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Quand les jeunes se lancent dans les petites annonces
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Quand les jeunes se lancent dans les petites annonces
Des choses intéressantes se passent au niveau des médias. Ils n?ont pas un sou, leur bureau a la taille d?un mouchoir de poche, il n?y a pas de rédacteur en chef, ni de maquettiste et ils n?ont jamais fait cela auparavant. Pour-tant, ils ont conçu un journal de petites annonces de 12 pages et ils ont même organisé une conférence de presse pour que « leurs grands frères » vulgarisent leur journal. Qui a dit que les jeunes n?avaient pas de plomb dans la tête ?
Bernard Giraud, son épouse, Nathalie, et Sandrine Chasteau distribuent depuis jeudi cette publication spécialisée dans les annonces, et qui est gratuit. Ses trois concepteurs comptent sortir chaque jeudi un nouveau numéro, qui est aussi disponible sur le Net. Et ce n?est pas tout, ils ont également l?intention de mettre en place un système de téléphonie, de call centre, pour être plus précis. Ainsi, si vous êtes à la recherche d?une maison, d?un emploi, vous devriez pouvoir faire appel à eux dans pas longtemps.
Mais qui sont ces trois mutants qui ont à peine 25 ans ? Il y a un mois, on aurait dit que ce sont des jeunes qui se faisaient des illusions. Leurs parents les ont d?ailleurs mis en garde. « Même les gens les plus ouverts, comme mon père, peuvent être vieux jeu. Il n?a pas voulu entendre parler de ce journal. Aujourd?hui que le bébé est là, il changera peut-être d?avis », confie Nathalie, une jeune femme qui, comme son père, n?a pas peur des mots. Les parents de Bernard l?ont d?abord trouvé un peu fou, mais reviennent maintenant à de meilleurs sentiments. « Ma mère a bien voulu me prêter sa voiture pour que je puisse faire la distribution du journal. Mais j?ai dû mettre l?essence », dit-il.
Ils n?ont pas baissé les bras
Si des bien-pensants ne les ont pas soutenus au départ, les trois jeunes n?ont pas pour autant baissé les bras. Au contraire, cela leur a donné un coup d?accélérateur parce qu?il leur a fallu « prouver » qu?ils étaient capables, qu?ils pouvaient aller jusqu?au bout de leurs idées et qu?ils mean business. Il faut dire que ce projet est né un soir de découragement.
Nathalie et Bernard sont des amis proches de Sandrine et de son mari depuis décembre. Ils sont presque voisins et habitent Savannah. Un soir de barbecue, ils se mettent à parler de l?avenir, surtout de celui de leurs enfants respectifs, Zoya et Zorhann. « Ce soir-là on était moralement fatigués. On s?est dit qu?on devait songer sérieusement à l?avenir de nos enfants, qu?il fallait qu?on crée quelque chose qu?on pourrait leur léguer », explique Bernard.
Ce dernier a suivi des cours en hôtellerie en Suisse et détient un CAP en cuisine. Il a travaillé pendant cinq ans dans ce domaine, puis il est revenu à Maurice il y a quatre ans et a ouvert une agence de recrutement de personnel dans le milieu de l?hôtellerie. Nathalie, 22 ans possède un BTS en action commerciale et travaille dans l?entreprise de son époux.
Sandrine Chasteau était dans le marketing textile récemment, elle a fait une pause quand sa fille est née et s?est retrouvée happée par L?annonceur. Pourquoi un journal, pourquoi pas une boutique par exemple ? Tout simplement parce que les trois ont en commun une relation, on va dire, affective avec les petites annonces.
« Moi, quand j?ouvre les journaux, ce sont les petites annonces et l?horoscope qui m?intéressent le plus », avance Sandrine. Quant à Bernard, si l?on en croit son épouse, les petites annonces seraient un problème pathologique chez lui. « Quand il n?est pas en train de les lire, il est sur Internet, à la recherche de la bonne affaire. Pendant ce temps je me retrouve seule à m?occuper du bébé », lâche Nathalie, qui espère qu?avec ce journal, son mari sera un peu moins obsédé par les petites annonces.
Ce fameux soir de remise en question, l?idée du journal « petites annonces » est donc apparue comme une évidence. Leur fougue n?avait pas disparu le lendemain, et ils ont dressé une liste de tout ce qu?il fallait faire, de tous ceux qu?il fallait contacter pour démarrer leur projet. Ils se sont partagé le travail et n?ont jamais laissé échapper le morceau.
Ils ont galéré, c?est sûr. Ils sont allés frapper à la porte d?entreprises pour qu?elles achètent de la pub, certains ont cru en eux alors qu?ils n?avaient même pas de maquette en main, d?autres les ont pris pour des rigolos. Ils ont appelé les gens de leur entourage pour voir s?ils avaient des petites annonces à faire passer, ils ont laissé des notes avec leurs coordonnées dans les boutiques pour qu?elles passent des annonces. Ils ont vécu le vertige de la page vierge quand il a fallu monter le journal. Mais ils ont tenu leur promesse, L?annonceur est sorti le 21 septembre, même si pour en arriver là, ils n?ont pas beaucoup dormi ces derniers temps.
Pour le moment, entre Bernard, Nathalie et Sandrine, il n?y a pas de hiérarchie. Tout le monde fait de tout. Entre deux distributions de journaux, ils passent des appels, cherchent des annonceurs pour les prochains numéros. Il s?agit maintenant de ne pas s?essouffler et de tenir la route. Il n?y pas de doute là-dessus. Pour le moment ils ne perçoivent pas de salaire parce que l?heure est à l?investissement.
Ils comptent fermement, à l?avenir, se spécialiser dans ce créneau de petites annonces et utiliser tous les médias pour aller encore plus loin. « Les petites annonces font toujours rêver. Une maison ou une voiture à vendre, une possibilité d?emploi, les petites annonces nous font voir plus loin », avancent nos trois jeunes directeurs.
Jusqu?où iront-ils ?
Jusqu?où iront-ils ? Souvenez-vous qu?il y a plus de trente ans, un étudiant fou de voyages décidait de publier son premier Guide du routard destiné à divulguer les bons plans aux étudiants fauchés qui partaient, le sac sur le dos, sur la route des Indes. Aujourd?hui le Guide du routard est vendu à plus de 3 milliards d?exemplaires. Quand on est jeune et fougueux, tout peut arriver.
« Quoi qu?on en dise, les jeunes à Maurice ont quand même un avenir. Avec un objectif, on peut toujours arriver à ses fins. C?est aussi une façon pour nous de participer à la relance économique », souligne Bernard. Des paroles à méditer.
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