Publicité
« Le Karthala a déjà provoqué un tsunami dans le passé »
Par
Partager cet article
« Le Karthala a déjà provoqué un tsunami dans le passé »
<B>Comment définiriez-vous le volcan Karthala ? </B>
Il s?agit d?un volcan de type hawaiien, avec essentiellement des éruptions fissurales émettant peu de projections et de longues coulées de lave. Cela dit, comme pour tous les volcans hawaiiens, tout cela n?exclut pas des éruptions explosives telles que celles de 2005. Celles-ci interviennent lorsque l?on a une interaction entre l?eau et le magma. La vaporisation brutale de l?eau déclenche alors des explosions violentes.
<B>La sismicité dont vous parlez dans votre rapport paraît importante. Est-ce normal d'avoir des tremblements de terre de magnitude supérieure à quatre dans la région ? </B>
C?est peu fréquent pour un volcan de ce type. Le Piton de la Fournaise, par exemple, dépasse rarement trois. Le Karthala est coutumier de la chose. Cela avait, par exemple, déjà été le cas lors de l?éruption de 1991. C?est là le résultat d?une fracturation intense.
<B>Le Karthala pourrait donc, dans une prochaine phase d?activité, devenir un volcan de type explosif. Dans ce cas, quelle zone géographique serait touchée (rayon de 300 kilomètres ou plus) ? </B>
Il y a deux réponses possibles. Les phases explosives peuvent survenir de nos jours lorsqu?il y a interaction entre l?eau et le magma. C?est ce que l?on appelle une éruption phréatique (vapeur seule) ou phréatomagmatique (vapeur et magma), selon le cas. Au Karthala, ce type d?éruption a eu lieu trois fois ces dernières années. Cela a engendré des panaches susceptibles de monter à plusieurs kilomètres d?altitude, et des retombées de cendres pouvant affecter l?ensemble de l?île et au-delà.
En outre, au cours de son évolution dans le temps, ce type de volcan change d?activité. Les magmas, qui sont au départ constitués de basalte, comme au Karthala ou au Piton de la Fournaise, changent de composition en devenant plus acides et plus riches en gaz lorsque le volcan « vieillit ». Ce fut le cas à la Réunion avec le Piton des Neiges, et à Maurice. Les éruptions deviennent alors explosives, à l?image de celle des volcans andésitiques de l?Indonésie ou du Japon. Ce processus est très long et demande plusieurs milliers, voire des millions, d?années d?activité. Ce n?est pas d?actualité pour le Karthala.
<B>On a vu que l?une des retombées de la conférence sur les risques naturels, qui a eu lieu à la Réunion en 2006, concernait l'effondrement éventuel d?un pan de la caldeira. Cela pourrait provoquer un tsunami. Dans le cas du Karthala, vous parlez également dans votre rapport de fracturations. Est-ce que ce risque pourrait exister ? </B>
Oui, le Karthala a déjà provoqué un tsunami dans le passé, sans que l?on sache exactement quand, mais les traces morphologiques sont encore visibles. Ce type de mécanisme est d?ailleurs maintenant connu pour toutes les îles volcaniques du Globe. C?est un des modes d?activité des volcans insulaires. La fréquence de ces événements est, en revanche, heureusement très faible.
<B>On a parfois tendance à oublier que Maurice est une île relativement jeune, avec une activité volcanique assez récente au point de vue géologique. Puisqu'on retrace des éruptions hawaïennes qui ont eu lieu il y a 17 000 ans, y a-t-il un risque qu'un jour ces volcans récents comme le Trou-aux-Cerfs se réveillent ? </B>
Pas forcément le Trou-aux-Cerfs en particulier. Mais effectivement, 17 000 ans, c?est peu pour un volcan comme Maurice et l?on sait que des reprises d?activités ont existé. Là encore, la fréquence est extrêmement faible et cela ne constitue pas un risque actuel. Si cela devait se produire, il pourrait à nouveau y avoir une activité comme celle qui a donné le Trou-aux-Cerfs, mais cela pourrait être ailleurs sur l?île. Mais je répète, à l?échelle hu-maine, cela est hautement improbable et la population n?a pas à craindre cela.
« Une ou deux stations sismiques pourraient être mises en place afin de mieux connaître cette sismicité de la région. »
<B>La sismicité créée par le Karthala aux Comores nous rappelle également que même si nous sommes situés loin des dorsales et des zones de subduction, la région connaît des tremblements de terre. Comment évaluez-vous le risque sismique à Maurice quand on sait que la Fournaise est un volcan actif qui crée une certaine sismicité à moins de 25 kilomètres de nos côtes ? </B>
Le risque sismique à Maurice, comme à la Réunion d?ailleurs, est très faible. Il peut effectivement y avoir quelques séismes liés à la tectonique dans la zone, mais ils restent peu nombreux et de faible magnitude, généralement inférieur à cinq, ce qui constitue souvent une limite de détection pour les réseaux internationaux. Cela fait que les cartes mondiales de sismicité mentionnent très peu de séismes dans notre région.
<B>Ne pensez-vous pas que l'île Maurice devrait se doter d?un centre de surveillance sismologique et volcanique pour faire face à de tels événements? </B>
Je ne le pense pas. L?activité, tant sismique que volcanique, ne le justifie pas. En revanche, une ou deux stations sismiques pourraient être mises en place dans le cadre d?un réseau international régional, avec les autres îles du sud-ouest de l?océan Indien, afin de mieux connaître cette sismicité de la région. Voilà qui serait un beau projet de coopération. En outre, il permettrait de mesurer la sismicité propre de Maurice et de déterminer si un réseau sismique plus étoffé est nécessaire.
Propos recueillis par <B>Bindu Boyjoo</B>
Témoignage d?un Comorien
<B>Aliloifa Mohamed : « Tout danger est écarté »
Les Comores respirent enfin. « La situation en ce qui concerne le Karthala s?est stabilisée et tout danger est écarté. L?alerte rouge a ainsi été levée depuis jeudi », indique Aliloifa Mohamed, chargé de communication de la Cellule d?appui à l?ordonnateur national du Fonds européen de développement aux Comores. L'Observatoire de Karthala surveille la situation de près car le volcan n'est pas encore entré dans sa phase de sommeil. À Maurice pour une formation sur la gestion de cycle de projet, notre interlocuteur nous livre ses impressions sur cet événement « qui a fait plus de peur que de mal ». Le volcan, dont c?était la quatrième éruption en deux ans, ce 13 janvier, a tenu en haleine la population de Ngazidja (Grande Comore). Les habitants des villages avoisinants de Ounkazi à Mvouni, en passant par la capitale, Moroni, se préparaient à évacuer les lieux à tout moment. « Car cette fois-ci, poursuit-il, on a ressenti beaucoup de tremblements de terre, ce qui a vraiment effrayé la population, mais heureusement il n?y a pas eu de blessés à déplorer. »
Publicité
Publicité
Les plus récents