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Pratique approximative

7 octobre 2006, 00:00

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Intervention musclée du commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, mardi dernier à l?université de Maurice sur la question de la brutalité policière. Et le chef de la police a symboliquement choisi la cérémonie de remise des diplômes aux étudiants de BSc Police Studies pour faire cette sortie. On ne pouvait pas être plus explicite. Il lance l?appel : la police ne peut prêter flanc aux critiques d?arrestations arbitraires, de détention abusive, de torture et de traitements inhumains, de décès en cellule policière et d?allégation de brutalités policières? Que ces mots viennent directement du commissaire de police revêt une importance capitale. Tant certaines pratiques archaïques doivent définitivement être abolies. Pour cela, il faut pouvoir surmonter un certain nombre de préjugés et de conceptions surannées.

Le concept des droits humains étant encore une nébuleuse, certains policiers en profitent pour une pratique approximative de leur métier. Concept importé des sociétés démocratiques avancées, les droits humains souffrent d?une représentation aléatoire. Voilà un concept dont les modalités pratiques ne correspondent pas entièrement au fonctionnement d?une société qui jusqu?à tout récemment rimait avec un traditionnalisme austère. Les parents avaient le droit d?infliger des châtiments corporels à leurs progénitures. Des enseignants pouvaient se montrer radicaux dans leurs procédés punitifs. Dans une telle logique, la police pouvait légitimement utiliser des méthodes de travail peu respectueuses des droits humains.

C?est ce même réflexe qui autorise aujourd?hui encore des observateurs à penser qu?une certaine dose de violence policière ne ferait pas de mal au système si c?est pour préserver l?harmonie de la société contre ses éléments déviants. Si on pouvait résoudre le problème de la violence par la violence, il y a longtemps que nous serions devenue la société idéale avec des gens qui célèbrent la culture de la paix et du partage à chaque coin de rue.

De la même manière, des policiers ont toujours cru, surtout après la formation qu?ils ont reçue, qu?ils pouvaient se dispenser d?utiliser des gants alors que les annuaires téléphoniques étaient plus efficaces pour obtenir des aveux. Certes, on fait graduellement du chemin surtout avec un ministre de la Justice très au fait des principes des droits humains. On cherche ainsi à moderniser les techniques d?investigation mais surtout les méthodes d?interrogation. Mais le chemin à faire reste encore long. En fait, il reste toujours à convaincre tous les «stakeholders» de la pertinence d?une nouvelle philosophie en matière de travail de police. La révolution s?impose au préalable au niveau des mentalités. Il s?agit de concilier une conception radicale de l?autorité et de la discipline et une manière de procéder qui repose, entre autres, sur la psychologie et les relations humaines.

Le principal défi reste cette urgence de sortir d?une représentation policée de la société mauricienne. Comment amener des policiers qui ont été formés dans un esprit d?aliénation sociale à voir dans les citoyens de simples individus qui ne sont pas forcément d?éventuels coupables ? A se représenter la société autrement que comme une grosse entreprise de contrebande où les malfaiteurs règnent en maîtres ?

Le commissaire de police a raison. Il faut changer de perception. Pour cela, il faudra que la police fasse sa révolution. A la brutalité,il faudra substituer l?intelligence et la subtilité. Pourquoi ne pas commencer par le plus simple, soit apprendre à dire bonjour, s?il vous plaît et merci ? A apprendre à sourire ? A faire son métier avec de la classe et une certaine gentilhommerie ? Enfin à concevoir son uniforme autrement que comme le costume de scène d?un superhéros machiste?

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