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Champs d?intérêt étroits
On a pu constater l'enthousiasme avec lequel les syndicats du primaire réunis en front commun ont défendu leurs intérêts cette semaine. Deux manifestations ont été organisées. Lundi les dirigeants syndicaux étaient devant les bureaux du MES à Réduit. Hier, ils ont défilé devant le siège du ministère de l?Education à Ph?nix. Cette multiplication d?actions n?a aucun rapport avec le maigre résultat obtenu. En effet, toute cette énergie qui a été déployée n?a rapporté que Rs 50 de plus aux instituteurs comme honoraires pour la surveillance des examens du CPE.
Déjà, le week-end dernier, le MES avait annoncé qu?il acceptait de payer Rs 1 800 pour le travail effectué par les instituteurs pendant la durée des examens. Les dirigeants syndicaux s?en sont offusqués. Finalement, ce montant a été majoré de Rs 50, hier. Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union et porte-parole du front commun trouve néanmoins que l?arrangement est ?honorable?. Il ne s?est pas aperçu que le jeu n'en valait pas la chandelle.
Certes, les syndicats d'enseignants ont un rôle important à jouer dans la défense des intérêts de leurs membres lors des discussions portant sur leur rémunération et leurs conditions de travail mais ils devraient élargir leur champ d?intérêt. N?ont-ils donc jamais un avis sur les questions relevant de la pédagogie? Ils sont régulièrement absents lors des débats sur les programmes d?études, les méthodes d?enseignement ou les techniques d?évaluation des apprenants.
Des lobbys en tout genre jouent fortement quand il est question de revendiquer des allocations ou de lutter contre l?allongement des heures de travail. En revanche, les instituteurs affichent une grande passivité sur les sujets liés à l'accomplissement de leurs tâches professionnelles. Même quand l?enfant mauricien est attaqué, les syndicats ne réagissent pas. Ils ne se sont pas mobilisés pour combattre l?enfer qu?est redevenu l?examen du CPE avec l?introduction d?une forme de ?ranking?. Les enseignants ne cessent de dénoncer la violence grandissante dans les établissements scolaires mais ils ne participent pas à l?élan national contre le retour de la sélection féroce au CPE.
Pendant que les honoraires de surveillance préoccupent les instituteurs, un changement fondamental de cap est en gestation dans le secteur éducatif. Le ministre de l?Education a proposé un projet de réforme à ses collègues du gouvernement vendredi dernier. Le Conseil des ministres a approuvé son plan dont les grandes lignes sont connues.
Le document préconise en particulier l?introduction de l?évaluation continue dans le cycle primaire. Ce sera une petite révolution même s?il est prévu que les notes obtenues à travers ce mode d?évaluation ne seront pas comptabilisées pour le ?ranking?. Il est proposé de diminuer la part du contenu académique dans le programme d?études. La langue de l?environnement de l?enfant sera utilisée judicieusement ?comme facilitateur et support pour l?amélioration de l?apprentissage?. Au secondaire, l?informatique sera une matière obligatoire ainsi que la science. Un examen national sera organisé en ?Form III? pour orienter l?élève assez tôt soit vers la filière académique ou plutôt vers l?enseignement professionnel. Autant de changements qui vont bouleverser le système éducatif mais ils n?ont suscité aucune réaction des enseignants jusqu?ici.
Le prestige du corps enseignant dépend dans une grande mesure du comportement des enseignants eux-mêmes. S?ils estiment que ce n?est pas leur rôle d?aider à façonner l?école de demain, ils s?exposent au poison de la déconsidération.
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