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«La ?nightlife? à Maurice est saine»
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«La ?nightlife? à Maurice est saine»
● <B>Le business de boîte de nuit est-il aussi lucratif en cette fin d?année comparé aux autres ? </B>
En général, la fin d?année est une bonne période pour les boîtes de nuit mais je note que le pouvoir d?achat a baissé durant le reste de l?année courante par rapport aux autres années.
● <B>Vous le voyez dans le nombre de gens qui fréquentent les clubs ou dans la consommation ? </B>
On le voit sur ce qui se consomme. Nos commandes ont baissé et notre chiffre d?affaires a baissé. Depuis la présentation du budget, le chiffre d?affaires a baissé d?environ 20 à 30 % mais heureusement qu?en fin d?année, cela remonte ainsi on ne s?en plaint pas.
● <B>Il y a toujours certains Mauriciens qui ont un regard négatif sur le nightlife, estimant que c?est vivre une mauvaise vie. Ressentez-vous cela ? </B>
(Hésitations?) Je crois que les gens font des associations malheureuses. Quand ils parlent de discothèques, ils les associent à l?alcool, la drogue et le sexe. J?ai pris conscience de cela depuis que l?association des propriétaires de discothèques (ANCO) a été formée, il y a six mois. Quand tous les propriétaires se retrouvent ensemble, on réalise que nous sommes de gens comme les autres. Vous regardez autour de vous et vous voyez qu?un tel vient de devenir père, l?autre vient de se marier, un autre est père de trois enfants, etc. Finalement nous faisons un métier comme les autres, excepté qu?au lieu d?aller travailler à 9 heures du matin. Nous commençons à 10 heures du soir et nous terminons à 5 heures du matin. Et laissez-moi vous dire que la nightlife à Maurice est vraiment saine comparée à ce que l?on voit en Europe. Ici, une sortie en boîte de nuit est une sortie joviale.
● <B> Justement on parlait souvent de drogue dans des discothèques à un moment. Est-ce une réalité ? </B>
(Hésitations?) Je ne peux pas dire qu?il n?y a pas du tout de drogue dans les discothèques mais nous essayons d?exercer le maximum de contrôle. Nous travaillons beaucoup avec la police et depuis les discussions sur les heures de fermeture, nous avons négocié pour avoir des policiers on extra duty à l?entrée et nous travaillons beaucoup avec l?Anti Drug and Smuggling Unit qui vient régulièrement en tenue civile. Je ne dis pas qu?il n?y a personne qui fume un pétard et qui vient ici après mais si l?on parle de drogue dure, je dirai non, je ne pense pas.
● <B> Quelle est exactement cette collaboration que vous avez avec la police ? Payez-vous pour leur présence ? </B>
Nous payons pour la présence des policiers on extra duty de l?heure d?ouverture jusqu?à la fermeture légale. Normalement il y a des risques d?altercations si nous refusons l?entrée à certains et il nous faut la présence de la police. Cela facilite le travail, ils sont témoins de ce qui se passe et ils sont là pour résoudre des problèmes.
● <B>En parlant de fermeture légale, où en sont les choses ? Quelle est l?heure de la fermeture légale ? </B>
Nous avions eu une réunion il y a six mois avec Xavier Duval et James Burty David pour en discuter et on nous a fait la promesse d?amender la loi qui date de 1940 et qui dit qu?une boîte de nuit doit fermer à deux heures du matin la semaine et à trois heures les week-ends. On voudrait étendre jusqu?à 5 heures du matin. En contrepartie, l?association a pris l?engagement de travailler plus en coopération avec la police et de refuser, en autres, l?accès aux mineurs, ce que je trouve normal. Sur tous ces points, nous sommes tombés d?accord et on devait se revoir pour affiner un peu et discuter de sécurité, MASA, health and safety, environnement, etc. L?association qui regroupe 23 boîtes de nuit est d?avis qu?il est temps de mettre tous les night-clubs aux normes légales.
● <B>À l?heure actuelle, ne seriez-vous pas aux normes légales ?
Je pense que tout le monde est relativement conscient aujourd?hui qu?il y a des principes de sécurité qu?il faut respecter. Le fait d?avoir une association va aider encore plus dans ce sens. Mais pour en revenir à votre question, à l?heure qu?il est les autorités nous laissent opérer mais la loi concernant les heures de fermeture n?a jamais été amendée.
● <B>Et malgré la loi, vous avez la permission de rester ouvert jusqu?à cinq, six heures du matin ? </B>
Disons qu?on nous laisse opérer tant qu?il n?y a pas de problèmes. Mais s?il y a un problème comme il y a eu à Grand-Baie, le problème reviendra sur le tapis et il y aura des pressions pour fermer plus tôt.
● <B>La concurrence est-elle rude dans votre milieu ?
Elle n?existe pas. à Maurice, chaque discothèque a une clientèle différente et cela fait qu?il y a une bonne entente parmi les propriétaires. 80 % de la clientèle est fixe alors que les 20 % restants bougent. Et si au cours de la soirée, je n?ai plus de vodka par exemple, j?appelle un compétiteur et le problème est réglé. De même si une boîte à Grand-Baie a besoin de quoi que ce soit, nous la dépannons.
● <B>L?ouverture du Kitsch à Ebène, par exemple, a-t-elle affectée le business dans le Nord ?
Un telle ouverture affecte automatiquement. Mais c?est le phénomène du tout nouveau tout beau parce que la clientèle revient après puisque que les gens aiment conserver leurs habitudes. Mais les gens aiment aussi bouger et c?est une bonne chose parce que si une personne vient toujours chez moi, il va se lasser à un moment. Et dans le Nord, nous avons l?avantage de la présence des touristes, ce qui donne un bon mélange.
● <B>Quelle part de votre clientèle représentent les touristes ?
Au moins 25 %.
● <B> Quelle est la durée de vie d?une boîte de nuit ?
Tout dépend de la gestion. El diablo, par exemple, reste un excellent souvenir mais après 3 ans d?opération, il fallait fermer. Continuer aurait été une catastrophe.
● <B>Pourquoi ?
Parce la clientèle bouge après un certain temps et c?est la clientèle qui fait une boîte. Mais nous avons fermé au bon moment car dans la tête des gens, El Diablo reste un bon souvenir.
● <B>Comment est-ce que la campagne «don?t drink and drive» a affecté le business des boîtes de nuit ?
Pas trop, je dirai. C?est une période où les gens ont un peu peur de faire de longs trajets. Mais nous avons eu une réunion avec le ministère des Infrastructures publiques et il y a un gros travail à faire, mais le ministère nous a dit qu?il n?a pas de budget pour faire les changements nécessaires. Sinon, de notre côté, nous avons fait le clip Bob et de même que l?initiative des tampons à l?entrée. Le but n?est pas de faire les gens cesser de boire mais de leur faire prendre conscience du danger de conduire en état d?ébriété. Le problème est que les autorités mettent l?accent sur les boîtes de nuit. Allez faire un tour à la plage les week-ends et vous verrez qu?il y a plus d?ivrognes que dans les night-clubs.
● <B>Il n?empêche qu?à la sortie des boîtes, la grosse majorité de gens prennent le volant. Et ce, malgré la présence policière...
Mais les gens commencent à prendre conscience du problème car je le vois au niveau de la consommation d?eau qui a augmenté. Je trouve qu?il y a moins d?accidents.
● <B> Mais ce principe d?un chauffeur qui ne boit pas va-t-il marcher dans la durée ? Est-ce vraiment la solution ?
Je crois qu?avec le temps, l?alcool au volant va diminuer. En Angleterre il y a un système de bracelet ? peut-être qu?il faudrait y songer. On ne peut pas arriver à un point drastique où l?on confisque la clé du chauffeur mais il faut le faire d?une manière fun.
● <B> Vous parlez d?Angleterre mais en Angleterre, il y a des taxis à des prix raisonnables et il y a le «night bus».
Tout à fait. à la Réunion, un gars s?occupe d?un système qui s?appelle vol de nuit sur St-Gilles. Il a des minibus et il passe prendre les gens, les dépose dans la boîte de nuit et revient les chercher pour les ramener chez eux. Il est venu faire une étude de marché à Maurice et il m?a dit qu?il ne pourra jamais faire cela ici parce que les chauffeurs de taxis allaient le tabasser !
● <B>Avez-vous un accord avec les chauffeurs de taxis ?
J?ai un accord avec l?association des taxis et souvent quand des clients sont trop ivres, ils les ramènent et c?est nous qui payons.
● <B>Mais sinon, le tarif est cher n?est-ce pas ?
Oui ce n?est pas évident. J?ai des clients qui sont sortis d?ici pour aller au Morne une fois et ils ont payé Rs 2 000 !
● <B>Malgré le prix, est-ce que les gens sont en sécurité dans ces taxis ?
Oui. Beaucoup d?entre eux sont dans le métier depuis des années et il n?y a jamais eu de problèmes.
● <B>Il y a une tendance répressive au sein de notre société, qui fait que de temps à autre des pressions sont exercées pour que cessent les activités nocturnes. Cela vous inquiète-t-il ?
Il y a beaucoup d?associations comme les Village Councils et les forces vives qui ont cette mauvaise perception de la nightlife. Je leur dis que si un night-club ferme à 2 heures du matin un vendredi soir, que feront ces gens ivres dans Grand-Baie de 2 à 5 heures pendant qu?ils attendent le bus ? 1000 personnes vont faire du tapage, dégrader le paysage et poser un problème de sécurité. Si l?on ferme à 5 heures du matin, ces gens rentreront chez eux. Si l?on reste ouvert jusqu?à 5 heures, les policiers sont devant nos portes jusqu?à 5 heures du matin, évitant les agressions car la majorité des incidents violents se passent entre 3 et 4 heures.
● <B>Avez-vous connu des couples qui se sont formés dans vos clubs ?
(Sourires?) Oui ! Le 24 octobre dernier, j?ai organisé un mariage aux Enfants Terribles. C?est un couple qui s?était connu au Banana quand j?étais là-bas. Il y a un autre couple qui a mis de photos d?El diablo dans son album de mariage car ils se sont rencontrés là-bas. Il y en a plusieurs.
● <B>A-t-il eu des divorces ?
(Rires?) Sûrement. J?imagine que s?il y a eu des mariages, il a dû avoir des divorces.
<I>Propos recueillis par Deepa Bhookhun</I>
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