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A propos de la torture

6 octobre 2006, 00:00

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?La fonction de l?intellectuel est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s?en dire innocent.? Sartre

Peut-on en 2006 rendre la torture nécessaire ? Evoquer la brutalité policère dans un editorial sans en employer le mot ? Etre pour et contre ? Se mouiller en restant à sec ? Prendre parti sans prendre parti (?) ? L?éditorial du 26 septembre de Raj Meetarbhan ?Chercher l?équilibre? mériterait, selon moi, de figurer dans les annales des éditoriaux mauriciens les plus étonnants de ce début de siècle en ce qui concerne la lutte contre la torture au sein d?un Etat de droit. Un chef-d?oeuvre d?équilibriste?

Si nous pouvons comprendre l?homme de la rue sans grande instruction formelle, qui n?hésite pas à justifier la torture, si nous comprenons des tortionnaires cyniques ayant eu le feu vert des politiques pour ?terroriser? les terroristes et ?rassurer la population?, nous comprenons mal qu?un éditorialiste d?un journal indépendant se risque à franchir le pas comme il l?a fait ce mardi.

Un rapide petit cours d?histoire pour rappeler l?essentiel sur la torture. D?abord il ne faudrait pas oublier que dans notre inconscient collectif d?homo sapiens sapiens datant de 200 000 ans, la torture est moralement acceptable. Pendant la majeure partie de l?histoire de l?humanité, on ne pouvait tolérer les deviants au sein de nos sociétés primitives et les sanctions étaient lourdes, cruelles: écartèlement, les fers, donjon, lynchage, tabassages entre autres barbaries.

Au début du XXe siècle, la torture était pratiquement légale dans toutes les sociétés humaines. Ce n?est qu?en 1948 et la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l?homme que pour la première fois dans l?histoire de l?humanité, la brutalité policière-Torture est déclarée illégale. Article 5: ?Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants.?

Il faudra attendre presque quatre décennies (1987) pour que le premier instrument international contraignant (*) la Convention contre la Torture soit ratifiée par des Etats de l?Onu. Elle définit d?abord la Torture comme ?Tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins d?obtenir d?elle des renseignements ou des aveux, de la punir, de l?intimider ou de faire pression sur elle.?

La Convention contre la Torture est donc sans équivoque et dénonce la torture comme étant ?illégale, immorale? et ne peut être justifiée en aucune circonstance.

Revenons maintenant à votre texte qui oblitère avec un cynisme édifiant la dure réalité de la torture. Lorsque vous affirmez que la violence doit ?s?exercer dans la légalité?, mesurez-vous vos propos ? Par ailleurs, lorsque vous écrivez qu?une ?dose de violence policière? est inévitable mais qu?il ?vaut mieux que ses limites soient définies dans la loi?, vous défoncez sans sourciller une porte ouverte. La cause est entendue. La police ne peut arrêter un individu violent, qui s?oppose à son arrestation avec des fleurs? Elle doit le faire avec ?reasonable force?. Mais vous savez bien que ce n?est pas de cela qu?on parle M. le rédacteur en chef et les partisans du retour aux temps obscurs utilisent souvent de tels sophismes?

La torture n?est pas ces termes aseptisés que vous employez Monsieur. Elle n?est pas une ?dose de violence? mais des coups de poing et coups de pied, l?électrocution, les passages à tabac. Elle n?est pas ?bâtons dans les roues? mais bâtons dans l?anus, viols, agressions sexuelles. Elle n?est pas ?méthodes expéditives proches de l?illégalité? mais coups sur la plante des pieds, brûlures à la cigarette, expositions des victimes à des températures extrêmement basses ou hautes, kidnapping, enlèvements, violence verbale de nature communale ou sexiste. Elle n?est pas ?1-2 calottes?, mais privation de contact avec les avocats, intimidations, création d?un climat de terreur (l?enfer c?est ici), humiliations et menaces. Voilà la réalité de la Torture dans tous les coins de la planète. (?) Si vous vous croyez comme certains de nos concitoyens comme Alice au pays des merveilles, (?) prenez contact avec les militants des droits humains. (?) Ils vous raconteront des récits abominables (?).

Lindley COURONNE Citoyen 29 septembre 2006

* Une déclaration reste au niveau de Droit international, une déclaration d?intention, sans force légale. Une convention par contre est contraignante.

Proclamée en 1984 mais ratifiée en 1987. Les Etats furent ?tièdes? à ratifier cette convention et il a fallu trois ans pour avoir le quorum.

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