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Khal Torabully, en mémoire de la chair-corail

13 novembre 2006, 00:00

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Nègre et coolie à armes baissées. Bras tendus, regards croisés. Descendant à fond de Cale d?étoiles, en terre de paix. C?est Aimé Césaire (qui avec Senghor chanta la négritude), lisant à haute voix, le recueil de poèmes de Khal Torabully, dans un bureau de la mairie de Fort-de-France. ?Il le lisait pour la première fois, c?est comme s?il l?avait toujours lu.?

Face à lui, un concepteur de la coolitude tout chose. ému par la ?fraternité et la simplicité qu?à gardé Césaire?. Torabully raconte : ?On a discuté deux heures. C?était les Indes rencontrant les Afriques.? C?était en 1996. Une décennie plus tard, le Mauricien établi à Lyon en a gardé des traces d?écritures indélébiles.

Qu?il partagera demain, à 15 heures, lors d?une conférence à l?université de Maurice. Thème choisi (clin d??il à l?inscription de l?Aapravasi Ghat sur la liste du Patrimoine mondial de l?Unesco) : Coolitude, l?imaginaire corallien.

Pourquoi le corail ? Torabully explique : après la rencontre avec Césaire, c?est le déclic. ?Je me suis demandé quelle est la métaphore qui va ancrer la coolitude ?? C?est un fait. La créolité a choisi l?image du rhizome (racine souterraine). ?Moi, je veux dépasser cette image qui reste sous le sol, qui n?est pas assez dynamique.?

Le corail s?impose. Pour deux raisons. ?C?est la plus grande migration sur terre, celle du plancton. Le corail est à la fois ancré, libre et ouvert. Jamais vous n?en verrez deux semblables. Il contient donc l?élément de la diversité.? Deuxième avis : ?C?est la racine de l?océan. On ne peut pas être pour la diversité culturelle et être contre la biodiversité.?

Ouvrir sa douleur à celle des autres

Pour avoir participé à des comités de pilotage au sein de l?Aapravasi Ghat Trust Fund, Khal Torabully est d?avis que ?pour que ma douleur soit belle, il faut qu?elle soit ouverte à celle des autres?. En clair : que le site de débarquement de la rue du quai soit ouvert à tous, à l?histoire des travailleurs engagés d?autres nationalités qui sont passés par là. Un rapprochement de deux histoires couché sur papier dans un article repris par le magazine d?histoire de l?Unesco, à paraître bientôt.

POETIQUE

QU?EST-CE QUE LA ?COOLITUDE? ?

Ce concept ou poétique (vision du monde) a pour point de départ un vécu dans ?plusieurs histoires transplantées?. Consigné dans Coolitude, écrit en 1989 et publié trois ans plus tard. Il s?agit dès lors de composer avec cet ?entassement de différences?, d?arriver à les mettre en relation. ?C?est l?enjeu fondamental de la société : comment rester soi et trouver l?équilibre avec l?autre.?

Fil conducteur de la vision de Khal Torabully : ?On n?est pas des courants d?air.? En clair : ?n?avoir rien contre le folklore?, mais ne pas commettre l?erreur de l?échange de surface. Du ?toi, tu apporte ton séga et moi j?apporte le qawwal?. Dépasser le niveau de la nation arc-en-ciel.

?J?aime beaucoup l?arc-en-ciel mais il faut être conscient que c?est une illusion d?optique.?

Le poète, lui, préfère les couleurs qui se chevauchent. ?C?est dans les interstices qu?il y a de l?intérêt pour moi, car il y a des métisses qui sont racistes.? Et passer à côté de grandes richesses. ?Dans la ?coolitude?, il faut la volonté de construction avec l?autre, ce qui demande un travail sur soi et sur l?autre. Car l?autre n?est pas prêt à tout accepter de vous non plus.?

Pour Khal Torabully, le ?coolie?, est le premier salarié après l?esclavage, ?même si ce salaire est une illusion?, que les conditions ressemblaient à celle de l?esclavage. Il arrive dans un contexte d?interaction entre Blanc et Noir. ?On aime que tout soit binaire, l?Indien est la tierce personne, celui qui empêche de tourner en rond.?

Un être portant une ?double déchirure?, celle d?avoir quitté son pays, celle qui le place au bout de la ?chaîne d?exclusion complémentaire : Blanc qui rejette Noir qui rejette Coolie?. Des situations vécues mais dans le non-dit.

Pour comprendre l?autre, Torabully propose la piste de la spiritualité. ?Chacun sait ce que c?est qu?un temple, qu?un shivala. Le Mauricien est par nature très religieux.?

Il reconnaît ?qu?avant on appelait cela l?indianité, ce qui fait référence à la nationalité?. Le poète de nous faire remarquer que le terme ?Indien? désigne aussi ceux d?Amérique. Pourquoi ?coolitude?. ?Je me suis appuyé sur un moment de l?histoire. On ne peut pas dire indianité parce que nous ne vivons plus en Inde.? Est-ce à dire qu?il faudrait oublier le passé. Torabully s?enflamme. Descend en flamme certains ?intellos? qui parlent d?amnésie, car ?comment oublier quelque chose qu?on ne connaît pas?.

Enfin, à l?occasion de ses 30 ans de carrière littéraire, Khal Torabully dira quelques extraits de ses 17 ouvrages, demain à 17 h 30 au centre Charles Baudelaire. Cette soirée sera l?occasion d?un échange avec le public.

CHAZAL N?EST PAS MORT, IL FAIT SEMBLANT

La visite de Khal Torabully chez nous se situe dans le cadre du festival Francofffonies. Il est venu saluer les 25 ans de la mort de Malcolm de Chazal. C?était vendredi, lors d?une soirée-hommage au centre culturel Charles Baudelaire. L?occasion de diffuser son documentaire conçu en 2001 : ?Malcolm tailleur de visions?.

Dire (en tout cas le tenter) en 52 minutes, un Malcolm-Dieu, un Malcolm-Soleil. Un Chazal irritant, nombriliste. Mais aussi un Malcolm incompris, blessé et isolé. Un génie qui a aussi brillé par son art consommé de l?antagonisme, que ce soit avec le public ou d?autres créateurs.

Question posée à Khal Torabully à la fin de la projection : comment se réconcilier avec Malcolm de Chazal ? ?Ce sont les intérêts de classe qui ont créé la situation de rejet. Chazal lui a rejeté le carcan. Chazal était économiste, un alter-économiste, une économie basée sur la beauté de l?île?, répond en substance le concepteur de ?Malcolm tailleur de visions?.

Dans la foulée des hommages, un ouvrage regroupant les articles signés Malcolm de Chazal est en préparation. Véritable travail de fourmi, il a nécessité 10 ans de recherches. ?Malcolm de Chazal, comment devenir un génie? sera lancé en janvier prochain. Auparavant, Jean Marie Le Clézio lui consacre un article dans Le Monde des livres du vendredi 10 novembre. Sous le titre ?Malcolm de Chazal, génie dans l?île?, Le Clézio rend hommage à celui est présenté comme ?l?un des poètes les plus féconds de la littérature française contemporaine?.

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