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Ce qui sépare Sithanen et Bheenick

17 février 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Akilesh ROOPUN

En 1996, ils s?étaient entre-déchirés au sujet de la politique budgétaire. Aujourd?hui, si Rama Sithanen et Rundheersing Bheenick sont du même bord politique, leur relation ne s?est guère améliorée. Au point où cette animosité risque de mettre en péril la stabilité même du gouvernement.

Le ministre des Finances, Rama Sithanen, claque la porte du gouvernement suivant l?annonce de la nomination de Rundheersing Bheenick comme gouverneur de la Banque de Maurice (BoM). Cette nomination, dont la prérogative revient au PM, il s?y oppose farouchement. Sithanen évoque les manquements à la moralité du nouveau patron de la Banque centrale.

Aux yeux du ministre en partance, les antécédents de Rundheersing Bheenick comme ministre des Finances en 1995-1996 ne peuvent le qualifier pour une fonction aussi stratégique. Les faits que le démissionnaire reproche à celui-ci remontent à la mi-1996, après la présentation du budget.

Le gouvernement est mis au courant d?une manipulation au niveau des chiffres du budget. Le ministre des Finances d?alors aurait «déguisé» certaines données dans le but de noircir la performance fiscale de son prédécesseur, Rama Sithanen.

La man?uvre consistait à transférer une somme de Rs 700 m sur un compte de la BoM au lieu de la verser au Consolidated Fund du gouvernement. La découverte de cette affaire a contraint Rundheersing Bheenick à démissionner comme ministre des Finances. Rama Sithanen, alors dans l?opposition, était parmi les principaux animateurs de la fronde anti-Bheenick.

Plus de dix ans après, le conflit entre les deux est devenu une affaire d?Etat. Et si entre-temps Rama Sithanen a rejoint le Parti travailliste, tout les sépare.

Il n?y a pas que l?affaire de manipulation budgétaire. Sithanen et Bheenick prônent deux différentes philosophies de l?économie. Le premier est un libéral dans son approche et dans ses décisions. Une certaine idéologie marxiste laisse des traces chez l?autre. «L?establishment du secteur privé se méfie de Bheenick. Sithanen est beaucoup plus libéral et inspire plus de confiance chez les opérateurs», dit un économiste.

Dans son dernier budget, Sithanen démontre qu?il est résolument pro-business. Les mesures en faveur du cadre régulateur de l?investissement, et les baisses du taux de la taxe corporative en témoignent.

Autant la communauté des affaires a acclamé le budget Sithanen, autant elle était remontée contre les mesures budgétaires de Rundheersing Bheenick à l?époque. Sa décision de taxer les dividendes avait soulevé un tollé parmi les investisseurs.

L?ancien ministre des Finances avait aussi introduit un special levy sur l?industrie sucrière, alors que deux ans auparavant Rama Sithanen avait pris la décision d?enlever la taxe de sortie sur les exportations sucrières.

Bheenick est obligé de revenir sur ces décisions suite aux résistances au sein même du gouvernement. Les décisions controversables ont fini par prendre le dessus sur ses intentions très ambitieuses de réformer l?économie.

«Le budget était innovateur. Beaucoup de choses qu?il évoque sont vraies aujourd?hui. Mais la population n?était pas prête à accepter ces mesures. Nous n?étions pas encore dans la période post-préférences. Les gens n?appréciaient pas encore l?urgence de ces décisions», explique un observateur.

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