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?J?ai de grandes inquiétudes pour la situation budgétaire?

22 janvier 2007, 00:00

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● <B> Sur quelle base le gouvernement fonde-t-il son optimisme pour 2007 ? </B>

Nous avons pu renverser la tendance baissière de la croissance ainsi que la perte de confiance dans l?économie. Il y avait un déclin de croissance économique. Le taux variait entre 2% et 3 %. Nous avons pu le rehausser à 4,8 % en 2006. La croissance hors sucre est de 5 %.

Nous avons aussi réussi à stopper le déclin de la zone franche après une contraction d?à-peu-près 30 % entre 2000 et 2005. Nos entreprises ont créé environ 9 500 emplois en 2006. Nous avons aussi eu une croissance plus équilibrée avec notamment de bons chiffres d?exportation dans le seafood hub et dans la zone franche. Dans le tourisme, la performance aurait été meilleure si nous n?avions pas eu le problème du chikungunya et le manque de chambres en période de pointe.

Tout cela est le résultat des réformes que nous avons appliquées. Évidemment, des indicateurs restent toujours dans le rouge. La situation est encore très difficile au niveau de la dette publique. Le déficit budgétaire est élevé. Notre balance extérieure s?est détériorée à cause de la mauvaise performance du sucre, la récession dans le textile et l?augmentation du prix des produits pétroliers. Depuis récemment, nous subissons aussi une hausse des taux d?intérêt sur le plan international.

Nous devons maintenir le cap des réformes. 2007 sera une meilleure année. Nous aurons un taux de croissance supérieur à 5,5 %. Notre objectif à moyen terme c?est d?avoir des taux de 7 % pour pouvoir résoudre plusieurs de nos problèmes.

Il y aura une reprise dans le textile et des améliorations dans le sucre, surtout dans les secteurs liés à la canne tels que l?énergie.

Tout laisse croire que nous allons connaître une meilleure année dans le tourisme. Le problème sera le nombre de chambres. L?équation a changé. Pendant très longtemps, les contraintes ont été le nombre de sièges d?avion. Grâce à notre nouvelle politique d?accès aérien et nos investissements dans le marketing, nous avons pu renverser la situation.

Des secteurs émergents, comme ceux exploitant les produits de mer, bénéficient de beaucoup d?investissements et génèrent beaucoup de recettes d?exportation. Notre plan sur l?aquaculture est prêt. Nous passons maintenant à l?action. Il y a des signes encourageants. Mais il y a encore des difficultés.

● <B> Quelles sont les principales difficultés de la restructuration économique ? </B>

Nous devons entreprendre deux choses pénibles en même temps. D?abord, il faut appliquer une politique de stabilisation de la monnaie afin de baisser le déficit budgétaire et de la dette et renverser la tendance de la balance extérieure.

En même temps, nous devons faire la restructuration car le contexte international a évolué très vite. Le régime sucrier européen a changé. L?Accord multifibre est arrivé à terme et il y a encore des menaces sur le textile à l?Organisation mondiale du commerce. Il y a également la mondialisation.

Nous devons revoir de fond en comble le sucre et le textile tout en jetant les bases d?une économie plus diversifiée qui dépend de la compétitivité internationale et non des préférences commerciales. Maurice a développé un art dans le développement des niches en fonction des préférences commerciales.

Nous devons aujourd?hui promouvoir de nouvelles industries qui évoluent sans filets de protection. Il y a beaucoup de compétition dans l?industrie marine, l?aquaculture et dans la land-based oceanic industry (LBOI), dans le développement immobilier, les technologies de l?information et des communications et dans les services financiers.

● <B> Comment se présentent les choses au niveau de l?investissement ? </B>

À travers des mesures telles le Business Facilitation Act et l?ouverture du pays aux compétences et capitaux étrangers, nous voyons le déclic. Les investissements directs étrangers sont en hausse.

Plusieurs pôles de développement se mettent en place. Nous prévoyons à peu près Rs 8 milliards d?investissement à la Tour-K?nig pour la création de 10 000 emplois. Nous finalisons les négociations avec le groupe chinois Tianli qui projette la création d?une zone économique spéciale à Riche-Terre. Nous parlons ici de $ 400 millions environ (Rs 13,5 milliards) d?investissement, de 5 000 emplois et de recettes d?exportation de $ 200 millions (environ Rs 7 milliards) lorsque la zone aura atteint sa vitesse de croisière.

Nous espérons voir plus clair dans l?intérêt manifesté pour le projet de développement à Highlands. Dans le tourisme, il y a plusieurs hôtels en construction. Plusieurs projets dans le property development vont se matérialiser cette année. Nous allons finaliser le site pour pouvoir démarrer les activités de la LBOI d?ici trois mois.

Il nous faudra assurer que les déclarations d?investissement se traduisent dans les faits le plus vite possible afin de gagner la bataille contre le chômage et pour améliorer le sort d?une grande majorité de la population. Et en même temps résoudre nos déficits structurels.

● <B> Des réformes vitales ont démarré l?année dernière. A quoi doit-on s?attendre cette année-ci ? </B>

Nous devons maintenir le cap des réformes. Cela demande une nouvelle mentalité. Évidemment, dans tous les programmes de restructuration à long terme, il y a des retouches à faire. La séquence des changements peut être affectée. Mais le contenu doit rester le même car l?ancien modèle de développement est devenu désuet.

Mais plus on tarde à faire la restructuration, plus la réforme prendra du temps à donner des résultats. Cela causera une perte de confiance de la population dans notre programme.

● <B> Quelle est la réaction des institutions internationales à ce programme ? </B>

Nous avons pu obtenir le soutien de la communauté internationale en très peu de temps. La France, par exemple, a vite répondu à notre appel. Il y a certes des liens politiques et historiques très forts, mais ce soutien est aussi basé sur un programme. L?Agence française de développement (AFD) est venue pour un travail d?évaluation. L?Union européenne, la Banque mondiale (BM) et la Banque africaine de développement (BAD) ont approuvé leurs soutiens.

La Banque européenne d?investissement (BEI), qui a déjà soutenu notre programme, envoie une équipe cette semaine pour voir comment mieux accompagner la réforme économique. Nous avons pu créer une crédibilité vis-à-vis des bailleurs de fonds. Mais il y a des conditions que nous devons respecter.

Nous sommes à la recherche de plusieurs types d?assistance. Au niveau de l?UE, ce sont essentiellement des dons. Auprès de la BEI et de l?AFD, nous recherchons des prêts à des taux bonifiés. Il y a aussi des development policy loans qui sont basés sur un programme que nous présentons. Nous faisons de notre mieux pour obtenir un maximum de dons et de prêts à des taux bonifiés.

Nous fondons beaucoup d?espoir sur l?aid for trade (AFT). Maurice a été à l?avant-garde des nouvelles propositions à ce chapitre. Nous espérons que la communauté internationale pourra décider, cette année, des critères pour se qualifier sous l?AFT. Nous souhaitons que ces initiatives aident les pays à revenus intermédiaires comme Maurice. Ils sont en train de subir des chocs et ont démontré une volonté de changer.

● <B> Quelles sont nos chances sous l?AFT, alors que la priorité de la communauté internationale est de réduire la pauvreté au niveau mondial ? </B>

Nos chances varient de pays à pays. Je suis optimiste quant au fait que les Européens vont soutenir la position de Maurice pour que nous soyons éligibles à l?AFT. Nous devons continuer à faire notre lobbying auprès des autres pays. Pour ne pas perdre de temps, nous proposons que les aides sous l?AFT soient orientées vers les instruments existants ou qu?elles passent par les institutions régionales. Nous avons suggéré qu?une partie des fonds passe par le Common Market of the Eastern and Southern Africa ou par la BAD.

● <B> Pourra-t-on atteindre les objectifs de la réduction du déficit budgétaire ? </B>

Cela va être très difficile. Nous avons des défis énormes. En raison des dettes et des déficits hérités, nous devons trouver Rs 3 milliards de plus pour le service de la dette en 2006-07. Cette année nous allons débourser Rs 9,5 milliards seulement pour les intérêts sur nos prêts. L?année prochaine, nous devrons payer Rs 12,5 milliards.

J?ai de grandes inquiétudes quant à la situation budgétaire. Comment gérer le déficit tout en assurant que nous avons un bon service public et que nous continuons à investir dans l?infrastructure ? Tout cela me préoccupe beaucoup.

Ce sont les mêmes personnes qui ne veulent pas qu?on augmente les taxes et qu?on procède à une meilleure collecte de la taxe qui s?étonnent que nous n?investissions pas suffisamment dans le budget de développement.

Le ministre des Finances est mal compris et a même des problèmes avec ses collègues parfois, car plus d?un pense que le budget est élastique. Malheureusement, tel n?est pas le cas.

Une de mes appréhensions est que nous ne dépensons pas assez sous le budget de développement. Nous ne créons pas suffisamment de biens pour le public. Une trop grosse part du budget va dans le budget courant.

25 % de nos recettes vont dans le service de la dette. 37 % vont dans les subsides et transferts et 30% dans les gages et salaires du gouvernement central.

Je suis triste de voir des démagogues dire dans un contexte pareil que nous pouvons éliminer les taxes et augmenter les dépenses.

Nous avons deux années difficiles devant nous en raison du niveau très élevé de la dette. Les choses devraient s?améliorer après 2008-09.

● <B> La roupie a connu beaucoup de difficultés ces derniers temps. Quelles sont les actions prévues pour ramener la confiance dans la monnaie locale ? </B>

La monnaie d?un pays reflète les fondamentaux de l?économie. Celle-ci comprend plusieurs déficits structurels. Nous avons un déficit de la balance commerciale qui s?est aggravé avec les chocs économiques. Nous recevons moins de recettes d?exportation, alors que les prix des produits pétroliers ont augmenté. Cela a des répercussions sur la monnaie.

Il y a des concertations entre la Banque de Maurice, les secteurs productifs et le gouvernement pour essayer de stabiliser la situation. Il y a des rentrées d?argent à travers les mesures d?accompagnement et les supports budgétaires. Les exportations sont en hausse, et nous nous attendons à plus d?investissements étrangers.

Sur le court terme, nous avons une meilleure coordination. Il y a des interventions plus fréquentes et plus importantes de la Banque centrale sur le marché de devises. J?espère que la détente au niveau des produits pétroliers se poursuit. Sur le moyen terme, il nous faudra surtout augmenter les recettes d?exportation et améliorer notre productivité.

Au niveau de l?inflation, des experts prévoient que le pire est derrière nous et qu?elle devrait baisser à partir de juillet 2007.

Propos recueillis par <B> Akilesh ROOPUN</B>

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