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?Severance? de Christopher Smith
Même si les Américains sont bien les inventeurs du ?slasher movie?, avec des classiques comme 2000 Maniacs ou Massacre à la Tronçonneuse, on peut dire qu?ils ont depuis peiné à le réinventer. Cela fait plusieurs décennies qu?ils n?arrêtent pas de nous conjuguer ce genre horrifique assez particulier sur le mode du ?Barbie, Ken & les Spice Girls vont en week-end à Deliverance?.
Les Anglais ayant toujours su prendre la légèreté au sérieux et les choses sérieuses à la légère, il fallait s?attendre à voir un des leurs aborder le genre différemment. Attitude qui dit-on, aurait amené une partie du public américain à se méprendre sur le genre, voyant en Severance, une comédie d?horreur. Pourtant, il s?agit bien d?un film d?horreur, à la différence cette fois, que la mécanique principale (suspense, poursuites, massacre, tueries, etc.) est lubrifiée par un humour aussi forcément que férocement noir.
Ce ne sont pas les sempiternels adolescents sans relief, mais six cadres d?une multinationale qui se font massacrer dans ce film. Plus précisément, ils sont les cadres d?une entreprise de fabrique et de vente d?armes, se spécialisant dans les mines antipersonnel. Il y en a un qui meurt bêtement, d?un coup de fusil, comme par manque d?inspiration, mais autrement, tous, sauf les survivants finissent par se faire découper à vif, éventrer ou griller au lance-flammes.
Les scènes sont particulièrement atroces, mais Christopher Smith parvient à nous faire éprouver des émotions diverses devant cette tuerie. L?horreur, évidemment, même si certains de ces meurtres ne sont pas montrés dans leurs moindres détails ; mais aussi la surprise, mutilations et morts survenant à des moments où on s?y attend le moins.
À cela il faut ajouter une certaine satisfaction que l?on savoure sans embarras. Christopher Smith n?a pas eu besoin de chercher loin pour trouver ses personnages, ils sont représentatifs du personnel de n?importe quelle entreprise qui se veut performante à l?ère de la mondialisation. Seuls survivront les moins antipathiques.
Les péquenots du Midwest américain ont été remplacés par des soldats dégénérés d?un pays des Balkans. Lequel pays est justement un des clients de cette entreprise qui emploie ces cadres si dévoués qui se font tuer par les armes qu?ils auront contribué à vendre au nom de la ?lutte contre le terrorisme?.
Severance est un film baigné d?une noire ironie qui ne se limite pas au propos. Ainsi certains instants sont mémorables, comme celui où le jeune loup se rend compte que ce qu?il disait sur la décapitation était vrai ; sauf qu?à cet instant, il a lui-même perdu la tête. Non seulement la séquence est filmée d?une manière originale, mais aussi l?instant lui-même est en deux parties judicieusement espacées. Le récit est lui-même découpé puis raccordé, comme chez Tarentino et l?on s?aperçoit que la scène du début est en fait le dénouement que le récit finit par rejoindre pour aboutir à une sobre conclusion. Voilà une élégante façon de faire.
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