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Du refus d?analyser

7 février 2007, 00:00

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S?il est un domaine où nous demeurons dans un flou total, c?est bien celui de la religion. Aucune recherche nous permettant d?analyser le mouvement et la posture des Mauriciens vis-à-vis des institutions religieuses. En l?absence de données empiriques, les uns et les autres affirment de la société mauricienne qu?elle est pudibonde, voire bigote ou puritaine. Ce sont en fin de compte des généralités qui nous dispensent d?aller au fond des choses.

Il est néanmoins quelques éléments qui nous permettent d?opérer une certaine saisie du rapport entre la société et la religion. A chaque époque, on a prédit la fin de la religion. Le triomphe de la science et ensuite celui des technologies devaient balayer la religion. S?il est vrai que la place du sentiment religieux dans la société contemporaine n?est plus la même que celle qu?elle occupait voici 30 ou 40 ans, il n?en demeure pas moins qu?il est toujours prépondérant. La fonction et le lien sociaux de la religion se sont certes affaiblis. Mais l?individu qui se situe à divers échelons de la société continue à s?en remettre à la religion tout en développant une morale personnelle.

C?est l?un des paradoxes de la société moderne. Le besoin d?ancrage est toujours présent. Cependant, il ne bride pas des transgressions en tous genres. La religion est une institution. La conscience est, elle, individuelle. La philosophie religieuse contemporaine pactise de ce fait de plus en plus. C?est ce qui explique aussi la stigmatisation d?une certaine pensée islamiste, moins portée au compromis. La religion devient en ce sens adepte de l?adaptabilité. C?est ce que dénoncent les radicaux de toutes les confessions.

On ne vit pas ces contradictions à Maurice. Parce qu?il y a une course hypocrite, où il est question de montrer sa supériorité dans la comparaison en minimisant le principe de l?altérité qui, lui, permet la redéfinition de soi dans la distance. La nouvelle théologie morale s?accommode fort bien de ces situations. Il faut composer avec son temps. Est-ce pourtant la seule posture possible ? C?est définitivement la moins conflictuelle, la moins porteuse de confrontation. Mais, en même temps, c?est celle où la soumission à l?ordre social permet le dérèglement de l?ordre moral.

C?est en cela que l?éthique individuelle devient l?ultima ratio des rapports sociaux entre différents groupes. On délaisse le cadre confessionnel traditionnel pour privilégier une recherche de l?éthique personnelle. L?affaiblissement des institutions religieuses est, en ce sens, perceptible. Non pas qu?elles ne répondent plus aux attentes des individus. Mais davantage parce que la conscience contemporaine définit ses propres règles. Dans d?autres pays, la multiplication des sectes et courants religieux répond à ces nouvelles donnes. A Maurice, le recours et la soumission aux pratiques occultes est un mode compensatoire plus privilégié.

Les identités individuelles plus affirmées expliquent également les discours moins conventionnels de certains chefs religieux. On le voit ici et là. L?important est de ne pas livrer à la galère les brebis égarées qu?on avait pu récupérer. C?est à la religion de venir jusqu?aux individus. A la morale collective de s?adapter à l?éthique individuelle. Le chemin se fait en sens inverse.

A Maurice, à cause des politiques et des associations socio-religieuses, l?évolution de la pensée religieuse a connu de nombreux obstacles. En conséquence, l?intégration sociale au sein de la République n?est pas passée par la culture et l?éthique. L?infantilisation du citoyen, dans sa quête spirituelle, se conjugue avec d?innombrables préjugés et clichés. Lorsqu?on s?en émancipera, on sera plus à même d?entreprendre ces recherches qui nous permettront de développer un rapport plus intelligible avec le fait religieux.

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