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?Ways of dying?, mort mais vif

11 septembre 2006, 00:00

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Des morts violentes. Des fins atroces. Deux frères âgés de cinq ans, comme réincarnés à quelques années d?intervalle, qui connaissent des fins brutales. L?un arraché à sa mère par son père alcoolique, attaché à un pont le temps d?une beuverie. Oublié là plusieurs jours et retrouvé? dévoré par les chiens. L?autre brûlé vif.

Mais la mort leur va si bien. Devient un spectacle, à la fois grinçant et souriant. Malgré l?horreur le spectateur sourit et s?esclaffe même parfois.

Telle est la clôture que nous a ménagée le Festival de théâtre de Port-Louis. L?édition 2006 a pris fin samedi avec Ways of dying de la troupe sud-africaine, Windybrow Theatre.

Une pièce dont le résumé tient dans ce geste de Toloki, le pleureur professionnel. Quand il veut se faire plaisir, il croque dans un oignon, puis dans une part de gâteau. Et mâche le tout en prenant son temps.

Ways of dying, c?est ce mélange de saveurs là. L?acide du désespoir, le salé des larmes, la douceur de la découverte de l?autre, de la reconstruction. Car les âmes, autant que les corps sont comme des édifices en ruine dans cette pièce. Comme un camp de squatters où ni la terre, ni la vie n?appartiennent aux occupants des huttes, aux occupants des corps.

Une pièce lumineuse

Ways of dying est avant tout une réflexion sur les ?ways of living?. Ceux qui avaient cours au temps de l?apartheid, régime qui n?épargne personne.

Et pourtant, Ways of dying est une pièce lumineuse. On y bouge beaucoup. Deux bouts de bois, un morceau d?étoffe deviennent lit d?hôpital, atelier de forgeron, camp de squatters. On y chante beaucoup, sans que cela devienne pour autant une comédie musicale. On y pleure mais sans tomber dans le larmoyant.

Les crimes sont racontés cliniquement. Avec une précision chirurgicale, le spectateur apprend comment on a mis un pneu autour du cou d?un gamin. Comment on l?a rempli d?essence. Comment on y a mis le feu. Comment le gamin tente de se sauver. Comment le poids du pneu l?a fait tomber. Comment les enfants qui assistaient à la scène s?enfuient.

La pièce du Windybrow Theatre ne laisse pas le spectateur indemne. Ne lui épargne rien de la réalité (révolue ?) d?un pays où l?exode rural vient mourir dans les camps de squatters. La pièce nous empoigne par les sens dès la scène d?exposition. Un, puis deux, puis cinq comédiens tournent en rond sur scène. Chacun tient une chaussure. Les yeux rivés au plancher, ils cherchent l?autre soulier.

A force de tourner ainsi dans ce qui fait penser à un champ de ruine, un lieu de bombardement, les comédiens provoquent chez nous un début de malaise qui ira crescendo. Accentué par ce rituel qui veut qu?une fois la paire de chaussure réunie, le parent en deuil tire de sa poche une poignée de terre, qu?il laisse s?écouler lentement au-dessus des chaussures. ?Poussière, tu retourneras à la poussière.?

Pourtant, c?est sur cette terre brûlée que fleurit la plus improbable des histoires. Pas exactement d?amour, mais de compagnonnage. Celle de la belle du village et (pas l?idiot mais) l?ugly boy.

Et tout le temps de la représentation, les comédiens nous donnent une belle leçon de polyvalence. Ils jouent (plusieurs rôles chacun) et chantent avec générosité. Ne s?épargnant aucun effort physique. Allant jusqu?à laisser tomber robe et chemise pour prendre un bain purificateur. La grimace de la comédienne (la belle du village) aspergée d?eau froide par son partenaire (l?ugly boy) en dit long sur l?investissement personnel que nécessite cette pièce écrite par Zakes Mda, adaptée pour la scène par Lara Foot Newton, et supervisée chez nous par le directeur artistique du Windybrow Theatre, Mncedisi Shabangu.

EDITION 2006

Un festival engagé

■ Le théâtre, c?est le miroir de la société. Cette affirmation n?est pas qu?un cliché au vu des différents thèmes abordés lors de ce Festival de théâtre de Port-Louis. Engagés voire militants, les auteurs et les metteurs en scène se sont révélés des observateurs attentifs de faits de société. Sans doute le plus flamboyant ? à cause du style auquel il nous a habitués ? est peut-être Gaston Valayden. Avec la Trup Sapsiway et Fil mo servolan, il a signé un pamphlet incendiaire contre le A+. N?hésitant pas à montrer des élèves abrutis, des parents zombies et un professeur aux allures de sergent sadique. Du début à la fin, ce présent festival aura été articulé autour du concept ?divertir en faisant réfléchir?. Qui sur l?alcoolisme (avec l?Academy of Film and Theatre), qui sur l?endettement et les ?casseurs? (avec Dark Crystal). Qui sur la prostitution, les SDF, la violence (avec les Komiko).Et si la forme (manque de rythme, lourdeurs du texte, déficit de spontanéité, acteurs qui surjouent) n?accroche pas pendant l?heure et quart que durent les pièces, le fond est là. Uneconscience sociale qui mérite de s?exprimer plus souvent. Toujours est-il qu?il faudrait peut-être prévenir le public qu?elle va s?exprimer ? dans certains cas ? très puissamment. Nous parlons là de Tablo de Komiko. C?est très bien que Miselaine Soobraydoo choisisse de parler de ?macro? et de clochards. Sauf que l?angle choisi est, de notre avis, pas adapté pour un public d?enfants. Sans jouer les prudes de service, il nous semble que les parents auraient peut-être gagné à savoir que la pièce des Komiko n?était pas qu?une pièce de ?fer riyé?, un de ces divertissements purs qui ont fait le succès de cette troupe ? ce qui explique d?ailleurs l?affluence quand Komiko est à l?affiche. Le public justement. Parfois réduit à une peau de chagrin. Le théâtre mauricien (à Rs 150 la représentation) ne fait pas courir les foules. Sauf dans le cas de Komiko. Qu?est-ce qui cloche ? Il n?y a pas de Coupe du monde pour garder les gens à la maison. La plupart des pièces sont en ?morisyen?. Elles parlent de nous. Mais ?nous? sommes absents. Dommage. Il n?y a plus qu?à rester optimiste comme Rama Poonoosamy, de l?agence Immedia, organisateur de l?événement, qui s?est félicité samedi soir de la qualité de l?audience.

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