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Quelle est l?identité du créole mauricien ?

28 octobre 2006, 00:00

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Arnaud Carpooran « C?est la langue de la majorité, pas forcément celle d?un milieu populaire »

Que représente cette journée internationale de la langue et de la culture créole ? A quoi sert-elle ?

Le fait qu?il y ait une date qui force à se rappeler que cette langue qui a été si longtemps dénigrée, cette langue, parlée par des millions de personnes, est enfin valorisée. Elle est au c?ur d?un événement international qui valorise toutes ces personnes qui parlent créole. Cette langue et cette culture ont plusieurs fonctions. D?abord une fonction identitaire de portée nationale car elle permet aux Mauriciens de se distinguer. Ils peuvent donc communiquer entre eux, sans considération ethnique. C?est la langue qui permet donc aux Mauriciens de se définir par rapport aux autres. C?est la langue de la majorité, pas forcément celle d?un milieu populaire.

On a l?impression que chez nous, le créole est très souvent associé à la communauté. Alors que dans d?autres îles, le créole est associé à l?identité de l?île. Qu?en pensez-vous ?

Maurice à une particularité différente des autres îles. Chez nous, il y a une structure sociale qui dépend du compartimentage ethnique mis en place par les politiques. On associe par conséquent, les gens à une langue nationale et à une langue ancestrale. Tous les groupes se retrouvent dans cette association, sauf un. Il y a plusieurs langues africaines et les esclaves sont venus de partout en Afrique. Par conséquent, les descendants d?esclaves sont associés à la fois à la langue et à l?ethnie parce que la nature ne supporte pas le vide. Cela dit, cette association n?est pas illégitime, mais elle limite chez nous la définition du mot créole.

Cette journée est célébrée dans une quasi indifférence, comment l?expliquez-vous ?

C?est souvent le cas. Il ne faut pas s?attendre à plus car c?est la première fois que l?on célèbre la semaine créole chez nous. Même si les autorités le font davantage par nécessité que par enthousiasme, il faut s?en réjouir.

Que faut-il faire pour qu?il y ait une réelle prise de conscience sur l?identité créole ?

Cette célébration ne sera jamais ignorée chez nous car des organismes privés la célébreront toujours malgré l?absence d?une réelle volonté politique. Il existe une littérature créole, des dictionnaires et un vrai débat autour de la question. Je ne suis pas du tout inquiet et je sais que le débat se prolongera encore.

Zan-Zak Arjoon

« Nous avons aujourd?hui un ciment national : une langue partagée par tous les Mauriciens »

Que représente cette journée internationale créole ? A quoi sert-elle ?

Reconnaître cette langue et cette culture, c?est valoriser les personnes qui vivent en créole. Il faut continuer à la répéter pour que chacun d?entre nous soit fier de ce qu?il est. Un créole qui habite une île.

Quelle est l?identité créole aujourd?hui ?

Ce serait selon moi, une notion de métissage qui a un rapport privilégié avec la langue, parce qu?elle fleuri au fil des contacts avec d?autres langues, surtout la langue française et avec diverses sensibilités. Nous avons par conséquent, une grande richesse linguistique face à l?Occident. Une richesse dont chacun d?entre nous devrait être fier.

On a l?impression que chez nous, le créole est très souvent associé à la communauté. Alors que dans d?autres îles, le créole est associé à l?identité de l?île. Qu?en pensez-vous ?

La définition du créole chez nous est façonnée par un dynamisme bien mauricien qui n?a rien à voir avec la définition du dictionnaire. Nous avons notre créolité qui s?associe aux descendants d?esclaves.

C?est un fait que l?on ne peut ignorer, mais c?est un fait qui ne se limite pas à la communauté puisque cette langue définit une identité commune, celle d?être Mauricien. L?hindou pense et rêve en créole. Il est temps d?inviter chaque Mauricien à dépasser cette notion ethnique pour comprendre que grâce aux descendants d?esclaves, nous avons aujourd?hui un ciment national : une langue commune et partagée par tous les Mauriciens.

Cette journée est célébrée dans une quasi indifférence, comment l?expliquez-vous ? Que faut-il faire pour que cela cesse ?

Il faut reconnaître qu?il y a des aliénés chez nous car au-delà de la reconnaissance officielle, nous sommes très souvent réfractaires à la reconnaissance réelle du créole. Et c?est là un étrange paradoxe, mais c?est malheureusement la réalité de l?insulaire. Chacun est donc appelé à cesser d?être hypocrite et de faire un travail personnel pour être vrai par rapport à notre identité mauricienne liée à notre langue. C?est notre réalité de Mauricien.

Propos recueillis par Martine LUCHMUN

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