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L?autonomie de Maurice
C?est un mal pour un bien. La suppression de la subvention gouvernementale pour les frais d?inscription aux examens de Cambridge nous force à prendre conscience que les services de ce prestataire britannique coûtent bien cher. Le montant élevé des nouveaux ?fees? devrait pousser l?opinion publique et les décideurs à réfléchir enfin sur la possibilité d?accorder l?autonomie aux autorités éducatives locales pour qu?elles préparent elles-mêmes les examens de fin de cycle du secondaire.
Il coûtera cette année environ Rs 8 000 pour s?inscrire aux examens du SC et plus de Rs 10 000 pour ceux du HSC. Si un ménage doit payer pour deux enfants ou plus au cours d?une seule année, on peut imaginer les conséquences sur le budget familial. Manifestement, le seuil du tolérable est franchi. Même si une décision est prise pour autoriser l?échelonnement du paiement de ce droit d?inscription, de nombreuses familles se verront confrontées à des difficultés sérieuses.
Cette situation est préoccupante car elle peut décourager bien des familles à faire le sacrifice exigé. Or, il existe déjà un taux de décrochage très élevé à Maurice. Seul un tiers de ceux qui sont admis au primaire chaque année continuent leur scolarité jusqu?à la fin du secondaire. Le coût prohibitif des examens du SC et du HSC risque d?aggraver le problème et de pousser bien d?autres enfants à abandonner l?école avant l?heure.
Non, ce n?est pas la fin des subventions qui est le problème. Cette mesure est cohérente avec l?orientation générale du dernier budget. Il est dans l?ordre des choses qu?un gouvernement décide de faire payer un service donné par l?usager plutôt que par l?ensemble des contribuables.
Le scandale réside dans le fait que l?on continue à s?accrocher à Cambridge. Les Mauriciens n?arrivent pas à perdre leurs complexes par rapport au prestataire d?examen étranger. Aussi longtemps que l?on se croit obligés de confier la préparation des examens du SC et du HSC à Cambridge, il n?y a aucun espoir que les frais d?inscription baisseront. Il faut mauricianiser.
Le mythe de Cambridge a la peau dure. En dépit des nombreuses péripéties qui ont marqué son association avec notre pays, sa réputation demeure intacte. Le premier scandale concernant Cambridge a éclaté en 1981 quand la presse dénonça la fuite des sujets d?examen en publiant plusieurs questionnaires qui étaient en vente sous le manteau. La série de mésaventure a culminé, l?année dernière, avec les 44 erreurs que Cambridge admettait avoir commises au cours de la correction des épreuves de ?General Paper? en HSC. Le correcteur des ces épreuves souffrait de fragilité mentale. Ayant perdu sa mère dans la semaine où il corrigeait les épreuves, il avait décidé de se venger sur les élèves.
Il existe une croyance populaire à l?effet qu?un éventuel diplôme délivré par le MES ne serait pas reconnu à l?étranger et priverait nos jeunes d?un accès aux universités étrangères. C?est une idée reçue à laquelle il faut tordre le cou. Cela fait longtemps que les pays africains qui avaient recours à l?université britannique durant l?époque coloniale ont fini par prendre en charge la préparation et la correction de leurs examens nationaux. Cela n?a pas empêché leurs ressortissants de fréquenter les meilleures universités mondiales, pour peu que leur gouvernement respectif ait négocié les équivalences nécessaires.
Le lien avec Cambridge nous prive également de la possibilité de revoir le contenu de notre enseignement pour l?adapter au contexte local. Depuis deux ans des équipes de spécialistes sont en train de réfléchir à la refondation des programmes d?études du secondaire mais cet exercice n?a pas sa raison d?être. L?architecture globale du cycle secondaire demeure de conception britannique. Le corset de Cambridge serre trop.
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