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Le confort intellectuel

28 janvier 2007, 00:00

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S?il est exact que 99 % des espèces animales qui ont jamais existé sont aujourd?hui disparues, pourquoi s?acharner à garder en vie chaque espèce menacée comme s?il était en notre pouvoir de stopper ou de renverser le cours des choses ? L?espèce humaine, comme les autres, serait, dans la logique de cette loi, condamnée à disparaître ? pas demain, pas dans un futur à notre portée, mais un jour, très lointain, si lointain que cette éventualité a de grosses difficultés à s?imposer à notre conscience. Même si nous ne faisons pas le choix de l?ignorer, il y a dans cette prédiction sobre et grave, une difficulté préalable à surmonter : c?est l?échelle du temps cosmique en comparaison de l?insignifiance de la durée d?une vie humaine. Il est préférable, pour notre confort intellectuel, d?être ignorant. Comme nous choisissons d?ignorer qu?à la surface de la planète chacun de nous se déplace à la vitesse d?un demi-kilomètre/seconde parce que la Terre tourne sur elle-même ; et qu?en même temps, avec la Terre, nous tournons à une vitesse vertigineuse autour du soleil. Devant ces faits pourtant mathématiques et irrécusables ? aussi irrécusables de la disparition d?autant d?espèces animales ? est-il plus confortable d?ignorer ? D?autres lois de l?univers elles-mêmes semblent en complicité avec ce choix d?ignorance, puisque la gravité, par exemple, échappant à nos sens limités, nous laisse croire que nous sommes en place. Il y a quelques siècles, le sentiment prévalait que la Terre ne pouvait être sphérique puisque les arbres de l?hémisphère sud pousseraient les racines en l?air et que ses habitants y marcheraient la tête en bas. Il y avait de quoi, dans cette éventualité, perdre la tête.

C?est pour notre confort intellectuel que la censure des faits fut longtemps une règle et que notre système d?éducation, aujourd?hui encore, conditionne notre esprit à fonctionner ainsi hors-connaissance. Car, apparemment, il est mal de « déranger » les croyances établies. Cette pratique de l?obscurité ? cette lâcheté de l?esprit ? est particulièrement en usage par rapport au monde cosmique. Par contraste, notre petit monde matériel offre des myriades d?exemples de l?incroyable facilité avec laquelle est absorbé ce qui était imprévisible il y a dix ou seulement cinq ans : accepté, exploité, utilisé sans rencontrer la moindre résistance. Les mutations rapides qui vont du téléphone de grand-mère et la radio à galène au portable et à la télévision en direct ont été intégrées dans la vie des gens sans hésitation ni résistance. Par contre, le pauvre Galilée, traîné aux gémonies pour avoir proclamé que la Terre était ronde dut attendre la deuxième moitié du 20e siècle pour être réhabilité par des instances dites infaillibles. Ainsi, tout ce qui hors de nous, nos prolongements technologiques, semble accessible à notre entendement au nom du progrès ; toute nouvelle connaissance qui nous concerne et concerne notre place dans l?univers est autocensuré par réflexe et occulté par la grande conspiration de l?éducation. Les animaux que nous sommes résultent des influences conjointes de notre hérédité et de notre environnement. Les humains que nous sommes privilégient avec arrogance l?influence culturelle. La fragilité de l?animal humain vient de ce que son hérédité lui confère un potentiel que la culture peut développer en bien ou en mal. Le petit de l?homme est particulièrement vulnérable dans les premières années de son existence quand s?imprègnent de manière indélébile ? en tous cas, durable ? les influences de son milieu ( le fatras de la culture ancestrale compris). C?est ainsi que certaines idées dominantes profitent de son état malléable et fixent un héritage culturel fait de bon ou de mauvais, de sage ou de pernicieux, de choses « taken for granted », apprises par c?ur, imposées par un milieu conservateur et réactionnaire et ses « vested interests ».

Il n?est pas aisé de surmonter l?imprégnation du jeune cerveau par une bêtise présentée comme une sagesse ancestrale. Les dogmes, les préjugés et les tabous se nourrissent de cet avantage. L?éducation conventionnelle fait des cerveaux conventionnels. Elle est le pivot autour duquel sont acceptées les croyances et, dans la passivité, les idées reçues.

<B>Périscope

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