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Sur quels terrains construire ?
«Il n'y a aucun terrain qui soit inconstructible. On construit sur la montagne et dans la mer. Tout est une question de technique de construction et d'argent. Il est vrai que construire sur des terrains composés de dark magnesium clay n'est pas à la portée de tous. Des maisons construites malgré tout sur ces types de terrain vont se fissurer avec le temps.» L'explication de l'ingénieur en structures de bâtiments, Amode Bahemia, fait frissonner. D'autant plus que les ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques, à Ph?nix, confirment que bon nombre de maisons ont été construites à Maurice sur du dark magnesium clay sans l'aide d'un ingénieur
«On trouve le dark magnesium clay sur les flancs des montagnes, près des rivières, dans les vallées, les marécages et les terrains vaseux sur le littoral. La portance de ces terres est très faible», explique un ingénieur de l'état. On trouve ces types de terrain dans la région de Mer-Rouge, au Waterfront, mais aussi à Bell-Village, à Bambous, au morcellement Carlos, au Morne, etc.
«J'ai récemment assumé la responsabilité de la construction d'une maison, principalement les bases, à morcellement Carlos. Or, le nombre de maisons fissurées qui s'y trouvent est impressionnant. Certaines pourraient s'effondrer et il va falloir les démolir. C'est étonnant que même certains riches ont eu recours au système traditionnel de construction en évitant d'avoir recours à un ingénieur», explique-t-on aux bureaux du ministère des Infrastructures publiques à Ph?nix. La présence de dark magnesium clay soil et de black clay cotton soil donne en effet lieu à des terrains de petite portance, moins d'une demi-tonne par mètre carré contre environ 12 tonnes pour un terrain rocailleux. «Ces terrains sont comme du savon. Ils deviennent mous et glissants quand ils sont trempés mais durs et fissurés quand ils sont secs», explique Amode Bahemia.
Les terrains les plus stables pour la construction sont les terrains rocailleux. Le sable offre également une bonne portance. Mais attention aux terrains caverneux et aux terrains sablonneux qui se trouvent au-dessous du niveau de la mer.
<B>Une Législation inadéquate</B>
«Quand vous coulez votre soubassement, vous être en train de constituer de la roche synthétique sur laquelle vous érigerez les murs de votre maison. Or, quand le terrain contient beaucoup de rocaille, vous aurez une excellente portance», explique l'ingénieur. Mais attention, les terrains rocailleux contiennent souvent des cavernes. Ou plus grave encore, des poches d'air, expliquent des ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques.
«Une petite caverne ne pose pas un gros problème, mais quand la caverne fait des dizaines de mètres, le coût du volume de béton pour la remplir poserait un problème. Et si vous n'avez pas localisé les poches d'air, la situation est plus grave. La poche d?air se trouverait en sandwich entre deux couches de lave solidifiées Du moment que vous mettez du poids, l'air est chassé et le risque d?affaissement est accru.»
«Quant aux terrains sablonneux, ils sont excellents pour la construction en raison de leur fort compactage. Il faut pourtant se dire qu?aucun terrain n'est à 100 % stable car tous les terrains bougent. Le problème survient quand une partie du terrain sur lequel se trouve un bâtiment bouge plus qu'une autre partie. Une forte tension est alors exercée sur toute la structure de la maison. Or, ce type de problème ne survient pas avec les terrains sablonneux», explique les ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques. Ce sont les ingénieurs spécialisés en structures de bâtiments qui arrivent à identifier les problèmes liés aux types de terrain, malgré le fait que la loi n'impose pas aux constructeurs d'avoir recours à un tel ingénieur.
«La loi demande aujourd'hui à tous ceux qui construisent sur plus 250 m2 d'avoir recours à un architecte et non pas à un ingénieur.
Or la loi rendant obligatoire les services d'un ingénieur existe depuis longtemps et concerne par exemple toutes les maisons à un étage. Mais cette loi n'est pas appliquée.»
Les ingénieurs de l'état expliquent que toute la législation concernant la construction doit être revue à Maurice, principalement par rapport aux types de terrain afin d'assurer la sécurité, mais aussi l'investissement de toute une vie que font les Mauriciens pour se construire une maison.
«On construit sans les conseils d'un ingénieur et cette frénésie a commencé dans les années 80. Vingt ans se sont écoulés et vous allez de plus en plus entendre parler de maisons qui s'écroulent, comme le balcon de la pharmacie Mayaram qui s'est écroulé sur la chaussée, heureusement vers deux heures du matin», explique un ingénieur de l'état. Il n'y a aucun plan qui délimite le pays par rapport aux différents types de terrains et personne, à part les ingénieurs, ne peut estimer avec précision la géologie de différents terrains.
«Nous avons, comme tous les conseils de district et les municipalités un planning guideline. Ce plan délimite les zones constructibles et interdit de construire dans les terrains marécageux, dans les wet lands», explique Ramesh Basenoo, président du conseil des districts de Grand-Port-Savanne. «On peut construire sur un wet land. Beaucoup l'ont fait sans cependant utiliser la technique nécessaire. Il ne faut pas penser que sur un terrain de peu de portance, il n?existe que la technique de construction sur des pilotis enterrés, comme cela se fait en ce moment au Port-Louis Waterfront», explique Amode Limbada.
En effet, il explique qu'il a été l'ingénieur consulté par l'ancienne compagnie Elf Antargaz pour la construction de bâtiments et des réservoirs de gaz à Mer-Rouge. «L'architecte contacté, auteur des plans du bâtiment, avait demandé que tout soit construit sur des pilotis enterrés au coût de Rs 7 millions. J'ai proposé une autre technique qui n'a coûté que Rs 850 000», explique Amode Bahemia. Il a utilisé une méthode qui venait d'être mise au point pour la construction du bâtiment des poids et des mesures du gouvernement à Bell-Village.
«Le bâtiment tient toujours alors qu'un bâtiment construit à côté par une ambassade étrangère a dû être presque totalement démoli. Tout est une question de mode de construction par rapport au terrain. Tout dépend de votre ingénieur, et non de votre architecte.»
Au bureau des ingénieurs de l'état, on maintient que tout terrain est constructible. On évite cependant de construire sur une nappe phréatique se trouvant à fleur de sol. «Il y a une technique pour ce type de construction aussi. Le problème qui se poserait, serait une éventuelle contamination de cette nappe», explique-t-on. à écouter les dires de ces techniciens, on se dit que finalement il serait souhaitable de retenir les services d?un ingénieur avant même l'acquisition du terrain pour avoir une idée de la géologie et de ce que coûterait la construction si jamais le terrain était composé de dark magnesium clay soil.
<B>Bambous : Une nappe phréatique à fleur de sol</B>
Les acquéreurs de terrains et les constructeurs de maisons dans la région de Bambous doivent être très vigilants. En effet, le comité technique a décrété non constructible le terrain choisi par l'état pour reloger les squatters en raison de la nappe phréatique de la région et d'un bore hole. De fait, dans plusieurs régions de Bambous, la nappe phréatique se trouve à fleur de sol. «Dans certaines localités de Bambous, tout bon ingénieur arrivera à construire un building de plusieurs étages. Mais le coût de construction sera très élevé d'une part et d'autre part la nappe phréatique sera polluée», explique un ingénieur de l'état. Il met aussi en garde contre les types de terrain de cette région qui n'ont normalement pas une grande portance. «Ces terrains sont soit à flanc de montagne, ou alors à proximité du réservoir
La Ferme et ceux qui y construisent doivent veiller à adapter leur construction à la composition du sol», explique l'ingénieur.
<B>Tour de Pise à l?école Gomanee</B>
Une aile de cette école a été condamnée après l'apparition des fissures dans les murs. La structure de l'école avait été grandement affectée, non pas parce que les ingénieurs n'avaient pas étudié la portance du sol. Des problèmes ont surgi quand des squatters ont commencé à construire sur le Canal anglais. «En temps de pluie, l'eau, qui ne peut plus s'écouler à travers ce canal, passe en partie sous un des bâtiments de cette école. «Si ce problème existait avant la construction, l'ingénieur aurait pris des mesures pour résoudre ce problème», explique-t-on au ministère des Infrastructures publiques. Une aile de cette école a été démolie et reconstruite. L'autre aile commence maintenant à se fissurer. L'escalier menant à l'étage et qui se trouve à l'extrémité du bâtiment commence à se détacher et à pencher. «C'est en fait comme la tour de Pise. L'escalier penchera de plus en plus. Il est toujours utilisable pour encore une dizaine d'années avant de devenir dangereux», explique un ingénieur.
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