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Le sacré dans tous ses états
Toutes les religions promettent le ciel. Moyennant quoi ? La sujétion à des mythes, des doctrines, des écritures, des commandements, des obligations, des cérémonies gérés par des « églises » et suivis par des fidèles. Chaque religion se réclame du sacré en exclusivité. Certaines religions sont battantes et con-quérantes, d?autres consolatrices, d?autres encore contemplatrices, mais toutes proposent le même marché : l?accès éventuel au ciel, en échange d?une adhésion aveugle, sans recours à la raison ; pour tout dire, de la foi sur la terre. Comment en est-on arrivé là ?
Il y a dans le monde animal dont l?homme fait partie, un phénomène programmé ; l?imprégnation des jeunes esprits par leur milieu et les comportements ambiants. Dans la petite enfance, l?autorité parentale et confessionnelle ne se discute pas. L?imprégnation des pratiques acceptées mène à un corpus de croyances. On constate que très peu d?adultes se convertissent à une autre religion. D?autre part, aucun système d?éducation, aucun enseignement de la logique, ne protège les jeunes esprits contre l?emprise de la tradition religieuse de leur milieu. Ils sont très rares, les parents qui ont la décence de protéger leurs enfants contre les croyances aveugles et l?automatisme religieux de leur milieu et qui favorisent un libre choix après l?âge de raison. En fait, dans sa très grande majorité, l?humanité s?attend à ce que la prochaine génération se conforme aux idées ancestrales. Il a fallu le bond en avant de la technologie informatique pour établir qu?un autre monde peut vous tomber sur la tête.
L?imprégnation n?est pas, toutefois, le seul moyen de coercition utilisé. Les religions ne sont pas bêtes. Pour chaque étape marquante de la vie, elles ont institué un cérémonial traditionnel. La naissance, la puberté, le mariage et la mort ne se passent pas tranquillement. Il y a une manière de naître et de mourir. La religion en vigueur officie, pontifie et exploite à son avantage ces occasions de vulnérabilité sentimentale. Comme s?il y avait une « bonne » et une « mauvaise » façon de mourir ! L?analyse comparative des rites prescrits par différentes religions peut révéler des ressemblances et des différences ; mais, toujours, ces rites servent à cloisonner l?humanité et à établir que sa vérité à soi est une super vérité. Un seul passeport mène au ciel. Une seule route mène? à Rome. L?imprégnation, que ce soit par la prière, les fêtes ou la menace de l?enfer, se renforce ainsi pendant toute la durée de la vie. Ses étapes incontournables donnent une saveur exclusive aux rites religieux qui y sont associés. L?absurde n?est pas loin. Quand deux armées se font face, chacune est « bénie » par son prêtre ; on tue et on est tué sereinement au nom d?une vérité dont est exclu le droit à la vie. Le même soldat est tué et « sauvé » ou tué « dans le péché » par deux vérités respectives et antagonistes. Il se retrouvera dans le « paradis » des uns et dans « l?enfer » des autres simultanément. Deux nouveau-nés innocents qui trouvent la mort ne sont pas promis au même paradis. Et ainsi de suite. Les rites associés à la naissance sont pratiqués « de force » sur des êtres qui ne s?appartiennent pas encore. La mort, toujours précédée par une baisse de lucidité, est le moment rêvé pour la conversion ou le repentir. Ainsi, toutes les religions utilisent à leurs fins sectaires l?imprégnation des jeunes esprits sans défense et, à chaque éta-pe biologique, un renforcement de tradition sacrée.
Il est difficile d?accepter que les droits humains puissent ne pas inclure un libre choix de spiritualité, ni que l?appartenance religieuse soit un accident de naissance indélébile, ni qu?un opprobre puisse entacher une appartenance qui n?a rien à faire avec la conscience individuelle. L?humanité, après plusieurs millénaires d?emprise religieuse, se retrouve en cette situation invivable d?esclavage de l?esprit. Nos pires défis actuels ne reconnaissent pas les cloisonnements. Ni la misère, ni les épidémies, ni le réchauffement et l?épuisement de la planète, ni le stress, ni la gestion suspecte des affaires publiques, ni les pollutions de toutes sortes ne semblent inspirer aux religions une ferveur et un investissement collectif à leur mesure. Il est curieux, pour le moins, que le sort de l?humanité, confrontée aux fléaux ravageurs, n?inspire que le pire des sectarismes : celui, aveugle, de la foi séparatiste. Entre la terre et le ciel, les religions proposent à l?humanité un marché de dupes.
Périscope
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