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“La formation sur le tas est vitale pour rehausser la productivité.

13 septembre 2006, 00:00

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Quelles sont les origines du modèle japonais de la productivité ?</B>

Le mouvement en faveur de la productivité au Japon a débuté en 1955, soit dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Japan Productivity Centre (JPC) fut institué pour voir comment rehausser le niveau de la productivité de l’économie qui était alors faible.

Avec la fin de la guerre, le Japon était sous l’occupation américaine jusqu’en 1952. La démocratie fut introduite pour la première fois dans le pays. Après le départ des Américains, le Japon ne pouvait plus comptait sur les états-Unis. Il fallait donc améliorer nos produits pour qu’ils soient compétitifs sur les marchés d’exportation.

Le JPC fut créé à cet effet. Le gouvernement s’était engagé à le soutenir durant ses premières années d’existence mais avait déjà indiqué que le centre devait continuer à opérer sans l’appui de l’état par la suite pour éviter la bureaucratie.

● <B>Quelles ont été les premières initiatives du JPC ? </B>

Après la guerre, le pays était en ruines. Il fallait tout reconstruire. à partir de 1955, nous avons travaillé d’arrache-pied pour redevenir indépendants. Personne ne voulait investir au Japon après la guerre.

Japon a aussi d’énormes contraintes en termes d’espace. Le pays compte une population de 123 millions d’habitants qui doivent vivre sur 20 % du territoire seulement. Les montagnes volcaniques occupent 80 % de la superficie totale du pays et ne se prêtent ni à l’habitation, ni à aucune activité agricole ou industrielle.

Après la guerre, les syndicats étaient devenus très hostiles. Ils étaient pris par la vague du socialisme qui faisait à l’époque des avancées notables dans plusieurs régions du monde. Les syndicalistes voulaient la révolution.

Mais les Japonais voulaient réaliser autre chose. La mise sur pied du JPC nous a permis de prendre les meilleures idées à travers le monde et les réadapter à l’industrie japonaise. Il était essentiel de ne pas reprendre les expériences étrangères sans les conditionner au contexte local. C’est du reste pour cette raison que les idées reçues de l’étranger ont marché au Japon. Il faut comprendre que les idées proviennent des industries qui sont à des stades de développement différents. Il faut savoir les adapter aux conditions locales.

Comment le JPC s’en est-il pris pour propager la culture de la productivité à l’ensemble des industries japonaises ? </B>

Le JPC était constitué des principaux capitaines de l’industrie du Japon, des représentants (modérés) des salariés et des académiques.

La présence des entrepreneurs de haut calibre au sein de l’institution a été un facteur déterminant dans la propagation des idées dans l’ensemble de l’industrie. Ceux-ci étaient les premiers à adopter les nouveaux systèmes. Ainsi, lorsque Toyota avait adopté les nouveaux modèles de productivité, beaucoup de ses compétiteurs ont voulu faire de même. Ces idées ont ainsi gagné l’ensemble de l’industrie automobile nippone.

Quels sont les principaux éléments du modèle de productivité japonais ? </B>

Le système repose sur trois grands principes notamment la sécurité d’emploi, la coopération entre le management et les employés et le partage des bénéfices avec les salariés.

Le modèle japonais a plusieurs avantages. La sécurité d’emploi veut dire la possibilité d’avoir un emploi à vie. Un jeune qui vient de prendre emploi dans une entreprise japonaise peut recevoir jusqu’à cinq mois de salaires sous forme de participation aux bénéfices. Il n’y a jamais de grève au Japon.

Les sociétés garantissent l’emploi à vie à ses salariés. Lors des exercices de recrutement, les postulants ne sont pas évalués par rapport à leurs compétences actuelles, mais en termes de leur potentiel de développement au sein de l’entreprise. Car celle-ci s’engage à offrir à l’employé un emploi pour toute sa vie professionnelle.

L’entreprise ne recrute pas des gens qui sont au milieu de leurs carrières. Il y a des possibilités de développement professionnel à tous les niveaux au seindes compagnies.

Dans quelle mesure la coopération employés-management aide-t-elle à l’épanouissement de l’entreprise ?</B>

Cette coopération aide beaucoup à améliorer la qualité des services et des produits tout en maintenant la paix industrielle dans le pays. Les consultations entre la direction et les employés permettent à ces derniers de participer à la prise des décisions. Cela aide à créer et à maintenir la confiance entre les deux parties.

Il y a plusieurs types de décisions qui sont pris conjointement par le management et les représentants des employés. Parmi ceux-ci, les stratégies de développement, l’investissement dans de nouvelles facilités, l’introduction de nouveaux équipements, les mesures de productivité et les sujets touchant au personnel telles la formation, la rémunération, la promotion et la sécurité sur le lieu du travail.

● <B>Comment l’économie japonaise a-t-elle bénéficié de ces mesures ?</B>

Grâce à ces politiques, le Japon était déjà un world player dès 1970. L’économie nippone a connu une expansion phénoménale dans les 50 années qui ont suivi la création du JPC pour s’imposer aujourd’hui comme une des leaders au monde. Le produit intérieur brut (PIB) s’est accru par 58 fois entre 1955 et 2003 (le PIB cette année était de 501 254 milliards de yen). Le PIB par employé (la productivité de la main-d’œuvre) a augmenté par 38 fois, tandis que les salaires annuels moyens par employé ont augmenté par 25 fois durant la même période.

<I>“Il vous faut étudier les modèles japonais, thaïlandais, singapourien, et coréen. Ils contiennent beaucoup d’idées qui peuvent être utiles. Il faut savoir comment les adapter et les développer au contexte mauricien. ”</I>

● <B>Que faire pour améliorer la productivité au sein des entreprises ?</B>

Au Japon, nous avons eu recours à la technologie de l’information et à l’automatisation. Nous avons aussi adopté des méthodes de travail plus élégantes.

Il y a eu beaucoup de nouvelles idées qui émanent des employés. La productivité a beaucoup bénéficié de l’apport des employés. Il y a deux manières à promouvoir une culture de productivité au sein des entreprises. à Singapour, c’est le gouvernement qui a pris les devants pour instaurer cette culture.

Singapour s’est largement inspiré du modèle de productivité japonais. Il y avait un leadership très fort en la personne de Lee Kwan Yew et le gouvernement avait une certaine emprise sur le monde du business et auprès des syndicats. Il y a eu une approche top-bottom, mais tout le monde a adhéré à cette culture. Les résultats parlent d’eux-mêmes aujourd’hui. Les entreprises singapouriennes sont florissantes et les travailleurs sont extrêmement performants.

Au Japon, par contre, il n’y a pas eu de contrôle gouvernemental. Le mouvement s’est développé de manière volontaire. Les sociétés ont adhéré à la culture de la productivité de leur propre gré. Nous avons voulu éviter l’ingérence du gouvernement dans un souci d’éviter que la bureaucratie gouvernementale ne vienne entraver le processus.

● <B>Comment est-ce que cette expérience pourra-t-elle être répliquée à Maurice ?</B>

Il vous faut étudier les modèles japonais, thaïlandais, singapourien, et coréen. Ils contiennent beaucoup d’idées qui peuvent être très utiles. Il faut savoir comment les adapter et les développer au contexte mauricien.

Le JPC est en train d’aider à l’introduction de nouveaux concepts de productivité à Maurice. Nous collaborons avec le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) à cet effet sous l’égide des relations bilatérales entre nos deux pays. Nous comptons envoyer des experts régulièrement à Maurice pour faire la démonstration des idées et des expériences.

Par ailleurs, nous allons appliquer les modèles sur une base pilote dans deux ou trois entreprises et dans au moins une agence de l’état. Une meilleure productivité veut dire une meilleure profitabilité pour les entreprises et un meilleur niveau de vie pour les citoyens. Les clients peuvent obtenir de leur côté des meilleurs produits à des meilleurs prix. Les bienfaits rejaillissent sur toute la communauté.

Tout le monde doit coopérer pour réaliser cet objectif. Il faut d’abord des formations appropriées. La formation sur le tas est vitale pour rehausser la productivité. Une économie qui compte un taux de productivité élevée est plus à même d’attirer les capitaux étrangers.

<I>Propos recueillis par</I> Akilesh ROOPUN</B>

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