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Les tristes dessous de l’examen des fuites
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Les tristes dessous de l’examen des fuites
En 1988, l’express se souvient qu’au début de l’investigation médiatique concernant la rumeur selon laquelle des copies de questionnaires du SC/HSC sont en vente sous le manteau, un de ses journalistes est apostrophé au ministère de l’Education par un fonctionnaire qui lui lance à la figure : Alle écrire dans to la gazette ki mo pé vende ène série questionnaires pour Rs 5 000 ! Il ne sait pas que la rédaction est parvenue à mettre la main sur un des questionnaires litigieux et qu’elle compte en publier le contenu dans son édition du lendemain.
La Commisison Latour Adrien constate que l’express a pu mettre la main sur cinq questionnaires, dont l’original d’un questionnaire de comptabilité et de mathématiques. Un autre journal dispose de trois questionnaires mais n’en publie que deux. Deux autres n’ont obtenu qu’un seul questionnaire chacun.
Celui de mathématiques permet à Cambridge de restreindre les origines des fuites aux seuls pays utilisant la roupie comme unité monétaire et recourant à ses services comme examinateur agréé. Ces pays sont Maurice, le Pakistan, le Bangladesh et les Seychelles. Cet archipel peut être mis hors de cause car aucun de ses candidats ne se présente aux épreuves de comptabilité et de commerce.
Cela n’empêche pas le ministre Kher Jagatsingh de dénoncer une prétendue connexion seychelloise. Les conclusions de la commission Latour-Adrien apporte un cinglant démenti à cette tentative travailliste de faire porter le chapeau par nos Dalons. Après avoir entendu de nombreux témoins, son président, l’ancien chef juge Sir Maurice Latour-Adrien, et ses deux assesseurs, le Dr Vèle Pillay, futur maire de Vacoas-Phoenix, et Cyril Leckning, ancien député et ministre, premier recteur laïc du Collège Saint-Esprit, concluent qu’il n’est pas déraisonnable de penser que les fuites peuvent être d’origine mauricienne.
Les deux assesseurs sont encore plus précis dans leurs conclusions particulières : “Compte tenu que Cambridge, les Seychelles, Rodrigues et le transport des questionnaires de Cambridge au ministère de l’Education sont hors de cause, les fuites doivent logiquement émaner de la section examens de notre ministère de l’Education”.
D’anciens candidats à ces examens de novembre 1981 se souviennent encore des caméras de la MCB/TV montrant aux téléspectateurs le go-down où s’entassent les piles de questionnaires reçus de Cambridge. Le go-down est fermé par un seul cadenas. Nul fonctionnaire n’est en mesure de dire combien de clés peuvent l’ouvrir et s’il est possible de fabriquer d’autres clés à partir d’une clé originale.
Les témoignages de certains hauts fonctionnaires du ministère de Sir Kher Jagatsingh sont encore plus édifiants. Un secrétaire permanent est au courant qu’un certain Alain vend des questionnaires sous le manteau. Il sera pourtant acquitté par la Cour intermédiaire. Faute de preuves, sans doute. Le secrétaire permanent déclare tenir cette information d’un ministre travailliste. Ce ministre refuse de dévoiler ses sources d’information. La police prend 48 heures pour perquisitionner la résidence du fonctionnaire Alain impliqué. Naturellement, elle n’y trouve rien de compromettant. La police sait pourtant qu’il utilise la voiture taxi d’un ami pour écouler ses questionnaires. Un autre fonctionnaire, un nommé Hervé, un demi-frère d’Alain, est connu pour être en possession illégale de copies de questionnaires. Il reconnaît les avoir obtenues d’Alain. Coup de théâtre : le 25 novembre 1981 à 9h15, le Britannique Rewcastle ordonne à la police de cesser d’enquêter en raison de la nomination de la Commisison Latour-Adrien. Les assesseurs Pillay et Leckning estiment cette décision prématurée, malencontreuse et regrettable.
La Commission Latour-Adrien dépeint la section « examens » du ministère comme étant un véritable capharnaüm. Des enveloppes contenant des questionnaires traînent dans plusieurs tiroirs. Un fonctionnaire retrouve des questionnaires dans son tiroir après avoir déjà certifié les avoir remis aux représentants de Cambridge. En avril 1982, on retrouve encore des copies de questionnaire ici ou là dans certains tiroirs du ministère de l’Education. La Commission ne peut que déplorer la désorganisation systématique et le manque de méthode.
En février 1986, la Cour intermédiaire juge les 33 personnes impliquées dans les fuites de questionnaires de novembre 1981. Un est acquitté. Neuf bénéficient d’un non-lieu. Six, dont une femme, sont condamnés à des peines de 12 à 18 mois de prison. Des étudiants sont condamnés à une amende de Rs 3 000. Les six condamnés font appel. La Cour suprême leur donne raison pour vice de forme. Pas de coupable donc aux yeux de la loi. Demeure le tribunal de l’Histoire. Par malheur, l’opinion publique souffre d’amnésie. Maladie tristement incurable.
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