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Rama Sithanen, Le réformateur mal-aimé
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Rama Sithanen, Le réformateur mal-aimé
Qui veut la peau de Rama Sithanen ? Avec le temps, la réponse à cette question est devenue plus évidente qu?elle ne l?était dans le film de Robert Zemeckis où elle se posait par rapport à un certain Roger Rabbit accusé à tort de meurtre.
Les détracteurs du ministre doivent être identifiés d?abord parmi ses collègues ministres et parlementaires. Ils ont compilé un véritable dossier à charge contre lui. Celui-ci inclut des mécontentements et frustrations provoqués par la réforme de l?industrie sucrière, la suppression des subventions sur le riz, la farine et les frais d?examens, le péage pour décongestionner Port-Louis, l?introduction de la taxe résidentielle ou encore la réforme des impôts. Sur tous ces fronts, Rama Sithanen s?est avéré être l?ultra-libéral à abattre.
Le plan de réforme de l?industrie sucrière préconise un dégraissage impliquant 7 200 salariés et la réorganisation de l?industrie en un groupe intégré produisant sucre, électricité et éthanol. La stratégie, prête depuis avril 2006, est approuvée par la Commission européenne de même que l?industrie sucrière.
Mais au moment de passer à l?action, les collègues de Sithanen trouvent que le plan consolide la suprématie des capitalistes sucriers au lieu de démocratiser l?économie. L?amendement au ?Sugar Efficiency Act? pour codifier la réforme a été sensiblement retardé.
Auparavant, la suppression des subventions aux frais d?examens du ?Higher School Certificate? et du ?School Certificate? a soulevé un tollé. L?opinion s?est élevée contre le dédoublement de ce coût. L?année dernière, une initiative similaire concernant le riz et la farine avait provoqué la même réaction. Une réaction qui a gagné en virulence quand Sithanen a voulu mettre un terme à la distribution gratuite de nourriture aux écoliers des régions défavorisées. Il a d?ailleurs été contraint à se rétracter.
Le retrait du soutien de l?Etat a fait d?autant plus mal que le pouvoir d?achat du consommateur est constamment érodé par une roupie qui ne cesse de perdre de la valeur. Les tentatives de Rajesh Jeetah, ministre du Commerce, d?imposer le contrôle des prix se sont heurtées à la résistance de Rama Sithanen. Celui-ci l?a emporté, obtenant ainsi l?approbation de la communauté des affaires et des bailleurs de fonds. Mais l?épisode a renforcé l?image ultra-libérale du ministre des Finances.
Les interventions ayant appauvri le consommateur ont juré avec certaines réformes fiscales qui ont amélioré les finances de la communauté des affaires. Ainsi, l?uniformisation à terme de la taxe sur les profits à 15 % a été accueillie comme une initiative pro-capitaliste. Rama Sithanen a été perçu comme arrachant aux pauvres pour donner aux riches.
Deux autres mesures fiscales ont conforté les détracteurs de Rama Sithanen dans leur opinion. D?abord, l?imposition des dépôts bancaires à partir de Rs 2 millions. Ensuite, l?introduction annoncée d?une taxe résidentielle. Le ministre a été accusé de cibler une communauté spécifique de Mauriciens. L?imposition des dépôts fixes a, en outre, exacerbé la dépréciation de la roupie, les épargnants préférant retenir des devises. Cela a alimenté la spirale inflationniste, provoquant de nouveau le courroux des consommateurs?
L?autre mesure impopulaire, décriée par plus d?un mais cette fois ouvertement soutenue par le Premier ministre Navin Ramgoolam, a été la proposition d?introduire un système de péage pour décongestionner Port-Louis. Les bailleurs de fonds en ont fait une condition pour financer un éventuel projet de mode de transport alternatif.
Autant dire qu?en un an, Rama Sithanen a réussi le tour de force de devenir le ?punching ball? favori de toute une nation.
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