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Le MMM veut importer des bourgeois seychellois
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Le MMM veut importer des bourgeois seychellois
En cette année 1982, électorale entre toutes, l?annonce des velléités du MMM, ou plus exactement de son bras commercial et entreprenant, Intracorp, d?importer des... bourgeois des Seychelles, a de quoi surprendre le Landerneau politique. C?est-y que le parti du c?ur mauve manquerait à ce point de candidats pour les élections législatives à venir, pour recourir de la sorte aux bons offices des Seychelles, au budget annuel de Rs 600 millions, et toujours en butte avec les soubresauts du coup d?Etat avorté du 25 novembre 1981 ? Nenni ! car, à Curepipe, par exemple, la base régionale est en conflit ouvert avec les instances suprêmes du parti, sinon avec son politburo lui-même. Elle exige France Soopramanien et il lui propose Percy Lafrance. Le divorce paraît inévitable. Car ce que politburo propose humblement, la base a intérêt à l?accepter sur le champ. Un froncement de moustache est si vite arrivé. Prévoyant le pire, Amédée Darga préfère s?éloigner sur la pointe des pieds. La direction d?un énième Nouveau Militant récompensera sa compréhension. La situation paraît plus rassurante pour Me Anil Gayan qui se permet de démissionner du Parquet où ses connaissances spécialisées en droit de la mer ne souffrent d?aucune contestation professionnelle et légale. Une telle assurance professionnelle ne saurait s?accommoder d?un ticket électoral incertain.
Heeralall Bhugaloo, ancien président du MMM et député travailliste démissionnaire, a également tort, en ce début de janvier 1982, d?appréhender toute émergence d?une quelconque machinerie fasciste en cas d?arrivée au pouvoir du MMM. Vérification faite, il appert que les bourgeois seychellois que le parti du c?ur mauve et militant veut faire venir à Maurice sont en fait des poissons, certes pas très populaires, car de premier choix, et même haut de gamme, et même réservé à une clientèle friquée, pas près de ses sous car n?ayant pas à tirer le diable par la queue à la fin de chaque mois, exercice pénible, douloureux, stressant, pouvant même accélérer la fin du... moi.
Les appréhensions à l?égard des velléités bourgeoises du MMM ne sont pas totalement éliminées pour autant. Même sous la forme d?importations pélagiques, les bourgeois seychellois convoité par le MMM suscitent toujours des craintes bien compréhensibles. Ce bourgeois est certes comestible aux Seychelles. Les mercenaires sud-africains, capturés à Pointe-Larue, en savent quelque chose. Il en va autrement à Maurice car le bourgeois y est considéré toxique et pas seulement dans les milieux politiques. La législation mauricienne en vigueur, en janvier 1982, est sur ce point formelle.
De plus, les bourgeois seychellois commandés par le MMM débarqueraient à un moment particulièrement inopportun. Nous ne parlons pas, ici, de la campagne électorale qui ne tardera pas à battre son plein. Le poisson, tant frais que congelé, abonde littéralement sur le marché mauricien. Le MMM a beau se montrer coopératif, en garantissant l?écoulement des bourgeois commandés par le truchement de notre mouvement coopératif. Ce dernier fait preuve d?une réticence peu militante ni cordiale. Il se plaint d?être mis devant un fait accompli, arguant que les bourgeois seychellois, commandés par le MMM, font déjà route vers Maurice.
Le Conseil des ministres travaillistes et alliés examine, en janvier 1982, cette demande militante de permis d?importation de bourgeois seychellois. Iswardeo Seetaram, ministre de la Pêche et des Barachois, fait savoir que le marché local dispose déjà d?un stock de 400 tonnes de poisson frais et congelé. Il craint le pire pour les 500 pêcheurs en campagne sur les bancs. De nos jours, ils font davantage campagne sur les blancs. D?autres ministres mettent en avant l?exode de devises étrangères qu?entraînerait l?importation des bourgeois seychellois faisant saliver le MMM.
Nous avons tort toutefois de parler ici du MMM car il s?agit plus exactement de son bras commercial et entreprenant. Le Landernau politique n?a pas été peu surpris d?apprendre, à la fin de 1981, que trois dirigeants politiques en vue de ce parti anti-bourgeois, à savoir Paul Bérenger, Vishnu Lutcheemnaraidoo et Kader Bhayat, caressent le projet de créer une entreprise d?export-import, baptisée Intracorp, dans le but d?exploiter toutes les opportunités possibles et imaginables de commerce régional.
On annonce ainsi l?arrivée, à la mi-janvier 1982, d?une délégation seychelloise. Elle ratifiera les contrats qu?Intracorp lui prépare. En feront partie le capitaine Edmond Hoareau de l?Union Lighterage et M. Desnousses de la SEYCOM. Les négociations mauriciano-seychelloises portent sur les pommes de terre, oignons, huile, margarine, poulets de table, fertilisants, téléviseurs. Le slogan d?Intracorp est : ? Producteurs mauriciens de tous les produits unissez-vous à moi?. Paul Bérenger s?en va discuter, à Victoria, Mahé, avec France Albert René, les spécificités d?une zone préférentielle de commerce pour l?Afrique de l?Est et l?océan Indien. Il est même question d?importer des cocos seychellois. Et surtout, pas d?anti-communisme primaire déplacé, ici!
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