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Préscolaire, entre douceur et discipline

23 janvier 2007, 00:00

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Très concentrée, Tatiana fait glisser avec dextérité son feutre rouge sur le papier. Dans une salle aux murs colorés, ils sont une trentaine autour des tables à s?adonner à différentes activités ludiques. A tout juste cinq ans, Tatiana fait partie de nos enfants de deux à cinq ans qui ont de plus en plus accès à l?école maternelle à Maurice. Ils étaient 37 537 l?année dernière à fréquenter ce type d?établissement préscolaire. Parmi lesquels 6 396 qui ont fait leur premier pas dans les Government Pre-primary Schools contre 31 141 qui ont préféré une école maternelle privée.

Les parents de Tatiana ont opté pour Les Dalmatiens, une école privée de Floréal parmi les quelque 800 qui existent sur l?île délaissant les 181 écoles publiques. ?Ce chiffre de 181 inclut trois écoles à Rodrigues et deux à Agalega. Le projet de l?ouverture prochaine de trois nouvelles écoles à Terre-Rouge, à Cascavelle et au Dockers? Village est dans l?air?, indique Aslam Kurrimbacus, secretary-treasurer du Preschool Trust Fund.

Univers particulier

La maternelle se caractérise par un univers pédagogique très particulier. Elle permet le passage délicat de la famille à l?école. L?enfant y entame ses premiers pas d?élève. Une école qui offre la douceur affectueuse et bienveillante des parents tout en initiant au travail et à une certaine discipline.

Officiellement, le système éducatif préscolaire mauricien doit répondre à des objectifs prioritaires. Un rôle éducatif et social. En premier lieu, scolariser l?enfant. C?est avant tout une école avec des enseignants détenteurs d?un Higher School Certificate ou au minimum un School Certificate. ?Nous sommes de plus dans l?obligation de préparer un diplôme dispensé par l?Organisation mondiale de l?éducation préscolaire, le Pre-Primary Unit ou le Proficiency Teacher?s Certificate du Mauritius Institute of Education?, précise Dominique Valère, exerçant depuis 18 ans en tant qu?enseignante en maternelle. Le travail de ces enseignants vise à habituer l?enfant à une toute nouvelle vie et surtout à lui donner le goût de l?école.

Socialiser. Un rôle-clef. Cette vie en communauté permet surtout à l?enfant de devenir sociable et de prendre conscience de sa culture et de celle des autres. ?A cet âge, une adaptation graduelle est requise. Une fois la glace rompue, avec beaucoup d?amour et de patience l?enfant devient plus extraverti?, raconte Claudemay Mootoosamy, responsable de Dove?s Kindergarten de Grand-Baie.

Enfin, son troisième objectif est de développer les capacités sensorielles et intellectuelles de l?enfant. Savoir parler, réfléchir, ima-giner et agir. ?On a un curriculum à présenter avec nos objectifs. Et chaque trimestre nous avons droit à une visite d?inspectorat d?un membre de la Preschool Trust Fund. Pour le reste chaque école est libre d?agir à sa façon?, explique Dominique Valère. En plus de devoir remplir ces trois fonctions, les enseignants doivent répondre aux soucis quotidiens : les petits bobos et le gros chagrin des enfants.

Et c?est souvent sans s?en rendre compte que les tout-petits commencent à maîtriser le langage, à découvrir les rudiments de la lecture et de l?écriture. Tout simplement parce que l?ambiance de la maternelle est ludique. ?A cause des fameux A+ et de la compétition, les parents deviennent de plus en plus exigeants. Ils veulent à tout prix que leurs enfants commencent à apprendre à lire dès la maternelle?, déplore Sonia Sylvain, responsable des Dalmatiens. ?Certes, on introduit l?alphabet par le biais des jeux et des chansons. Mais nous ne sommes pas tenus d?apprendre à lire aux enfants. Ils ne faut pas brûler les étapes.?

Education formative

Pendant que certaines écoles privées sont d?allure plus modeste, d?autres comme le Hampstead Junior School, à Coromandel frôlent l?excellence. Classe de musique, natation et diverses activités extra-scolaires, enseignement de la langue anglaise.

Tout y est pour prodiguer une éducation formative aux deux à cinq ans. Il est 13 heures et, justement Vérona, l?enseignante sud-africaine s?apprête à accompagner les petits à se rendre à la pataugeoire. Les directives pour entrer dans le bus sont données en anglais.

Debout en file indienne, les enfants n?ont aucun mal à comprendre puisqu?ils baignent à longueur journée dans cette atmosphère anglophone. ?Un enfant qui sort d?une bonne école maternelle doit pouvoir être autonome, s?exprimer convenablement afin de mieux affronter le primaire. A cet âge il n?y a pas que l?académique qui compte?, souligne Soobashini Gajeelee, la directrice de Hampstead Junior School qui compte vingt ans dans l?éducation maternelle. Elle déplore ne pas trouver les outils pé-dagogiques adéquats à Maurice pour mieux aborder la pré-écri-ture et la pré-lecture. La directrice se pourvoit en Inde. ?Il y a une stratégie globale qui émane du Preschool Trust Fund mais je m?adapte et pallie ce que j?estime être des manquements?, poursuit Soobashini Gajeelee. ?Ce ne sont cependant pas les infrastructures qui font une bonne école mais les professeurs compétents qui aiment leur travail.? À l?instar de Sonia Sylvain et Dominique Valère qui travaillent avec dévouement.

?Même armée de mes diplômes, je me suis retrouvée dans beaucoup de si-tuations où il a fallu improviser. Il y a un véritable manque de formation continue à Maurice. Il faudrait beaucoup plus de pratique et délocaliser les lieux où l?on dispense les cours pour que nous soyons à même d?offrir le meilleur à nos enfants?, rappelle Sonia Sylvain. En réalité, il s?agit surtout d?éviter de marginaliser tout enfant qui n?aurait pas accès à une quelconque forme de socialisation. Après tout, ce que Tatiana assimile à cet âge c?est pour la vie.

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