Publicité
Nose story
Les Mauriciens sont généralement sensibles aux odeurs et même celle de sainteté ne leur échappe guère. En sus du bec, ils ont le nez fin, adorent un petit arôme de vanille ou de jasmin dans leur thé et peuvent vous décrire au pifomètre le fumet émanant de la cuisine du voisin, ne fermant toutes les ouvertures que lorsque le ?bombli? grillé passe à l?attaque. Dans ce cas nous sommes loin de Rouletabille dont les narines étaient agréablement titillées par le parfum de la dame en noir. Par ailleurs, ils sont capables de chiper discrètement des flacons d?eau de Cologne dans les supermarchés lorsqu?ils sont certains de ne pas être pris en fragrant délit.
Dans l?imagerie populaire, c?est le mot ?lotion? qui a longtemps eu la faveur et on songe avec nostalgie à celle dénommée: ?J?ai cru t?aimer sans te connaître? dont la virulence a été cause de bien des pâmoisons.
Mais tous les effluves ne sont pas appréciables à sent pour sent. J?avais un collègue qui poussait l?agressivité olfactive jusqu?à s?asperger généreusement d?un mélange de musc, d?ambre gris, d?agrumes de Sicile et d?essences félines indéterminées, concoction appelée Brut non sans raison et qui faisait penser au ?et tu, Brute?? fatidique de Jules César et à Schlingus le déodorant des gladiateurs, apte à faire détaler le plus aguerri des putois. Pour rester dans le domaine historique nasal, je me suis toujours demandé si, malgré la confusion d?époques, une union entre Cyrano et Cléopâtre aurait changé la face du monde.
Pour en revenir aux odeurs, un séga fort connu a aussi vanté les mérites comme ?dancing repellent? du relent de jaque mûr qui monte au plafond lors des bals bobèches dans la chaleur de l?été, relent comparable seulement aux vestiaires de football à la mi-temps, quand le coach surgit avec un masque à gaz. Heureusement que les savonnettes modernes ont démontré leur efficacité et Lady Macbeth, vivant de nos jours, n?aurait pas eu à faire appel à tous les parfums d?Arabie pour se purifier les mains.
L?ail est considéré comme une plante quasi médicinale mais, une fois à table, on se rend compte que chaque convive devrait en consommer si on veut mener une conversation à armes égales et on ne compte plus le nombre de ménages brisés par l?ail au lit. Il est aussi redoutable à distance car j?ai même entendu quelqu?un dans un restaurant à qui le garçon proposait de la rouille pour accompagner sa bouillabaisse et qui refusa tout net en disant: ?C?est gentil, je vous remercie, mais je préfère pas. J?ai à téléphoner dans un moment.? La palette de condiments est aussi relevée par une visite au Marché Central où, juste à côté des tisanes pour maladies d?amour, se trouve l?étal de ti lani gros lani dont le souvenir, accroché à vos vêtements, vous poursuit jusqu?à la maison.
Au chapitre des vices enracinés, il faut mentionner la riche haleine des noctambules arrivant au bureau le lundi matin qui est une publi-cité sans appel pour le rhum des îles et coûte aux amateurs de pétrole lampant et d?eau de feu une fortune, souvent dénuée de résultats, en bonbons de menthe.
Par contre, l?avantage du cigare, pour les radins, c?est qu?on n?a pas besoin de fumer personnellement et il suffit d?un voisin bien intentionné pour qu?on en aspire les bénéfices à peu de frais mais je dois avouer que je fais partie de ceux qui ne fument que du marlin et occasionnellement du saumon.
Finissons par un épisode assez peu ragoûtant que je nose passer sous silence. Il y a une vieille dame assise sur un banc dans un jardin public. Tout à coup un clochard repoussant s?affale auprès d?elle, retire ses godasses immondes et s?écrie : ?Je ne sens plus mes pieds.?
Et la dame indignée de s?exclamer: ?Vous en avez de la chance!?
<B>VOLCY</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents