Publicité

L?audace de créer

11 septembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La culture est pluralité de sens. Et le sens est toujours la trousse de voyage des itinérants que nous sommes, où nous fourrons les doutes et les convictions les plus contradictoires. Il nous arrive quelquefois de nous abriter derrière le mur des vérités révélées. Depuis la parution du roman ?Da Vinci Code?, bien de mots ont coulé sous le pont des critiques et des dénonciations. À Maurice également, nous ne nous en sommes pas privés. Sans excès certes mais pas sans passion. Lorsque la foi est liberté, elle ne peut servir à condamner. Tant mieux que ce soit ainsi. Tant mieux aussi que le père Jocelyn Grégoire ait choisi d?écrire une épître à sa mère à propos du roman ?Da Vinci Code?. La création, c?est également une capacité de réaction. C?est une initiative louable tant nous ne réagissons pas suffisamment à ce qui se passe autour de nous.

Avez-vous remarqué que nos cultureux ne produisent presque jamais d?ouvrages critiques ? Que certains de nos intellectuels se limitent à faire sienne les formules émises ailleurs ? Que nos observateurs ne se livrent souvent que sous le couvert de l?anonymat ? Ce n?est pas qu?ils n?aient pas d?idées ou qu?ils soient incapables d?analyses. C?est d?abord une peur. Une peur qui rend compte d?une culture du silence et qui renvoie, par ricochet, au silence de la culture. Alors, on crée certes. Mais on prend le soin de s?essuyer respectueusement les pieds devant les idées reçues. Ne bousculons rien car c?est une société aux susceptibilités stressées et stressantes qui, à tout moment, menace de basculer dans la mégalomanie. Une société qui a peur d?analyser sa manière de penser et de vivre.

C?est cela aussi la culture, une lecture critique continuellement renouvelée. Une ambition d?introspection. Une nécessité de faire remonter à la surface les angoisses et les fantasmes. Pour cela, ailleurs, il existe des femmes et des hommes qui prennent le temps de réfléchir sur leur société. Qui proposent à intervalle régulier des ouvrages critiques. De cet exercice naissent des débats, des confrontations et des remises en question. La société avance ainsi sur le mode de l?interrogation.

A Maurice, on n?a pas cette ambition. Ici et là sortent des biographies en hommage aux hommes, surtout politiques, érigés en modèles. Quelques fois, des ouvrages didactiques nous parlent des droits humains, dans toutes ses variétés. Mais point d?analyse critique. Pourquoi se mettre à dos les seigneurs du jour ? Pourquoi se fermer des portes ? Pourquoi prendre le risque d?être mal vu ? La société de l?apparence, cela dégage une odeur rancie mais cela nous épargne d?avoir à patauger dans les remugles afin de faire émerger des idées autres que celles qui nous confortent dans notre modèle de vie prêt-à-porter. Pourquoi chercher le à-dire quand le déjà-dit fait autant recette ?

C?est cette société que nous nous refusons de décrypter. Des analystes prennent, de temps à autre, la parole dans les colonnes des journaux. Et ils disent clairement les dysfonctionnements de la société mauricienne. Mais qu?en est-il de nos cultureux ? On les verra surtout dans les fonctions qu?organise l?Ambassade de France et d?autres institutions qui remplissent des fonctions que nos autorités peinent à comprendre et à maîtriser.

Le mal est multiple. Il s?agit d?évacuer une peur pour que remontent à la surface ces vérités qui nous blessent. Tant sur le plan identitaire que culturel. Que Jocelyn Grégoire ait pris la peine de répondre à un ouvrage de fiction de Dan Brown devrait inspirer d?autres à suivre l?exemple. Écrire, c?est commencer à penser. Penser impose la recherche. C?est une autre manière de retrouver de l?audace.

Publicité