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Rs 8,5 milliards en jeu

24 janvier 2007, 00:00

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C?est une habitude chez nous. Les tractations remplacent l?action. Alors qu?une révision du ?Sugar Industry Efficiency Act? était prévue avant la fin de ce mois afin de permettre l?exécution d?un plan de restructuration de l?industrie sucrière, cette loi fait toujours l?objet de polémiques. Des clivages entre réformistes et conservateurs risquent de bloquer pour longtemps encore son adoption, compromettant, du coup, l?aide promise par l?Union européenne (UE) à titre de mesures d?accompagnement.

Le plan de restructuration avait été préparé par l?Etat et soumis à l?UE l?an dernier. Il jette les nouvelles bases de l?industrie de la canne dans le sillage de la baisse du prix garanti sur le marché européen. Le coût de la réforme est estimé à Rs 25 milliards. L?UE avait promis une aide d?environ Rs 8,5 milliards pour l?exécution du plan. C?est cette aide destinée à ?accompagner? la réforme qui sera remise en question si le gouvernement n?arrive pas à honorer ses engagements. Or, le projet de loi qui permettra d?enclencher la réforme ne réunit pas encore le consensus.

L?opposition au nouveau ?SIE Act? a des origines diverses. Pour certains décideurs, empêtrés dans une logique électoraliste, il s?agit surtout de ne rien faire qui puisse donner l?impression que l?Etat vole au secours des barons sucriers. De toute évidence, ces politiciens au pouvoir n?ont pas pris la mesure du danger. Si l?Etat mauricien se rétracte, il n?y aura pas de décaissement de fonds de l?UE, donc pas de réforme. Dès lors, la mort de l?industrie sucrière est programmée. C?est ce qui est arrivé à St Kitts.

Pour les syndicats, le réquisitoire contre la réforme est outrancier et caricatural. Dans une lettre adressée aux autorités, ils utilisent un argument réducteur et inexact : ?The biggest scandal is that colossal concessions are provided to sugar companies in terms of funds and capital accumulations.? On croirait entendre les fulminations des travaillistes contre l?ancien gouvernement dirigé par Paul Bérenger.

Pourtant, il y a urgence. Maurice sera jugée selon des critères macro-économiques et de performances sectorielles, mais il y a également des objectifs précis à atteindre. Ainsi, la première tranche des mesures d?accompagnement sera déboursée cette année seulement si nous respectons les engagements pris auprès de l?UE sur la formulation d?une politique énergétique nationale. Tel le chat échaudé, l?UE n?avancera pas des fonds sur la foi de vagues promesses de peur de renouveler l?expérience qu?elle a vécue avec un précédent gouvernement par rapport au projet d?évacuation des eaux usées.

Une grande part de la résistance au ?Multi Annual Adaptation Strategy Action Plan 2006-2015? peut être attribuée à une incompréhension des enjeux. Les syndicats évoquent les gains ?colossaux? du patronat parce qu?il y a une perception que l?Etat injectera des sommes importantes dans les centrales bagasse/charbon. En réalité ces projets seront financés par des prêts bancaires. L?aide de l?UE, elle, est surtout destinée au volet social de la réforme. 70 % de cette aide servira à financer les préretraites des laboureurs, les indemnités de licenciement des artisans et les projets d?épierrage, de mécanisation et d?irrigation des champs appartenant aux petits planteurs. Le reste ira à des secteurs non-sucre que le gouvernement entend promouvoir.

Entre réformer et périr, il n?y a pas de doute que nous ferons éventuellement le bon choix. Mais la question est de savoir si nous nous déciderons à temps.

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