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E. Juste et L. de Froberville racontent la GRNO
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E. Juste et L. de Froberville racontent la GRNO
Nous avons retrouvé, hier matin, Emmanuel Juste, éprouvant de nouveau l?envie de dire tout le bien qu?il pense de son île natale et de ses innombrables charmes créoles. Cette envie lui revient en voyant, dans un autobus, une gamine de quatre ans, dévorant des yeux le paysage, défilant devant elle.
Il commence par le pont de la Grande Rivière Nord-Ouest qui surplombe les ruines d?un ancien établissement industriel. De quoi s?agit-il ? Des récits historiques racontent que la Grande Rivière eut jadis des attraits disparus depuis. Qui n?a pas entendu parler de la demeure en ces lieux de M. Roussel? Elle est certes disparue à jamais, ne subsistant que dans une belle estampe de M. Thuilier (1846), illustrant nos beaux livres d?antan, dont celui rédigé, en 1922, par Léon Huet de Froberville.
Cet historien, savant entre tous, ne tarit pas d?éloges sur l?aqueduc de 3 600 toises de longueur, construit, en 1737, par Bertrand-François Mahé de Labourdonnais, pour approvisionner Port Louis en eau courante. Il situe la tête de l?aqueduc à 2 000 pieds au-dessus du pont actuel. Usé par le temps et les intempéries et jugé insuffisant par des hommes, sans doute ingrats, il est remplacé par le canal Dayot. Celui-ci mesure 2 649 toises de long. Son constructeur, Thomas Dayot, est commissaire du Roy pour la liquidation des biens de la Compagnie des Indes et leur attribution à la couronne française. Il en propose la construction, dès 1782, à Souillac (non pas la localité mais le gouverneur). Glissons sur les difficultés financières innombrables du projet, pour situer l?achèvement du canal vers 1789. Malartic lui rachète le canal et ses accessoires, vers 1794. A son tour le canal Dayot doit céder la place à un canal municipal en 1860, auquel on adjoint, en 1884, le canal de Rectification. Ces deux canaux courent parallèlement jusque la rue Maupin où il se confondent en un seul tuyau fournissant de l?eau à la capitale. Du moins en 1922.
Froberville s?étend sur les tours Martello qui défendaient la baie de GRNO aussi bien que nos forts William et George veillaient à la sécurité de la rade du Port Louis. La Tour Martello des Cassis, située aux environs du Fort Victoria (aujourd?hui centrale électrique du CEB), a disparu. Celle de Pointe aux Sables, ou plus exactement de Terrasson, demeure. Le bon bain de mer se situait, nous dit le chantre de la GRNO, non pas aux Sables Noirs mais aux abords du Fort Victoria, abords pouvant sentir, aujourd?hui, des relents de mazout et d?huile lourde. Il y avait jadis un large banc de sable au milieu de l?anse de la Grande Rivière. Seuls les plus habiles nageurs pouvaient l?aborder.
Froberville conte l?histoire de deux corsaires, se battant en duel par amour pour la même jeune fille, une habitante de la Grande Rivière. Avertie de leur sinistre projet, elle accourt aux Sables Noirs pour les empêcher de se battre pour ses beaux yeux. La voyant accourir et devinant ses intentions pacifiques, nos duellistes veulent précipiter l?issue de leur différend. Dans la précipitation, l?un d?entre eux blesse sérieusement son rival. Elle reste à son chevet tant qu?il demeure en danger de mort. Après sa complète guérison, elle refuse encore de prendre parti, tant pour le blessé que pour son agresseur. Elle s?en va se réfugier dans un monastère à Paris. Ils demeurent, aux Sables Noirs, à regretter son départ.
Vers 1769, un hôpital est construit au-delà de la Grande Rivière. Un pont l?enjambe pour le transport commode des malades. Peu élevé, il est bien vite emporté par une crue. Celle du 17 avril 1827 est la goutte d?eau de trop. Vers 1836, le lieutenant-colonel J.A. Lloyd, ingénieur civil du gouvernement, construit le pont suspendu que lui commande le gouverneur William Nicolay. La construction dure une décennie, de 1836 à 1847. De culée à culée, il mesure 154 pieds 9 pouces, et 566 pieds de longueur totale. Le pont suspendu fait à lui seul 170 pieds de long sur 30 pieds de hauteur. Il nous coûte £33 300. Ce ?cher pont?, disaient nos arrière-grands-parents. Il résiste aux cyclones mais est très étroit. C?est qu?il est neuf, disent les loustics. Le pont à arche blanche qui le remplace, à partir de 1924, avant d?être détrôné par l?actuel, ne s?embarrasse pas de pléonasme. Une... notice, affichée, en son milieu, interdit au passant d?uriner dans la rivière, bien que l?endroit paraisse... propice et pas seulement au célébrissime Nanard. Il ne craint pas les 30 pieds de hauteur quand nos pandores veulent lui mettre la main au collet. Il a raison. On connaît la crainte de nos autorités à se jeter à l?eau.
Il en sait des choses sur la GRNO ce Léon Huet de Froberville. Et ce n?est peut-être pas fini.
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