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L?opposant malgache, un passager à «risque»

13 octobre 2006, 20:00

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« Il est possible que je sois arrêté ou même tué. Mais rien ne m?empêchera de rentrer chez moi aujourd?hui.» Bravade de politicien exilé ou calcul d?un stratège pour se mesurer à un adversaire jugé tyrannique ? Quoi qu?il en soit, Pierrot Rajaonarivelo, aspirant candidat à la présidentielle malgache du 3 décembre, n?est pas près de rentrer chez lui.

Pierrot Rajaonarivelo est à Maurice depuis cette semaine, attendant de pouvoir rentrer chez lui. Seulement, Air Mauritius n?est pas prête à le transporter. «L?aviation civile malgache nous a fait savoir dans une communication officielle qu?elle ne peut pas garantir la sécurité des passagers ni celui de notre appareil si le passager Rajaonarivelo est à bord. Nous ne pouvons pas prendre ce risque», a déclaré hier Donald Payen, directeur d?Air Mauritius pour l?Europe.

Air Mauritius a sûrement en tête l?expérience Mamod Taky Abasseky, vieille de quelques années à peine. Un de ses avions avait été encerclé par les forces de l?ordre venues arrêter l?homme d?affaires pakistanais soupçonné d?activités criminelles. Le suspect a été blanchi, mais Air Mauritius n?a pas oublié la mésaventure.

Pourtant, hier soir, les proches collaborateurs de Pierrot Rajaonarivelo affirmaient détenir des billets pour voler à bord d?Air Mauritius en direction d?Antananarive dès 15 heures cet après-midi. Quelques heures auparavant, celui-ci se permettait même d?annoncer, par presse interposée, son arrivée au président Ravalomanana. Il invitait également le président malgache à faire preuve de retenue. «Si vous m?arrêtez, eh bien, sachez que vous n?arrêterez pas l?aspiration du peuple pour la liberté», disait Pierrot Rajaonarivelo.

Mais les ailes de ses v?ux ne suffisent pas pour voler jusqu?à Madagascar. «Un client peut avoir une réservation. Cela ne veut pas dire qu?il volera nécessairement», relève Donald Payen. Air Austral, le transporteur réunionnais, a déjà refusé de transporter le passager malgache pour les mêmes raisons sécuritaires. C?est après ce refus que Pierrot Rajaonarivelo a mis le cap sur Maurice, «un havre de discrétion et de sécurité». Il dit beaucoup apprécier l?accueil mauricien, même s?il change d?hôtel régulièrement pour dormir tranquille.

«Une haute personnalité qui s?est présentée comme le porte-parole du gouvernement mauricien m?a assuré que juridiquement, Air Mauritius ne peut pas refuser de me transporter. L?ancien Premier ministre Paul Bérenger m?a dit que Maurice fera honneur à son image de modèle de démocratie dans la région. Je n?ai pas eu de contact avec le Premier ministre Ramgoolam mais son porte-parole m?a assuré qu?il est vigilant par rapport à la situation à Madagascar. Je comprends parfaitement qu?il ne veuille pas s?immiscer dans les affaires internes de mon pays», a relevé le politicien malgache. Mais les choses ne sont pas aussi simples.

Déjà, la France, qui a accordé l?asile politique à Pierrot Rajaonarivelo, aurait déjà noté un certain refroidissement dans ses relations avec Tana depuis que celui-ci s?est mis à s?intéresser activement à la politique malgache à partir de Paris. « Il est apparu comme organisant la déstabilisation du régime Ravalomanana en appelant à la mobilisation et à la grève. Paris ne voulait pas se mettre en porte-à-faux avec le gouvernement malgache après avoir renoué avec celui-ci en 2004», fait-on remarquer du côté de la presse réunionnaise.

Pierrot Rajaonarivelo était vice-Premier ministre du Madagascar quand Marc Ravalomanana a pris le pouvoir dans des conditions populairement contestées, en 2002. Il a fui le pays après avoir perdu les procès que lui a intenté le nouveau gouvernement qui l?accusait d?usurpation poste et de fraude. Selon lui, ces accusations sont de nature purement politique et il a perdu uniquement parce que le judiciaire malgache ne serait pas indépendante. Il a quitté Madagascar alors qu?il était sur le point d?être arrêté pour purger 15 ans de prison.

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