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Une histoire d?hommes

17 février 2007, 00:00

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par Nazim ESOOF

En politique, il n?y a de loufoqueries que celles qui sont programmées. Sauf lorsque l?ego ne permet plus au tamis de l?intelligence de filtrer une action irréfléchie. Serait-ce ce dont a souffert Rama Sithanen mercredi soir? Il aura beau dire que ce n?est pas un acte emporté, il est toujours difficile de croire qu?il ne s?est pas fait piéger aujourd?hui. Toute cette péripétie sithanienne vient en fin de compte confirmer que la décision finale revient toujours au PM.

Car, si on le croit, Rama Sithanen a cogité, a pris sa décision, mais finalement il incombera à Ramgoolam de trancher ! C?est un topo peu usuel mais c?est celui dans lequel Sithanen s?est enfermé. D?ici lundi les lignes peuvent toujours bouger. Le seul à pouvoir les contourner, c?est le PM. Le voilà en face d?une situation inédite. L?une de ses décisions est ouvertement contestée par son principal second. Il prend cette décision à la veille de son départ pour le Sommet France-Afrique. Il gagne ainsi quelques jours pour voir comment le choix de Bheenick à la tête de la BoM sera pris par son lieutenant. Sans doute espérait-il que son éloignement aurait fini par avoir raison de la colère de Sithanen. Sauf qu?il n?avait pas prévu que son ministre des Finances pouvait prendre une décision radicale. Et le PM a horreur de ces radicalismes qui l?incommodent tant dans la gestion de son image. Que fait-il à partir de là ? Gagner du temps, soupeser et trancher au bon moment. Le plus important étant évidemment de protéger son capital. A ce jeu, Rama Sithanen a beaucoup plus à perdre que le PM. Celui-ci est déjà dans une situation où la présence ou l?absence de Rama Sithanen au Conseil des ministres est d?égale valeur. Mieux, il peut aujourd?hui aspirer à occuper un porte-feuille des Finances en distribuant les fruits de la rigueur. Et tout cela passera comme une action épousant les grandes lignes socialisantes du programme de l?Alliance sociale en rupture avec les choix trop libéraux d?un Rama Sithanen à la solde du secteur privé !

Cependant, ce serait trop beau et facile pour Navin Ramgoolam. En politique, il faut aussi savoir montrer sa reconnaissance et sa fidélité. La trahison est un acte que l?électeur prend du temps à pardonner. Le PM n?est pas sans savoir que Rama Sithanen a été le politique qui a le plus porté les espoirs d?un mieux-être économique d?une majorité de Mauriciens aux dernières élections.

Le PM doit savoir que le temps n?est pas approprié pour un départ de Sithanen du gouvernement. Le miroir risque de lui renvoyer un reflet déformant de sa popularité. Et Ramgoolam n?aime pas prendre ce risque. Car le risque est grand. Sans Sithanen, il aura probablement à gouverner sans l?adhésion du secteur concurrentiel et d?une certaine opinion publique déjà très critique à son égard.

Il y a sûrement d?autres alternatives économiques à la politique de Sithanen. Nul n?est indispensable. Mais une machinerie est en marche et Sithanen en est le bras séculier. C?est cette dynamique que Ramgoolam ne voudra pas mettre en péril. Reste à savoir comment les deux principaux protagonistes s?y prendront pour ne pas perdre la face. C?est tout l?enjeu politico-électoral de ce premier psychodrame du deuxième gouvernement Ramgoolam.

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