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Jeux

10 novembre 2006, 00:00

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Un peu par désoeuvrement, je me suis astreint à faire un survol des principaux jeux qui intéressent les Mauriciens. Je laisse de côté les zougadères invétérés des casinos qui, feignant l?indifférence, suivent la petite bille de la roulette du coin de l?oeil, trahis par une déglutition sporadique et une pomme d?Adam qui joue au yoyo.

Je passe rapidement sur le ?kelvi? et le rami qu?on cartonne à l?ombre des banians pendant les heures de travail et le domino ou ?doss? où les appels de sourcils sont fréquemment décisifs. Je ne m?attarde pas, non plus, sur le bridge dont l?étude demande plusieurs vies accrochées bout à bout, assujettissement considéré par le néophyte comme un fool?s time job et qui, si on insiste, peut dégénérer en jeu de satiété. Et je laisse aux conseils d?administration les joies du Monopoly et aux dirigeants des différentes ?Authorities? le jeu d?influence politique souvent récompensé par un mismanagement fee.

Ma préférence personnelle va aux mots croisés pas seulement pour les définitions devenues classiques telles : suaire pour couvre-feu ou, pour ceux qui ont l?eau courante, le bidet qui ?entretient l?amour propre,? mais en raison d?une prédilection pour les onomatopées et les mots de deux lettres. Malgré le fait que je sois un désagrégé en mythologie, comme je suis reconnaissant à Zeus d?avoir changé en génisse Io qu?on place en fin de parcours sur les deux cases restantes, comme pour le sous-marin du combat naval qu?on coule d?une dernière salve, sans périscope.

Merci également au géographe russe qui s?appelle probablement Popof comme vous et moi et qui a donné un nom à l?Ob, vieille connaissance fluviale des cruciverbistes que le simple ajout d?un iota changerait en obi. Réservons aussi une reconnaissance éperdue à la ville d?Ys qu?on a juste le temps de placer avant qu?elle ne soit engloutie et au drame japonais, ce no qui évoque les geishas au visage peint en blanc et le sabre rituel des samouraïs sur lequel le nippon s?embroche allègrement. Les mots croisés muets, d?où les cases noires sont absentes (même celle de l?oncle Tom) ont aussi leurs adeptes, le seul dommage étant que le mutisme s?étend rarement aux autres occupants de la maison.

C?est toujours un plaisir de suivre les Chiffres et les Lettres bien qu?on se retrouve parfois en face de concurrents si stressés qu?on a envie de leur prêter un trac suit et qu?on ait à subir occasionnellement, après défaite, des justifications aigres-douces, dégoulinantes de bonne foi hexagonale. Beaucoup de téléspectateurs sont un peu épuisés par la présence dans Questions pour un Champion de bas-bleus difficiles à interrompre et anxieux de montrer leur savoir ou faisant preuve, au contraire, d?une humilité ostentatoire et seule l?apparition intermittente de Mauriciens préserve le suspense pour les insulaires chauvins que nous sommes.

Et puis, tout récemment, est apparu le Sudoku où on jongle avec les chiffres au point d?oublier que deux et deux font plusieurs. Comme disait un réfractaire à ce genre d?exercice : ?Sudoku? Sudoku? Et le nord, on s?assied dessus peut-être ??

C?est ce même contestataire dont la femme est une si grande mordue de puzzles qu?elle les réussit sans même avoir recours à l?image qui se trouve sur la boîte. Pour un anniversaire de sa moitié, il s?était rendu à une boutique de Curepipe spécialisée. Dédaignant la boîte, il avait pris un sac en plastique contenant les fragments du casse-tête en disant au préposé: ?Avec ça je vais avoir la paix pour six mois.? Le patron du magasin qui avait suivi la scène avec intérêt, intervint alors pour suggérer : ?Ki fer ou pas mélanz dé sacs, ou gagn la paix ène an ??

VOLCY

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