent dans un univers que leur disputent des palmiers simplifiés à l?extrême, des maisons subtilement rangées comme un enfant ramasse ses jouets en les jetant en vrac dans son coffre de rangement. Les montagnes sont des silhouettes s?agitant pour devenir plus terrifiantes. Les palmiers de Baissac sont des cierges. Leurs palmes font office de flamme nouvelle et rédemptrice quand elles ne sont pas feux d?artifice. Les maisons hésitent entre demeures malgaches et villages slaves recroquevillés. Elles s?escaladent mutuellement pour souligner l?imbrication de nos existences. Nous croyons être une île. Nous sommes en fait grains de sable qu?emporte le même cyclone.

Il y a chez Baissac la grâce mystique d?un Chagall. Un Chagall ayant toutefois des affinités avec Dufy. Il s?agit d?une peinture éminemment poétique au point que le contemplateur ne doit plus s?étonner de voir voler des personnages ou encore des oiseaux aux gestes humains. Il n?est jamais aisé de distinguer où commence l?oiseau chez tout homme. Baissac excelle dans l?art de saisir ce moment de grâce quand l?homme retrouve la légèreté d?être, au point de se mouvoir désormais avec une aisance semblable à l?oiseau prenant son envol.

Ses personnages arrondissent leurs angles pour mieux faire corps avec l?ensemble du paysage. Ils vont d?ailleurs par couple, le plus souvent. L?homme et la femme prennent à bras le corps leurs occupations professionnelles leur servant aussi de gagne-pain. C?est la vie gagnée à la sueur de son front. C?est le labeur fécondant la nature. L?homme-oiseau plus loin, plus haut, nous rappelle que nous sommes pourtant appelés à d?autres destinées.

Il y a aussi une dormeuse qui hésite entre le Douanier Rousseau et l?inévitable clin d??il à Chagall. Elle est aussi puissamment africaine. La femme aux oiseaux a, en revanche, un côté Bécassine mais qu?un Matisse aurait habilement sublimée. Toute la magie de la pureté des lignes d?un Matisse, parvenant au sommet de son art, c?est-à-dire la simplicité totale, la plénitude de la pureté.

La douceur est le maître-mot

Le palmier esquissé aux côtés de la femme aux oiseaux nous invite à examiner de plus près le styliste accompli qu?est Jean-Claude Baissac. N?y cherchez, ici, aucune raideur. Tout est, sinon rondeur, du moins formes arrondies. La douceur est le maître- mot encore qu?elle doit épouser la puissante densité pour échapper à la fadeur et à l?insignifiance.

Cela invite à parler de Jean-Claude Baissac l?Africain. Africain parce qu?il explore sans cesse l?aisance particulière de ce continent à totémiser tout animal ou objet sacrés par nature. Il s?agit souvent d?un mélange des genres, permettant d?adjoindre à la carapace d?une tortue des pattes latérales d?un reptile, une tête d?homme ou d?oiseau. Parfois, la carapace cède la place à une peau de fauve distendue pour être mieux déchiffrée. Le visage humain rappelle que l?homme est assujetti à ce monde à mi-chemin entre humanité et divinité, entre créatures et Créateur. Les motifs décoratifs sont littératures à décrypter. Ces rangées de triangles tête baissée, ces rectangles dans des rectangles, ces poissons émergeant, ces salamandres héraldiques nous interpellent définitivement. Ne faisons surtout pas la fine bouche nous qui sommes si pauvres en peinture d?inspiration africaine, si pauvres en peinture pouvant exalter et sublimer une célébration de 1er Février digne de ce nom.

Comment ne pas s?incliner devant ces nefs remplies de silhouettes africaines, emportées vers des destinés inconnues ? Ah ! si seulement nous possédions un Centre culturel africain?

Il y a encore chez Jean-Claude Baissac ce besoin de multiplier à l?infini les mêmes silhouettes afin de les rendre encore plus obsédantes. On retrouve avec plaisir la multiplication des voiliers d?une précédente exposition en blanc et noir. Il y a aussi ces instruments de jazz redoublés et triplés, pour nous rappeler que la vie se décompose souvent pour mieux se recomposer dans nos esprits.

Et pour terminer, ce nu que n?aurait pas dédaigné l?expert en la matière, Serge Constantin. Un nu aux cuisses vertigineuses, au relief vallonné, aux concavités abyssales. Un nu dans lequel on voudrait bien s?y perdre et pour de bon.

Puissance et haute signification, à la limite de la totémisation. Telles apparaissent les ?uvres 2007 de Jean-Claude Baissac, exposées, jusqu?à mardi, pour notre plus grande joie à la galerie de peinture de feue la patinoire, de feu le lac de l?hôtel de ville de Curepipe. Des ?uvres-messages qu?il nous faut prendre le temps, mais aussi le plaisir de déchiffrer pour en prendre connaissance et nous enrichir esthétiquement. Une ?uvre qui nous redit simplement, mais avec une puissance sublimée, ce qu?est le combat de nos vies humaines et tourmentées, mais si belles à raconter quand on sait le faire aussi bien que Jean-Claude Baissac.

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