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Prisonniers du passé
Seuls les imbéciles refusent de remettre en question leurs convictions. Seuls les imbéciles n?apprennent pas de leurs erreurs passées. Sans pour autant admettre honnêtement les siennes, le ministre de l?Éducation a démontré qu?il n?en est pas un. Tant mieux. C?est une attitude plus rassurante que celle de certains de ses collègues, du gouvernement et de l?opposition confondus. Le ministre du Commerce continue à nager à contre-courant de la réforme économique. Les dirigeants du MMM, eux, continuent aujourd?hui encore à célébrer son glorieux passé, alors que la population s?attend à un renouveau qui crédibiliserait ce « retour » annoncé au pouvoir.
Une année au gouvernement n?a pas amélioré la compréhension des affaires du ministre Jeetah. Notre évolution vers l?économie de marché devrait se manifester de deux façons. On verrait d?une part toutes les entreprises souhaitant évoluer dans le nouvel environnement concurrentiel, entreprendre leur modernisation. On verrait, d?autre part, l?État en train de se retirer peu à peu des nouvelles orientations économiques. C?est l?exact contraire qui s?est vu dans le conflit avec Desbro. Selon le ministre, l?entreprise réduite à fermer son unité de fabrique de barres de fer faute d?avoir obtenu de vendre à prix réel, s?est elle-même rendue responsable de ses déboires financiers? en rehaussant son unité de production. Il n?a manifesté par conséquent aucun signe de souplesse pour soulager les acteurs d?un marché que l?on sait fortement sous pression au niveau mondial.
Certes, il n?est pas raisonnable de penser que l?on pourrait en l?espace de quelques mois devenir une économie radicalement ouverte. Les habitudes sont tenaces. La Chine a mis vingt ans pour passer de moins de 5 % de prix non contrôlés à plus de 90 %. Et elle garde résolument la main sur des articles d?importance stratégique. Certes, il est logique aussi que, dans sa difficulté à contenir l?inflation galopante, le gouvernement hésite à gonfler le prix de la construction. En 2004, à la libéralisation du prix de la barre de 6 mm, il avait doublé, de Rs 20 à Rs 42 environ. Il est, enfin, naturel que des fermetures et des départs rythment l?économie libéralisée. Chacun a désormais la possibilité d?aller là où ses affaires seront meilleures ; c?est le même mouvement qui amènera jusqu?à nous d?autres investisseurs.
Pour autant, la réticence du gouvernement n?est pas compréhensible. Un contrôle des prix ne pourrait se justifier que quand le gouvernement juge que les consommateurs à revenus modestes seraient lourdement défavorisés si les prix atteignaient leur valeur d?équilibre. Or, dans un pays où 90 % de la population est propriétaire de son logement, où l?on a décidé de procéder par « targeting » des plus nécessiteux, on peut se demander qui sont ces consommateurs de fer qu?il faut encore protéger. Pour quelques électeurs à qui il faudrait plutôt expliquer la réalité des choses, va-t-on prendre le risque de pénaliser tout le bâtiment ? Va-t-on à un moment où l?économie mise sur la reprise de ce secteur, l?étouffer ? Les principaux demandeurs, ces compagnies de construction dont les projets attendent, savent qu?ils n?ont pas d?autre choix que de payer davantage pour ce bien dont ils connaissent le prix réel sur le marché mondial, et ils sont sans doute prêts à le faire. La demande existera de toute façon.
Ce sont des décideurs que doit émaner cet esprit du risque, de non-dépendance sur l?État qui nous propulsera en avant. Mais leur inconsistance avec le discours prônant un changement de paradigme, une ouverture, la facilitation du business, est inquiétante. On n?est pas plus rassuré à regarder l?opposition. Tous les doutes sont permis sur sa capacité à insuffler ce nouvel état d?esprit?
Entre « nu fyer nu komba » et « nu redress nu péi », c?est le même discours que délivre, avec guère de conviction, le MMM qui se dit en route vers le pouvoir à partir d?aujourd?hui. Comment peut-il croire que la grogne de la population signifie qu?elle est prête à le considérer comme l?alternance ? Comment l?en croire digne alors qu?il vient de passer la semaine précédent son congrès à se chamailler sur le coaltar avec des voyous ? Comment le croire préparé quand il dit avoir fait le ménage, mis de l?ordre dans ses idées, sans donner la moindre indication sur celles qui orienteront son projet politique ? Comment ne pas deviner la frustration dans le constat que ce sont d?autres qui réalisent la stratégie de développement ? et désormais la réforme de l?éducation ? en laquelle croit le MMM ?
L?absence de signes d?un cheminement vers une autre normalité, l?inexistence de discours nouveaux démoralisent. Quand Steven Obeegadoo se met à reconnaître que son successeur est sur la bonne voie et qu?il lui garantit son soutien, on découvre, certes, admiratifs qu?une opposition responsable est possible, que le langage de celle-ci peut être autre chose que démagogique. Mais c?est un petit changement des réflexes. Un tout petit.
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