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“Marie- Antoinette”de Sofia Coppola
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“Marie- Antoinette”de Sofia Coppola
“Tout cela est ridicule. Tout cela, Madame, est Versailles.”Sofia Coppola réinvente l’histoire de cette princesse autrichienne de14 ans quittant à jamais son pays pour aller épouser le futur roi de France à peine plus âgé qu’elle et qui découvre ainsi tous les rituels de la vie à Versailles. Le film est avant tout le portrait d’une adolescente faisant la fête pour échapper à l’ennui d’une existence dorée. Marie-Antoinette est finalement beaucoup moins un tableau de la France d’avant la Révolution que l’histoire d’une très jeune fille s’adaptant à un nouvel environnement avec ses commérages et rivalités.
C’est le portrait inventé d’un personnage historique peint par une réalisatrice californienne de 35 ans et fille de Francis Ford Coppola, avec tout ce que cela implique. On croisera donc de nombreux personnages historiques dans ce film. Costumes et décors – le vrai Versailles et ses alentours – sont eux aussi historiquement corrects. Mais, Sofia Coppola a surtout mis dans ce film beaucoup de l’univers qu’elle connaît. C'est-à-dire, beaucoup de son monde à elle ou beaucoup d’elle-même. On retrouve évidemment Kirsten Dunst dans le rôle titre, mais il y par exemple la présence de Rip Torn, acteur de western, jouant le roi Louis XV ou celle de Marianne Faithfull jouant Marie-Thérèse d’Autriche. Comme pour bien souligner cette idée – à moins qu’il ne s’agisse de nous l’enfoncer dans le crâne – la réalisatrice a volontairement oublié dans certains plans quelques objets anachroniques (tels une paire de baskets dans un tas de chaussures) et accompagne de nombreuses séquences de musiques diverses qui ne sont pas d’époque. Certaines de presque un siècle avant ; d’autres de deux bons siècles après, puisqu’il s’agit d’airs de rock et même de punk – rock pour une scène de bal masqué.
On pourra y voir une certaine arrogance, ou pire un manque d’originalité. Pourtant, Sofia Coppola parvient à entraîner le spectateur dans sa démarche, et cela, en faisant le minimum de références à l’Histoire. Dans ce but avoué, le film est réussi, se braquant sur son héroïne, l’y enfermant de la même manière que celle-ci reste enfermée dans son propre petit monde, même dans les fastes de Versailles. Le palais est montré sous toutes ses coutures, peut-être pour la première fois, la réalisatrice ayant visiblement joui d’une liberté de champ jamais accordée auparavant, mais ces décors extravagants ne sont jamais montrés de façon ostentatoire. Salons, appartements privés et jardins servent ici de cadres, soit pour des cérémonies grandiloquentes soit encore pour des scènes intimistes. Dans Marie– Antoinette comme dans ses films précédents, la réalisatrice semble éviter les scènes complexes. Malgré de nombreuses séquences impliquant un grand nombre de participants ou des mouvements de groupe, elle préfère se concentrer sur les petits groupes ou les individus. Elle préfère aussi la technique du ‘voix off’– avec des extraits de correspondance ou des bribes de conversations – aux déplacements de l’action. Ce qui très efficace, maintenant le film sur son objectif premier.
Dans son rôle, on ne dira pas que Kirsten Dunst ait un travail important à fournir. Son personnage de jeune fille ordinaire menant une existence dorée évoquera ces stars dont raffole la presse de bas étage (la scène où on la voit prisant du tabac n’est en ce sens pas innocente) et elle est assez proche dans ce film, de son personnage public dans la vie. Son effort se limite donc à occuper le centre de l’écran durant deux heures et cela, elle le fait bien. Finalement, Marie-Antoinette est au cinéma ce que la musique légère est à la musique. À défaut de plat substantiel, Sofia Coppola nous offre une grosse friandise à savourer.
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