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DÉLINQUANCE JUVÉNILE : LA DETENTION A TOUT PRIX ?

24 septembre 2006, 00:00

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Cinquante-cinq en 1990, 116 en 1998 et 155 en 2005. Vous vous demandez ce que peuvent bien représenter ces chiffres ? Il s?agit du nombre de jeunes délinquants détenus. En l?espace de quinze ans, les chiffres ont quasiment triplé.Jugés indisciplinés, échappant au contrôle parental ou auteurs de menus larcins, plusieurs adolescents se retrouvent dans les Rehabilitation Youth Centres (RYC) et le Correctional Youth Centre (CYC). Il existe deux établissements du RYC (un pour garçons et un autre pour filles), où sont détenus des mineurs. Au CYC, des garçons âgés entre 16 à 21 ans, y sont placés.

<B>Un programme sur deux ans</B>

Mais à quoi cela sert-il de les placer dans ces centres ? En vertu des dispositions de la section 15 du Reform Institutions Act 1998, le but est de soumettre ces adolescents à un programme de réhabilitation pendant une période minimale de deux ans. Et la cour peut étendre la durée de la détention si besoin est. Selon les informations publiées sur le site informatique du gouvernement, le fait de les placer en détention vise à les mettre sous étroite surveillance, à leur instaurer de la discipline avec un programme. Celui-ci se base sur des activités récréatives, éducatives, organisées à tour de rôle pour les détenus, le tout régi par des règlements établis par les officiers les supervisant. L?objectif est de les remettre dans le droit chemin.

Mais dans la réalité, est-ce que ces objectifs sont vraiment atteints ? « Il semble que la détention des mineurs dans ces centres ne fait qu?endiguer le problème, par la force, mais qu?il y a peu d?efforts pour la réinsertion. De toute façon, il est très difficile de réhabiliter quelqu?un, à moins que l?on soit capable de créer une motivation personnelle pour que le jeune détenu fasse des efforts pour se sortir de cette impasse, avec l?institution réformatrice qui agit comme un catalyseur », déclare le pédagogue Om Varma.

Pour Lindsay Aza, le président du groupe Elan, qui s?occupe de la réinsertion des prisonniers, il ne faut pas se limiter à la détention mais identifier les raisons de ce phénomène : « Quand un enfant a volé, est presque incontrôlable ou est auteur d?autres délits, il faut connaître les motivations de ses actes. Il faut réaliser une enquête pour connaître son profil, son background familial et identifier ses besoins selon le cas. L?en-fermer ne résout pas le problème. »

L?incarcération a-t-elle au moins un effet dissuasif sur la délinquance juvénile ? De par les conditions dans ces centres, égratignés pour mauvais traitements et autres abus, les travailleurs sociaux sont sceptiques quant à l?efficacité de la détention. « La détention dans ces centres expose ces jeunes à la récidive à la sortie. Bien sûr, ils ne vont pas tous rechuter mais il y a beaucoup de risques », souligne Lindsay Aza.

Ses propos sont repris par une accompagnatrice qui assiste les jeunes détenues : « Différentes catégories d?individus sont mélangées. Il n?y a pas de distinction. Souvent, la détention les enfon-ce davantage. » Et pourtant, les parents sont de plus en plus déboussolés face à la recrudescence de délinquance juvénile et à l?absence de discipline de leurs enfants.

« Quelle possibilité ai-je ? Je n?arrive même plus à me faire écouter de mon fils.

Il fait ce qu?il veut, il volait à la maison et ailleurs, je n?en pouvais plus. Là-bas au moins, il est soumis à une certaine rigueur », confie Carole, 51 ans, une mère de famille dont l?enfant a été placé en centre correctif.

<B>Recours au service communautaire</B>

Quelle est donc la solution face à cette controverse ? Faut-il pour autant cesser l?emprisonnement ? Pour le président du groupe Elan, il faut instituer des centres spécialisés, éducatifs, qui prennent en charge les cas de manière spécifique :

« Actuellement, les officiers qui y travaillent sont formés pour la prison et non avec des enfants. Il faut plus de formation, mais on pourrait aussi convertir les centres qui existent en institutions éducatives ». On peut également avoir recours au service communautaire. Là, ces jeunes pourraient encadrer de plus jeunes délinquants qu?eux, ce qui les aiderait à réaliser leurs propres erreurs.

Par exemple, en France, les adolescents ne sont pas placés en détention. La loi interdit l?emprisonnement de ceux qui sont âgés de moins de treize ans, tandis que ceux qui ont 13 à 16 ans sont mis en liberté surveillée ou placés en centre éducatif.

La détention peut éventuellement être considérée comme un ultime recours. Mariam Gopaul, responsable de l?Observatoire des enfants, affirme que la Convention sur les droits de l?enfant (CDE) préconise que le placement en institution doit être la mesure extrême. Toutefois, selon, ses dires, la CDE reconnaît clairement la nécessité d?une prise en charge institutionnelle pour certains enfants (articles 20 et 25 de la CDE).

« Cependant, lorsqu?un enfant est placé, les autorités compétentes doivent lui assurer des soins, une protection, ou un traitement physique ou mental, le droit à un examen périodique dudit traitement. L?enfant doit être suivi et accompagné par des équipes spécialisées pour s?assurer de leur éducation et de leur réinsertion dans leur famille et la société », explique-t-elle.

Et Om Varma d?ajouter qu?il faut garder en tête que les mesures institutionnelles ne sont pas des substituts à l?attention personnelle que peut recevoir un enfant à la maison ou dans une famille d?accueil. « Mais ils doivent se focaliser sur la redéfinition de l?identité de ces jeunes, construisant leur estime de soi et favorisant des conditions à la réinsertion », conclut-il.

<B>50</B>

C?est le nombre de jeunes placés dans les deux centres du Rehabilitation Youth Centre (RYC) et le Correctional Youth Centre (CYC). C?est ce qu?indiquent les statistiques du Record Office du Mauritius Prisons Service, au 29 août 2006. De ce nombre, on compte 21 filles, âgées de moins de 18 ans, 17 garçons mineurs et 12 autres, âgés entre 16 et 21 ans. Les chiffres démontrent aussi que la majorité d?entre eux a été placée en détention pour avoir commis des larcins. Ainsi, 138 détentions ont été enregistrées pour ce type de délit, 49 pour d?autres, non spécifiés, 13 liés à la drogue et 8 pour des abus sexuels, 6 pour coups et blessures, 5 pour coups et blessures ayant entraîné la mort, de 1990 à 2005.

<B>La vie en détention</B>

Passer son adolescence en centre de détention ? c?est une véritable descente aux enfers pour les uns et un havre de paix pour d?autres. Michael, détenu pour avoir volé des pommes, y aurait vécu des jours sombres. « Là-bas, ena enn ta move zafer ki passe. Banne la kokin manze ki nou fami amene pou nou. Apre ena foi, zotte fer move kiksoz dans toilett. Nou tann kriye », dit-il. Il fait allusion aux abus sexuels et évoque également des bagarres entre jeunes et des traitements, jugés trop sévères. Visiblement, il n?aura gardé que des images sombres de ce centre. Après quelques mois, il a pu rejoindre sa famille.

C?est un tout autre son de cloche pour Cindy, 20 ans, placée pendant 8 ans au RYC. « Kan mo papa inn mort, mo ti ena 11 ans. Mo mama ti pe rod pran moi me mo pa ti abitie avek li. Monn sove monn al kot mo grand-mère. Lerla, li finn mett moi dan RYC parski monn dezobeir », raconte la jeune fille. Dans ce centre, elle côtoie 38 filles. Son quotidien est planifié par les officiers en charge, toutes des femmes. Le réveil est à 5 heures, puis séance de gym à 6 heures, pause thé à 7 h 30, et tâches ménagères jusqu?à 10 heures. Ensuite, elles vont à l?école à tour de rôle avant de revenir pour le déjeuner.

À partir de 13 heures, Cindy suit des cours de broderie ou de canevas. L?après-midi, des jeux sont organisés et les jeunes filles peuvent regarder la télé ou écouter la radio avant de dormir. « Kan ti ena vizit sak dimans, mo ti bien triste. Personne pas ti vinn guett moi. Apre ena enn madame ki travayer social, linn vinn okip moi et li fer li mem apre mo sorti. Tou finn bien pase laa. Mo pa ti ena fami mem pou pran moi kot », ajoute-t-elle.

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