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«Ramener M. Dulull à un peu d?humanité»

27 janvier 2007, 00:00

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L?interview du ministre des Terres dans l?express du 14 janvier dernier n?a pas pu vous laisser indifférents, qui que vous soyez.

La Mauricienne de classe moyenne que je suis est profondément alarmée par la virulence de ses propos et la connotation «communaliste» de ses positions. J?espère vivement qu?il n?engage que lui et pas son gouvernement.

Il est important de lui communiquer un mode de calcul, un rappel de l?histoire, quelques préceptes de droit et des notions d?actualité internationales :

  • Pour le calcul, soit Dulull ne connaît pas son dossier, soit il vous trompe sur les chiffres : il ne s?agit pas de payer Rs 5 000 000 pour 60 ans, soit Rs 100 000 par an. Il s?agit de payer Rs 89 000 000 pour 60 ans soit Rs 4 063 par jour !!

  • Pour rappel de l?histoire, il y a 60 ans «le petit groupe» qui a bénéficié des baux n?était pas au pouvoir. Par conséquent, il ne contrôlait rien.

  • Pour le droit, il faut expliquer la qualité d?un contrat léonin : c?est un contrat établi par le plus fort qui dicte sa loi au plus faible. Ce type de contrat, dans une démocratie, est frappé de nullité et son initiateur puni par la loi. C?est le bail que nous avons signé il y a 60 ans.

  • Pour l?actualité internationale, citer la France qui laisse dormir ses citoyens sous les ponts est une insulte au pays des Droits de l?homme. L?Etat français ne laisse pas ses citoyens dormir sous les ponts. Il se bat chaque jour pour octroyer un logement décent à ceux qui en ont besoin. C?est une priorité nationale qui fait l?unanimité de tous les partis politiques, qu?ils soient de droite ou de gauche.

Et enfin, il faut ramener Monsieur Dulull à un peu d?humanité : les millionnaires de notre pays ne sont pas des squatters. On ne squatte pas par plaisir, encore moins pour s?enrichir. Les squatters sont de pauvres gens qui n?ont trouvé aucun autre moyen de poser leurs affaires.

Ce sont des gens démunis, qu?il faut paraît-il punir ?

Chers concitoyens, «l?affaire» de nos maisons vous concerne tous.

Lorsque le ministre des Terres vous dit que la plupart d?entre nous pourront payer, c?est faux et c?est absurde. Qu?il fasse un recensement et qu?il publie la liste des familles sur le littoral qui ont les moyens de payer Rs 4 063 par jour ! Ceux-là se comptent sur les doigts d?une main et leurs affaires sont florissantes. Je les mets aussi en garde : s?ils laissent faire, ce sont leurs accords économiques et leurs allègements fiscaux qui seront remis en question demain lorsque le gouvernement aura besoin d?argent.

Pour tous les autres Mauriciens, ne croyez surtout pas que le gouvernement va reprendre nos maisons pour vous les donner ou simplement pour construire des logements sociaux.

Il n?en est pas question : le gouvernement veut mettre à la place de nos maisons des barres de béton et faire de Maurice l?Acapulco de demain. C?est la seule façon qu?il a trouvée pour s?enrichir.

Tant pis si nous sommes balayés, tant pis si les squatters dorment en prison, tant pis si le tourisme se tourne vers des destinations plus sauvages et plus protégées et tant pis si les investisseurs étrangers se détournent d?un pays exsangue de justice où les bénéfices qu?on leur fait miroiter aujourd?hui seront remis en cause demain.

Les Etats de non droit, dénoncés par les médias internationaux (ce qui ne manquera pas d?arriver), font peur aux investisseurs étrangers.

L?Alliance «sociale» a tout d?une alliance, sauf sociale. L?alliance va se faire entre le gouvernement et les groupes hôteliers pour exploiter notre littoral et le polluer. Jusqu?à ce que ces mêmes groupes aillent s?implanter sous d?autres cieux.

Il est évident que nous ne nous posons pas en héritiers des terres de l?Etat. Nous demandons seulement le droit de les acheter au prix d?un «logement occupé» qui serait compatible avec nos moyens, afin que nous vivions dans nos maisons qui y sont implantées depuis des générations et qui font aussi le charme et l?attirance de Maurice.

En 1960, nous avions un chef de l?Etat que l?on nommait le père de la Nation. Il appelait les Mauriciens, tous les Mauriciens, «ses enfants». C?est sous son mandat que nous avons signé ces baux, parce que nous avions confiance. Pour cet homme-là, le mot «justice» avait une valeur et il savait mesurer les effets négatifs de la discrimination. C?est ce qui a permis le développement de ce pays et la confiance des investisseurs étrangers.

Ces valeurs se sont perdues sur les chemins de quelques extrêmes dont les motivations n?ont rien à voir avec l?intérêt national.

C?est donc à vous, tous les Mauriciens, de décider de votre avenir et de celui de vos enfants, en martelant votre désaccord par tous les moyens de communication mis à votre disposition.

<B>Clothilde BELLOTTI</B>

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