Publicité

Ce que vous paierez en plus

25 novembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

■ Bindu BOYJOO et Amrish BUCKTOWARSING

Vêtements : la désillusion

« Le temps des bonnes performances pendant les fêtes de fin d?année est révolu. Les Mauriciens n?achètent plus, le coût de la vie est trop cher. » Telle est la réaction du gérant d?un magasin de vêtements de la capitale, qui a tenu à garder l?anonymat. Le constat est navrant : la compétition, surtout celle des marchands ambulants, contraint certains magasins à revoir leur éventail de produits, et surtout leurs prix.

Aujourd?hui, se procurer des vêtements neufs pour les fêtes de fin d?année ne coûte pas plus cher qu?auparavant, en fonction, bien entendu, des habitudes et du portefeuille du consommateur. Toutefois, pour une bonne partie de la population, le point d?acquisition de ces vêtements a petit à petit migré des magasins? aux trottoirs.

Shah-Nawaz Mudhoo, directeur de l?enseigne Lemon Yellow avoue que « les affaires marchent moins bien qu?auparavant, surtout avec la compétition des marchands ambulants. Nous souffrons beaucoup, même si nous faisons dans le haut de gamme. Mais nous espérons, pour les fêtes, faire 25 à 30 % de plus que les autres mois de l?année ».

« En revanche, la clientèle qui recherche la qualité ne va pas aller n?importe où, et surtout pas vers les marchands ambulants. Mais il faut quand même admettre que certaines personnes n?ont pas de budget conséquent, et elles se tournent alors vers ceux qui offrent un meilleur prix », confie notre interlocuteur. Toutefois, l?augmentation du prêt-à-porter n?est pas vraiment significative, selon Shah-Nawaz Mudhoo.

« Il est vrai que la dépréciation de la roupie nous affecte énormément. » Mais là où cela touche le business, d?autres mesures soulagent les commerçants, notamment la suppression des taxes à valeur ajoutée sur les matières premières comme le tissu. « En fin de compte, je dirai que les prix connaîtront une hausse d?environ 3 à 5 %, guère plus », conclut Shah-Nawaz Mudhoo.

Ailleurs, c?est le même son de cloche. Pour Anoop Hassamal, gérant du magasin éponyme, « la situation économique est telle que les gens réfléchissent plus avant d?acheter quelque chose. Mais il existe aussi des consommateurs qui ne se soucient guère de la qualité ». S?il refuse de s?aventurer quant aux ventes de fin d?année, Anoop Hassamal laisse toutefois entendre qu?il se peut que cela ressemble aux autres mois de l?année. « Nous pourrons faire 10 % de plus que les autres mois, mais pas plus. »

Du côté des marchands ambulants, motus et bouche cousue. Face à l?absence de régulations sur leurs pratiques, personne ne souffle mot sur le surplus de marchandises importées pour la période de fin d?année. Aucune déclaration, et surtout aucun nom. Mais la diversité des produits sur les étals, et les marchandages abusifs laissent entrevoir une marge de profit confortable. Aux dépens des magasins impuissants.

Réveillon : et si on sortait ?

« 4, 3, 2, 1? Bonne année ! » Les embrassades et les accolades cèdent alors la place aux feux d?artifice qui illuminent le ciel. Si Noël demeure une fête célébrée en famille, les Mauriciens sont, en revanche, de plus en plus nombreux à passer la Saint Sylvestre à l?hôtel. Cette année encore, la tendance est à la hausse. Pour Rs 2 000 environ par personne, les services offerts comprennent, dans la plupart des cas, un dîner au menu varié et un spectacle au bord de la piscine.

S?attendant à une grande demande, certains hôtels, à l?instar du Coco Beach, ont décidé de restreindre le nombre de places offertes aux non-résidents de l?établissement. « Le nombre de places est limité et nous sommes complets cette année. Il faudra réserver très tôt », affirme Samad Naveerasoon, Sales Manager de l?hôtel.

Les restaurants multiplient, quant à eux, les formules pour inciter les gens à venir passer le réveillon chez eux. Ainsi, chez Océan, à Flic-en-Flac, on propose un dîner dans un cadre agréable pour Rs 900 par personne. « Nous attendons à peu près 30 % de clients de plus cette année. Un couple avec deux enfants devra prévoir environ Rs 1 500 pour Noël et Rs 3 000 pour le réveillon du nouvel an », déclare le directeur, Gérard Teng.

Toutefois, d?autres hôtels appréciés des familles mauriciennes réservent leurs services uniquement à leurs clients. Ainsi, La Pirogue affiche complet un mois avant le nouvel an. Plusieurs autres hôtels du littoral sont ainsi déjà « réservés » pour la période des fêtes.

Néanmoins, alors que les moments passés en famille dans un cadre convivial aux animations festives sont de plus en plus populaires, les bonnes vieilles soirées entre amis dans les pubs et autres bars seront toujours d?actualité. Et là, les boissons alcoolisées et autres gajacks remplacent les menus garnis des hôtels.

Ainsi, le gérant d?un pub très en vue déclare qu?« alors que les clients en groupe dépensent en moyenne entre Rs 1 500 et Rs 2 000 pendant une soirée, nous nous attendons au double, voire au triple de la consommation pendant la période des fêtes ».

En bref, la fin de l?année se résume à une bonne occasion ? ou une bonne excuse ? de se laisser aller en famille ou entre amis.

Produits alimentaires : il faudra y mettre le prix

À un mois du jour J, plongeons ensemble dans une ambiance de fêtes ! Et qui dit festivités, dit plaisirs de la table. Les consommateurs ne manqueront de rien cette année? pour peu qu?ils y mettent le prix. Les produits alimentaires importés de France, d?Afrique du Sud et d?ailleurs affichent en effet une hausse de 10 % en moyenne. La faute en revient à l?appréciation des devises étrangères et à l?augmentation du prix du fret, expliquent les importateurs et les directeurs des grandes surfaces.

« L?euro, qui est passé à Rs 44, n?a pas arrangé les choses », confirme Nicolas Kan Wah, le directeur de London Way. « Cela se répercutera sur le prix des produits alimentaires pour les fêtes. L?impact sur le portefeuille des gens sera bien évidemment négatif. » Ce dernier espère toutefois que le public ne boudera pas son plaisir.

Pour indication, la barquette de saumon fumé de 100 g est à Rs 150, soit au même prix que l?an dernier, le foie gras sera offert à Rs 300 les 150 g, soit 10 % de plus qu?il y a un an. Même taux pour les crevettes et les queues de langoustes. Il faudra compter entre Rs 200 et Rs 500 le kilo pour les crevettes, et Rs 1 200 à Rs 1 500 le kilo pour les langoustes. La dinde, à Rs 220 le kilo, reste un produit apprécié d?une petite poignée de personnes. « Le poulet frais, même s?il affiche une hausse de 10 % est deux fois et demie moins cher que la dinde. »

Le supermarché a également réservé une bonne place aux produits locaux tels que le poisson frais, fourni par les pêcheurs de la région Ouest. « Vendus entre Rs 230 et Rs 250 le kilo, des poissons comme la gueule pavée, la vieille rouge et le sacré chien sont devenus un luxe. » Le c?ur de palmiste, autre produit local très apprécié, aura aussi une bonne place sur les rayons.

À L?épicerie gourmande, la charcuterie fine, les fruits de mer et les viandes de qualité s?invitent à vos tables de réveillon. Et la clientèle de la maison a des goûts très classiques. Ainsi, pour Noël, la dinde fermière, la venaison, les saucissons aux noix, les crevettes roses, le saumon frais de Norvège et autres moules restent des valeurs sûres.

Le prix joue toutefois les trouble-fêtes. En effet, face à la demande croissante en période festive, notamment celle des hôtels français, les fournisseurs n?ont pas eu d?autre choix que de revoir les prix à la hausse. « Cela a eu un résultat catastrophique pour les affaires. Nous notons ainsi qu?il y a moins d?achats impulsifs. Les gens commandent l?entrée ou le plat principal ou le dessert, rarement un menu entier », fait remarquer la responsable de marketing, Rosemay Lejongard. Par exemple la langouste qui se vendait l?an dernier à Rs 1 100 le kilo atteint les Rs 1 500 le kilo cette année?

Décorations et pétards : pas superflus

Noël est l?occasion de parta-ger des instants privilégiés avec les siens. Alors ne faisons pas les choses à moitié. Une table bien mise pour accueillir ses invités, la maison décorée d?illuminations et le sapin de Noël qui trône au milieu du salon sont incontournables.

Les décorations de Noël occupent une petite part dans le budget de fin d?année. Malgré la hausse des coûts à l?importation des produits fabriqués en Chine, le magasin Wing Tai Cheong a maintenu le même prix de vente l?année dernière. « Nous avons préféré rogner sur la marge de profit pour ne pas pénaliser la clientèle », affirme le responsable de marketing, Alain Fok Chak.

Selon lui, les gens ont tendance à acheter d?abord les cadeaux, avant d?acquérir les décorations de Noël. « La plupart du temps, ils complètent ce qu?ils ont déjà avec quelques objets supplémentaires », dit-il. Pour les boules à suspendre au sapin, il faut compter entre Rs 33 et 64. Vendu entre Rs 210 et Rs 950, chez London Way, le sapin artificiel a aussi la cote.

La gérante du magasin O temps des cadeaux, Liliane Li, mise, quant à elle, sur les décorations importées d?Europe et d?Asie et pour lesquelles les prix ont connu une légère hausse. « Le rouge classique des décorations côtoie des objets au style plus contemporain de couleur orangée, prune et mauve. Si les gens veulent ajouter une touche différente, c?est l?adresse qu?il faut retenir », affirme la gérante.

La fête serait, bien sûr, incomplète sans les pétards et la magie des feux d?artifice. Grays & Co. Ltd, un des gros importateurs, offre cette année des produits « abordables ». Huit conteneurs ont été commandés de Chine.

« Nous avons choisi des articles moins chers pour pouvoir satisfaire un plus grand nombre de consommateurs », explique le responsable de marketing, Jean-Edgar Merle. Le prix devrait revenir entre 10 % et 15 % moins cher en grande distribution.

Cadeaux : faire plaisir coûte cher

Choisir un présent pour une personne qu?on aime ne devrait pas être un casse-tête. Au fil des années, des magasins spécialisés ont bourgeonné, élargissant l?éventail de produits et contribuant à faire baisser les prix.

« Nos tarifs sont abordables. Pour le moment, ce n?est pas vraiment le rush pour l?achat, les gens attendent leur bonus de fin d?année », signale d?emblée Johnny Wong, le directeur d?Idekado. Dans ce magasin, les prix vont de Rs 70 à Rs 300. Vases de formes différentes, bougeoirs, boîtes à bijoux, et tableaux décorent joliment cette enseigne située à la rue Edith Cavell, Port-Louis.

Chez Plaisir d?Offrir, « il y en a pour tous les goûts », affirme la responsable du magasin. Cadres photos, bougeoirs, bougies parfumées, tableaux, photophores, guirlandes, bibelots en tout genre, importés d?Afrique du Sud et d?Australie sont disponibles. Ces articles ont toutefois connu une hausse de 10 à 15 %. Ils sont offerts à un prix variant de Rs 125 à Rs 3 000. « Les tarifs, explique la gérante, sont en baisse car je vais choisir les fins de série qui nous sont vendues à moins cher. » Malgré ces efforts pour offrir des produits de qualité et abordables, la clientèle se fait rare.

« Les gens n?ont plus de coup de c?ur. Ils préfèrent attendre une grande occasion pour acheter. »

Et la morosité n?épargne pas non plus le magasin Diane. Malgré une baisse dans les ventes, cette enseigne continue à offrir des articles qui sortent de l?ordinaire et importés d?Indonésie. « On attend une collection d?objets de décoration, de sandales et de sacs à main pour les fêtes. Les prix seront aussi intéressants », confie Valérie Nadan, la responsable du magasin. Le prix de certains de ces articles n?a pas vraiment changé, si l?on en croit la jeune femme. À l?exception des sandales et des vêtements importés qui affichent une hausse de 10 % cette année.

Boissons : tradition oblige

On ne recommandera jamais assez la modération à observer quant à la consommation de boissons alcoolisées. Mais qui dit fêtes de fin d?année dit aussi bière, whisky et autres rhums. Ces boissons seront toujours de la fête, malgré ce que certains ont qualifié de « coup de massue » après le dernier exercice budgétaire.

Même si d?aucuns arguent que certaines catégories des boissons alcoolisées ont connu une baisse sensible, force est de constater que la plus populaire pendant les fêtes avait hérité du qualificatif de « luxe » après le dernier budget.

Et pour cause, les taxes ont augmenté : Rs 75 par litre pour le vin mousseux, Rs 380 par litre pour le champagne, Rs 50 à Rs 60 par litre pour le whisky embouteillé localement, et Rs 400 pour le whisky importé.

Mais les Mauriciens consommeront quand même, à en croire les entreprises d?embouteillage et de distribution de boissons alcoolisées. « Il est vrai qu?il y a eu une baisse du pouvoir d?achat, tout le pays en pâtit, et nous avec. Mais nous avons revu notre portefeuille. On s?attendait à une baisse après le budget, mais la consommation de certains produits comme le rhum reste inchangée », déclare Jean-Edgar Merle, de Grays and Co. Ltd.

Il explique que la consommation des boissons alcoolisées considérées comme bas de gamme et haut de gamme n?a pas connu de baisse.

« En revanche, nous avons noté qu?une certaine clientèle a migré des boissons de gamme moyenne, comme les vins par exemple, pour des produits bas de gamme », laisse-t-il entendre.

Concernant les prévisions sur la consommation pendant les fêtes, il dira qu?il est encore trop tôt pour en parler, mais que « les Mauriciens achèteront autant que l?année dernière, soit en moyenne le double que pendant les autres mois ».

Du côté de Ph?nix Beverages Group, le responsable de la communication, Richard Wooding, évoque aussi le côté prématuré des prévisions. « On n?aura une idée du marché seulement vers mi-décembre. Mais sinon, nous nous préparons comme d?habitude et nous avons suffisamment de produits en stock pour répondre aux demandes des Mauriciens », confie notre interlocuteur, sans toutefois préciser la quantité de ces réserves.

Pas d?informations non plus sur les boissons les plus vendues, car Richard Wooding préfère affirmer que « chaque personne consomme différemment et les chiffres ne sont pas les mêmes d?un mois à l?autre. Mais nous répondrons à toutes les demandes, ça, c?est sûr ».

Et à en croire les intervenants, il y aura malgré tout une demande, même avec la majoration des prix. Consommez quand même avec modération.

Jouets : incontournables

Malgré le pessimisme et les incertitudes économiques, une des valeurs sûres de la consommation en fin d?année demeure les jouets. Ce phénomène de Noël dans les m?urs mauriciennes ? à mettre en grande partie sur le dos des commerces ? signifie une nouvelle fois une ruée vers les jouets en tous genres pour faire plaisir aux plus petits.

Aujourd?hui les « beaux joujoux » ont dépassé la dimension des simples poupées faites à la main ou autres jouets traditionnels, pour se mettre à l?ère des puces électroniques, voire même des processeurs de micro-ordinateurs. Ce type de produits attire de plus en plus, selon les magasins spécialisés, et une clientèle fidèle qui connaît son affaire s?est créée au fil des années.

À titre indicatif, Jane Tin du magasin Lennies, explique que « malgré l?inflation et la dépréciation de la roupie, les clients ne sont pas réticents. Ils savent que c?est la période des fêtes et cherchent des jouets de qualité ». Par conséquent, la responsable du magasin s?attend à des ventes de cinq à six fois supérieures aux autres mois de l?année, après la période creuse de septembre et d?octobre.

Elle concède toutefois que la situation économique actuelle mènera les gens à miser plus sur les jouets. « Je pense que l?incidence sur le prix sera de 20 % en moyenne. Nous avons des jouets dans la fourchette de Rs 500 à Rs 2 000 chez nous, dont une grande partie de jeux éducatifs. Nous pensons réaliser le double du chiffre d?affaires que nous avions eu en décembre 2005 », confie-t-elle.

L?augmentation, des prix, en moyenne de 20 %, est aussi évoquée par un autre gérant de magasin spécialisé dans les jouets, Édouard Wong, d?Original Trading. Ce dernier explique toutefois ne pas s?attendre à une augmentation drastique des ventes au mois de décembre. « Au pire, nous enregistrerons environ 50 % de plus que les autres mois de l?année. Mais nous nous attendons à réaliser le même chiffre qu?en décembre 2005. »

Cependant, outre ces magasins spécialisés, vers lesquels une certaine clientèle se tourne, il ne faut pas oublier les nouveaux venus, notamment les hypermarchés et les marchands ambulants. Alors que ces derniers contribuent plus à l?aspect folklorique des festivités, les hypermarchés proposent une large palette de produits, des figurines en caoutchouc aux consoles de jeux dernier cri.

Mais là aussi, les parents seront sûrement amenés à dépenser au moins 20 % plus cher, car les incidences économiques sur le coût du fret et l?inflation à Maurice ne devraient pas épargner ces chaînes de distribution. Toutefois, malgré les prix, peu d?arguments seront efficaces face au bonheur d?un enfant le jour de Noël.

Publicité