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L?os à moelle

12 novembre 2006, 00:00

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Quasiment tous les partis de l?alliance gouvernementale veulent participer à la curée. Chacun a son mot à dire au sujet du rapport du « Fact-Finding Committee » sur l?état des finances de Business Parks of Mauritius Ltd (BPML). Le Mouvement républicain, le PMXD, le MMSM mais aussi le Parti travailliste ont organisé ces derniers jours des conférences de presse pour lancer piques et roquettes en direction de Paul Bérenger et de Pravind Jugnauth. Respectivement Premier ministre et vice-Premier ministre du précédent gouvernement. Et ce n?est pas fini. Le gouvernement promet toute une « campagne d?explication » autour de BPML. Mais il est temps d?arrêter. Car tout cela devient profondément agaçant !

Contrairement à ce que l?on pourrait croire, l?objectif principal de la série de conférences de presse n?est pas réellement d?assommer l?opposition. Mais plutôt de faire oublier aux Mauriciens que leur lune de miel avec le gouvernement est terminée depuis plusieurs mois. À la suite de la flambée des prix, des mesures budgétaires mal ficelées ou incomprises, comme la « National Residential Property Tax » et la « Campement Site Tax ». Ou encore le mauvais timing de l?achat d?une Aston Martin par le Premier ministre. Dans cette conjoncture, beaucoup, au sein du gouvernement, s?étaient résignés à vivre avec le ressentiment d?une bonne partie de la population à leur égard. Pour encore quelque temps.

Puis, il y a eu ce rapport deus ex machina. Une véritable intervention divine qui a enfin permis au gouvernement de reprendre du poil de la bête face à l?opposition. Mais les plus excités au sein du pouvoir se sont vite emballés. Désormais, ce n?est ni plus ni moins que les têtes de Bérenger et de Jugnauth junior qu?ils réclament. Se fondant sur le « guilty knowledge » dont parle le rapport, Sinatambou, Valayden et consorts se sont mis à rêver. De voir l?« Independent Commission against Corruption » (Icac) ou la police envoyer, après enquête, les anciens dirigeants du pays derrière les barreaux. Ce n?est qu?un rêve !

Sans préjuger de la suite de l?enquête, mais en nous fondant sur l?appréciation de sources autorisées, nous nous aventurons plutôt à dire que seuls deux ou trois fonctionnaires vont éventuellement devoir répondre de leurs actions ou omissions coupables devant l?Icac et la police.

Mais il ne faut pas non plus croire que Bérenger et Jugnauth ne sont pas responsables de la débâcle financière de BPML. Ils le sont pleinement ! Toutefois, il faut bien préciser la nature de leur responsabilité. Elle n?est que politique ! Et si la responsabilité politique conduisait derrière les barreaux, cela se saurait. Car beaucoup de têtes seraient déjà tombées après chaque parution du rapport du directeur de l?Audit.

Prenons un exemple, en piochant dans le rapport de l?audit pour l?année financière 1999-2000, on remarque que la construction du « Daycare Centre » de l?hôpital Victoria, dont le coût initial avait été estimé à Rs 125 millions, en 1995, avait fini par atteindre Rs 347 millions début 1999. Certes, ces chiffres ne sont pas comparables aux milliards engloutis dans la Cybercité. Mais la responsabilité politique sur les deux projets est de même nature. Mais aucun ministre n?a démissionné à la suite du rapport de l?audit. Aucune enquête n?a démarré.

Les seuls juges de la responsabilité politique des politiques sont les citoyens. Ils livrent d?ailleurs leur verdict régulièrement, à chaque échéance électorale. C?est donc aux prochaines élections générales que ce gouvernement pourra espérer voir condamner les dirigeants de l?opposition. S?il arrive à démontrer aux électeurs comment Pravind Jugnauth et Paul Bérenger auraient dilapidé l?argent public en gérant mal un projet de l?envergure de la Cybercité. Le verdict sera alors sans appel. L?opposition se fera battre encore une fois. Car elle aura été blâmée par les citoyens pour sa mauvaise gestion alors qu?elle était au pouvoir.

Mais en attendant cela, le gouvernement aurait tout intérêt à laisser l?Icac et la police travailler sereinement dans leur coin. En laissant de côté l?os à moelle qu?est devenu ce rapport sur BPML. À moins que ce soit, en fait, l?unique moyen qu?il ait trouvé jusqu?ici pour contrer l?opposition ! Ce serait triste?

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