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Chausser la liberté : des souliers d?hier au Morne d?aujourd?hui
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Chausser la liberté : des souliers d?hier au Morne d?aujourd?hui
C?est au Théâtre de Port-Louis que le livre d?Alain Romaine, les souliers de l?Abolition, quand les esclaves chaussèrent la liberté, a été officiellement lancé, mardi 30 janvier, à l?occasion de la commémoration de l?Abolition de l?esclavage. Différents intervenants, à l?instar de l?artiste Jean-Jacques Arjoon dont le propos était scandé de paroles chantant la résistance et la liberté, ont témoigné du travail d?historien et de citoyen fourni par Alain Romaine qui, dans la logique de son précédent livre, Les noms de la honte, apporte un éclairage intéressant et original sur une réalité historique peu connue.
Le titre même de l?ouvrage, pour le moins insolite, suscite l?intérêt. Comment, en effet, lier port de chaussures et liberté ? Dans la société coloniale esclavagiste, la population servile se différenciait des Noirs libres par le fait qu?elle vivait pieds nus n?ayant pas le droit de se chausser. Aussi, dès l?abolition de l?esclavage proclamée, les esclaves ont commencé à porter des souliers, symbole matériel de liberté et de dignité.
Alain Romaine débute son ouvrage par un retour sur l?histoire des souliers comme marqueurs identitaires. L?auteur ne néglige pas les idées véhiculées par l?imaginaire et la conscience collective. Il s?agit notamment de permettre à la communauté créole de devenir les porte-parole de leur propre histoire, les ?sujets-disants? comme l?écrit l?auteur. Alain Romaine poursuit en proposant une analyse historique de cet événement curieux, néanmoins lourd de sens. Il montre que le port ou l?absence de souliers définit une appartenance socio-ethnique. Ainsi, à l?émancipation il apparaît que ?le port des souliers est une marque évidente de liberté?. Loin d?être anecdotique, il s?agit bien d?un acte fondateur qui ?a fait marcher la liberté?.
Réconcilier les Mauriciens avec leur histoire
Le lancement a eu lieu sous la présidence d?Olivier Bancoult, président du Groupe Réfugiés Chagos, qui n?a pas hésité à faire un parallèle entre le combat des Chagossiens et le combat des esclaves. Si les esclaves ont chaussé la liberté, le père Alain Romaine invite également les Créoles d?aujourd?hui à ?chausser le Morne de la liberté? par la ré-appropriation et l?acceptation du passé en vue de reconstituer et revaloriser un imaginaire longtemps rejeté. Le lord-maire Reza Issack, Stéphanie Anquetil, présidente du Morne Heritage Trust Fund et Mgr Maurice Piat étaient également présents lors de ce lancement.
Alain Romaine participe de manière originale et régulière aux travaux scientifiques de plus nombreux sur l?esclavage et ses conséquences, notamment dans le cadre de la commémoration de l?Abolition de l?esclavage. Avec ce travail d?historien, le père Romaine fait également ?uvre de citoyen désireux de réconcilier les Mauriciens avec leur histoire, celle-ci devant être appréhendée de manière globale sans volonté de clouer au pilori une communauté en particulier.
Les souliers de l?Abolition, publié aux éditions Marye-pike, est disponible en librairie et dans les paroisses à Rs 200.
Gilles RIBOUET
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