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C?est d?un burlesque

27 janvier 2007, 00:00

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De nombreux observateurs ont pris l?habitude d?affirmer que nous vivons dans une société policière. Ils ne sont pas loin de la vérité. Sauf que ce caractère policier de la société mauricienne se manifeste de différentes manières.

Il y a une «suffisance d?être» policier. Celle-ci s?exprime surtout vis-à-vis des citoyens ordinaires. A Maurice, ils sont une majorité nos policiers qui voient dans chaque citoyen un potentiel coupable. D?où leur incapacité à établir une relation saine avec la population. On veut toujours savoir ce qu?il est advenu des expériences de dialogue entre la société civile et la police. Pour discuter, il faut être deux. La police, elle, semble ne maîtriser de langage que celui qui n?est pas parole. On pourrait réduire cela à de l?inculture. Toutefois il s?avère que le problème est plus grave.

Lorsqu?en l?espace de quelques jours deux cas d?évasion impliquant plusieurs détenus sont enregistrés, il y a lieu de se poser des questions. Et elles sont innombrables. Comment peut-on permettre à trois prisonniers de prendre leur douche ensemble ? Comment un policier peut-il prendre le risque de maquiller une négligence en une évasion ? Comment, quelques jours après, deux détenus parviennent-ils à prendre la fuite d?une autre cellule de police ? Comment? évidemment, quelques jours plus tard, on retrouvera ces évadés. Mais devrait-on en arriver là ?

C?est à l?image de ces crimes et actes de banditisme, qu?on élucide seulement après que l?opinion publique a exercé une pression. Ou ces plantes de gandia qu?on déracine par centaines après une levée de boucliers des travailleurs sociaux des centres de désintoxication. Il n?y a évidemment pas que du négatif. Mais pour un service qui affirme avec tant d?ostentation son autorité, la moindre des choses aurait été qu?il fasse professionnellement son travail.

Or les carences sont grandes. Autant la police peut résoudre certains crimes en l?espace de quelques jours, autant elle reste bloquée lorsqu?il est question d?autres enquêtes «délicates». Les cas les plus connus étant ceux de l?affaire

Vanessa Lagesse et de Nadine Dantier. Ces faits révèlent un dysfonctionnement profond. La réponse à cette anomalie ne peut venir que de la police elle-même. Cependant, comment espérer qu?elle en soit capable lorsqu?elle est si liée par une complicité silencieuse, lorsqu?elle a la parole si comprimée. Quand on a maintenu un univers dans un cadre aussi opaque, on est condamné à être confronté à de multiples problèmes.

L?un des plus graves est cette ingérence politicienne dans les affaires de la police. Déjà quand on a un rapport conflictuel entre un commissaire de police et un ministre de l?Intérieur, on est forcément dans une situation de paralysie potentielle de la force policière. En dernier ressort, le magicien nous sortira un Raddhoa de son chapeau, évidemment. Et ce dernier dira, en toute innocence, que son Premier ministre est «fan» de lui ! On est dans la caricature ultime de la mission de sécurité et d?ordre public. Mais comme le ridicule ne tue pas dans ce pays?

La société mauricienne, ne cesse-t-on de dire, se modernise. Mais il faudrait croire qu?il est certaines m?urs qui n?évoluent pas. Les individus qui composent la police sont probablement victimes d?un système archaïque. Victimes qui finissent par devenir, en fin de compte, complices. Toutefois, il importe, une bonne fois pour toutes, de revoir ce système dépassé. Les conseillers et consultants étrangers qui sont venus réformer ce système ont tous buté sur un moloch. Puisqu?on est dans une logique réformatrice, il ne reste plus qu?à espérer cette fois que le pouvoir saura utiliser la matraque?

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