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Chikungunya et pluies : Dangereux cocktail?

21 janvier 2007, 00:00

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Les pluies font les beaux jours de l?Aedes albopictus, moustique vecteur du chikungunya. Tout en affirmant que l?agent infectieux n?est pas présent sur le territoire mauricien, les autorités sanitaires redoublent toutefois d?efforts pour que la maladie ne connaisse une nouvelle poussée.

La relation entre le moustique et l?eau est fondamentale. Les récentes pluies ont donc été bénéfiques à l?insecte vecteur du virus du chikungunya. Les ?ufs de l?Aedes albopictus, restés déshydratés pendant plusieurs mois, ont éclos dès la remise en eau de leur gîte.

En sept à dix jours, les ?ufs passent du stade de larves à celui de nymphes, pour finalement aboutir à l?apparition du moustique adulte.

À l?heure actuelle, et dans les jours à venir, plusieurs milliers de ces insectes seront lâchés dans la nature, grossissant la population qui existe déjà. Si monsieur albopictus se nourrit de nectar et de fruits, Madame, a, quant à elle, besoin de sang, non pas pour se nourrir, mais pour obtenir les protéines nécessaires à la fabrication de ses ?ufs. Se protéger des piqûres de moustique est plus que jamais nécessaire.

Ne pas relâcher les efforts

« Les conditions climatiques sont maintenant très favorables à la multiplication de l?Aedes albopictus. Il est donc indispensable d?insister sur la nécessité de maintenir les actions de prévention contre les piqûres de ces insectes », souligne un entomologiste. Et il ne faut surtout pas relâcher les efforts individuels et communautaires de lutte contre les moustiques, soutient, quant à lui, le Dr Chinien Ragavoodoo, conseiller au ministère de la Santé et spécialiste des maladies transmissibles.

« Le vecteur de la maladie est bien là, mais le virus est absent du pays », assure-t-il. Affirmation qui pourrait en étonner plus d?un. Il explique pourquoi. « Tous les cas suspects rapportés par les médecins sont pris au sérieux. Nous intervenons aussitôt pour nous assurer qu?il ne s?agit pas du chikungunya. La résurgence de la maladie dépend aussi de notre rapidité d?action. Plus vite nous interviendrons, plus vite nous empêcherons la réapparition du virus », poursuit le Dr Ragavoodoo. Pour ce faire, 11 médecins sentinelles sont postés dans différentes parties de l?île pour assurer une surveillance maximale. Il faut rappeler que le dernier cas confirmé remonte à fin août 2006.

Mais pour le Dr Ragavoodoo, le danger vient d?ailleurs. « La seule façon pour nous d?avoir une résurgence de la maladie, c?est à travers des cas venus de l?étranger, comme en 2005 », explique-t-il. Les inspecteurs sanitaires postés à l?aéroport surveillent donc des centaines de passagers en provenance de pays touchés par le virus. Mais ce sera difficile, poursuit-il, de détecter un voyageur infecté s?il en est au stade d?incubation de la maladie qui dure de deux à dix jours. Ensuite, il y a un petit pourcentage de personnes qui, tout en étant malades, ne présentent aucun symptôme du virus. Le moustique qui les piquera sera infecté par la maladie et pourra à son tour la transmettre à d?autres individus.

Responsabilisation des citoyens

D?où l?importance de redoubler de vigilance. Depuis octobre 2006, les collectivités locales multiplient les efforts pour assainir l?environnement. « Nous travaillons d?après un plan d?action. Chaque week-end nous nettoyons plusieurs terrains vagues, si leurs propriétaires n?ont pas été identifiés. Le secteur privé nous donne aussi un grand coup de main », affirme Anirood Chunwan, le président du conseil de district de l?ouest. Son collègue de l?Est, Sonalall Seebarran, se concentre surtout sur les berges des rivières.

L?accent est également mis sur la responsabilisation des citoyens. Et les nombreuses causeries destinées à sensibiliser la population commencent à porter leurs fruits. « Les habitants prennent conscience de l?importance de garder leur environnement propre. Mais nous manquons malheureusement de sponsors. Nous faisons un appel pour que les propriétaires de camions nous donnent un coup de main en nous prêtant leur véhicule pour le transport des déchets », lance Ramesh Basenoo, le président du conseil de district du Sud.

Des stratégies de survie remarquables

Mais le plus gros problème reste les terrains vagues. « En l?absence d?un cadastre, il est très difficile pour nous de connaître le nom et l?adresse du propriétaire. Il nous faut enquêter durant des jours, pour, parfois, constater qu?on a été mal informé, et alors, il faut tout recommencer », tempête Kishore Kumar Ramessur, le Principal Health Inspector du conseil de districts de Pamplemousses-Rivière-du-Rempart. Il arrive aussi que le terrain appartienne à plusieurs héritiers, ce qui signifie que le conseil de districts ne sait plus à qui s?adresser. « Nous avons recours à des procédures légales lorsque nous arrivons à retrouver le propriétaire qui ne s?est pas plié aux exigences de la loi », confie Kishore Kumar Ramessur. Et ils sont nombreux à avoir dû s?acquitter de l?amende de Rs 1 000. Ils ne s?étaient pas débarrassés des eaux stagnantes dans leur cour dans les 48 heures précédant la visite d?un inspecteur sanitaire.

La campagne d?information et de sensibilisation, lancée par le ministère de la Santé, bat son plein. Les kiosques d?information continuent à atteindre un grand nombre de personnes à la sortie des grandes surfaces. Pamphlets, CD et affiches sont distribués pour expliquer les précautions à prendre pour éviter la prolifération des moustiques. Ainsi, depuis vendredi dernier et jusqu?à aujourd?hui, les kiosques ont déménagé à Super U, Way à Ébène et Pointe-aux-Sables, Spar à Curepipe et à Flic-en-Flac, et Winner?s à Goodlands et à Chemin-Grenier.

L?Aedes albopictus a démontré qu?il est capable de développer des stratégies de survie remarquables. Son éradication est utopique, car aucun programme d?élimination réussi d?une maladie vectorielle dans un pays n?a vu la disparition du vecteur, mais plutôt celle de l?agent infectieux. Maurice a ainsi remporté la bataille contre le paludisme. Pourquoi pas celle contre le chikungunya ?

Un sac contre le « chik »

C?est une initiative qui mérite d?être soulignée. La Mauritius Commercial Bank, en collaboration avec 26 entreprises, distribue un sac à dos arborant le logo « Pik li avant li pik ou » aux 123 000 enfants de 346 écoles primaires de Maurice, de Rodrigues et d?Agaléga.

La distribution a commencé jeudi dernier et se poursuivra jusqu?au 31 janvier. Le sac contient un répulsif anti-moustiques, une bande dessinée qui raconte le combat de la famille Fricitère contre le chikungunya, un signet arborant le même logo, et trois cahiers où des conseils sont donnés. C?est en sensibilisant les enfants que la MCB espère atteindre toute la population mauricienne. « Les parents sont plus enclins à écouter leurs enfants », a déclaré Jean-Claude Maingard, le Managing Director de General Construction et représentant les partenaires de la campagne, lors de son lancement la semaine dernière. Elle devrait donc être un succès.

80 % des gîtes larvaires créés par l?homme

Le gîte de la femelle Aedes albopictus est constitué d?une simple rétention d?eau stagnante. Il existe trois types de gîtes, dont environ 80 % sont créés par l?homme. Le gîte domestique est composé de récipients de stockage de l?eau de pluie, ou encore de coupelles qui se trouvent sous les pots de fleurs. Il y a aussi les gîtes qui se trouvent dans la périphérie de l?habitation : récipients exposés à la pluie, gouttières bouchées avec stagnation d?eau, piscines abandonnées, pneus et détritus, bambous coupés, végétaux à feuilles engainantes. Les gîtes naturels sont présents dans les ravines, les trous de rocher, les troncs d?arbres et les marécages.

En chiffres

■ 8 968. C?est le nombre de pneus usagés que les collectivités locales ont collectés d?octobre à décembre 2006.

■ 3 795 tonnes. Voilà le volume de déchets encombrants dont les habitants du Nord, du Sud, de l?Est, et de l?Ouest se sont débarrassés pendant la même période.

■ Rs 11 millions. Tel est le coût de la campagne d?information et de sensibilisation lancée par le ministère de la Santé en 2006.

■ 10 071. C?est le nombre de cas confirmés de chikungunya enregistrés en 2006. L?année précédente, ils étaient 3 500 à avoir contracté la maladie.

Chik attack

Notre-Dame de la Salette Road, à l?arrière du centre commercial de Richmond Hill. C?est le spectacle pitoyable et nauséabond que doivent supporter les voisins de ce bâtiment depuis sa construction. Ils déplorent qu?aucune action n?ait été entreprise par le ministère et la police de l?Environnement pour remédier à la situation.

■ Nous publierons vos photos des lieux insalubres sous cette rubrique. Envoyez-les-nous à l?adresse électronique suivante : [email protected]

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